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JOURNAL ABRÉGÉ

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Des événemens qui ont amené en France : le changement, du Gouvernement, et le retour au trône de la maison de Bourbon,

L. France, grande , forte , puissante, respectée au dehors, tranquille dans son intérieur, jouissait depuis quelques mois des douceurs d'une paix que lui avaient conquise la valeur de ses guerriers ; tout semblait lui promettre , après les violentes secousses qu'elle avait éprouvées et les luttes sanglantes qu'elle avait soutenues plusieurs fois, et dont toujours elle était sortie victorieuse, des années de calme et des jours sereins , lorsque , dans un moment fatal, son souverain conçut le projet de déclarer la guerre à celui de- la Russie , sous le prétexte que ce dernier, en introduisant les vaisseaux anglais dans ses ports, yiolait le traité de Tilsitt.

Il fit d'immenses préparatifs pour assurer la réussite de cette guerre, et partit de sa capitale au milieu de l'année 1812, pour se mettre à la tête de la plus formidable armée qui eûtjamais existé.;

Toute l'Europe s'arma d'abord pour le soutenir.

Les succès les plus brillans durent faire espérer la plus heureuse issue de cette campagne. Au bout de trois mois, toute la partie de la Pologne' appartenant à la Russie, toute la Lithuanie, étaient conquises. Les aigles françaises planaient sur les tours de l'antique Smolensk. Les légions russes fuyaient devant les bataillons français avec la même précipitation qu'elles fuyaient en 1700 devant les troupes suédoises : mais le même projet qui perdit Charles XII, perdit aussi Napoléon. Il se flatta de l'orgueilleuse idée de paralyser' la puissance russe dans sa capitale même, et de dicter la paix au Czar dans Moscou , et dans le palais du Kremlin.

Méprisant donc toute autre considération, il s'avança témérairement vers cette ville. Le Czar ne pouvant la défendre, la fit brûler à l'approche des Français, qui y entrèrent après la célèbre bataille de la Moskwa.

La prudence eủt exigé du moins de ne pas s'arrêter dans une ville qui, presque toute réduite en cendres, de présentait plus aucune ressource, soit pour la subsistance, soit pour l'entretien de nos troupes; de se replier sur la Pologne, ou au moins sur Smolensk et la Lithuanie, pour s'y cantonner et y passer l'hiver, et de ne pas exposer ainsi l'armée, sans avoir aucun moyen pour l'en garantir, au froid rigoureux de la Russie , dans le cour même de cet empire. Rien de tout cela ne fut fait. L'empereur des Français s'obstina, malgré les avis et les représentations de ses généraux, à rester un mois dans Moscou. Pensait-il donc que les élémens le respecteraient et seconderaient ses vues ambitieuses ? Il fut cruellement puni de sa faute. Dans la trop mémorable nuit du 9 au 10 novembre, cette armée française si belle, si puissante, fut anéantie. Un froid affreux détruisit toute notre cavalerie , l'élite de notre infanterie; la faim acheva ceux que le froid avait épargnés. Ce qui échappa à la mort fut fait prisonnier; et un nombre immense des vainqueurs d'Austerlitz, de Friedland, de Wagram et de la Moskwa, se vit condamné à l'exploitation des mines de la Sibérie.

Dès ce moment, l'issue de la campagne ne fut plus douteuse. Napoléon ne dut son salut qu'à la fuite la plus prompte, car il avait également à redouter alors, et la poursuite de l'ennemi, et la vengeance de ses propres troupes , qui maudissaient un Prince si prodigue de leur vie et si peu jaloux de leur conservation ; en moins de quatre mois, le théâtre de la guerre fut transféré des rives du Dnieper et de la Duna sur celles de l'Elbe et de l'Oder.

Une catastrophe aussi terrible aurait dû, ce semble, ouvrir les yeux au chef de la France, lui faire reconnaître le doigt de Dieu dans ces événemens , et lui faire désirer la paix.

Il n'en fut malheureusement pas ainsi; ne pouvant supporter l'idée de recevoir la paix, après l'avoir si souvent dictée, il résolut de tenter encore le sort des armes ,

sans considérer qu'il épuisait par là ses états. Des levées considérables d'hommes, des impôts excessifs furent décrétés en France; et au commencement de 1813. une nouvelle armée, presque aussi belle que la première , remplaça dans la Saxe et la Bohême ces nombreux bataillons qui avaient été anéantis dans les déserts de la Russie.

Les journées de Lutzen, de Bautzen et de Walcheren , furent aussi glorieuses cette fois pour les armées françaises , que l'avait été l'année précédenté celles de la Moskwa. Napo léon triomphait, mais le même Dieu qui la campagne précédente lui avait si bien prouvé sa toute-puissance, voulant abattre enfin. ce colosse de grandeur, lui ménageait de nouveaux revers.

Dès le commencement de l'année la Prusse , qui ne l'avait jusqu'alors soutenu que malgré elle, avait saisi l'instant favorable, et s'était jetée du côté de la Russie. Au mois de juin , l'Autriche , après avoir fait de vaias efforts auprès du monarque français pour l'engager à la paix, se joignit aux autres puisa sances 'alliées déjà contre lui, pour l'y forcer.

Tel était l'état des choses, lorsque se livra la fameuse bataille de Leipsik, si funeste à la France. La défection subite de toutes les troupes de la confédération du Rhin , qui combattaient dans les rangs français ; et qui au fort de l'action tournèrent contre nous leurs armes et leurs efforts'; l'arrivée imprévue des troupes suédoises , qui menaçaient fortement l'armée française sur ses derrières , forcèrent nos troupes à une entière déroute. L'empereur Napoléon, poursuivi vivenient, commandait l'avant-garde de l'armée ; pour échapper à l'ennemi , il n'hésita pas, sitôt qu'il l'eût traversé, à faire sauter le pont de Leipsik, sans s'inquiéter du sort de plus de 150 mille Français qui se trouvaient encore sur l'autre rive, et qui tombèrent au pouvoir de l'ennemi , avec toute l'artillerie , les bagages , le trésor, etc.

La capitale de la Saxe tomba au pouvoir des vainqueurs , qui, après avoir rapidement traversé tous les états des princes de la Confédération, parurent enfin en décembre 1813 sur les frontières de France, sur les rives du Rhin. Avant d'en forcer le passage, elles firent de nouvelles propositions de paix à Napoléon; un congrès même eut lieu à Manheim ; mais les mêmes raisons qui précédemment avaient fait échouer les négociations de Prague, empêchèrent tout le fruit de celles-ci.

Conservant encore l'espoir de réduire ses nombreux ennemis , Napoléon épuisa , pour y réussir, les dernières ressources de la France; les contributions furent doublées , l'élite des citoyens français fut désignée par lui pour aller combattre sous ses drapeaux.

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