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SOMMAIRE : Avénement du roi Charles X. Situation nouvelle de M. de

Villèle. Politique du nouveau Roi. Ouverture de la session de 1825. Discours du tròne. L'indemnité des émigrés et la conversion des rentes sont annoncées. Liste civile du roi. Sa discussion. Dotation apanagère de M. le duc d'Orléans. Origines de cet apanage par Monsieur, frère de Louis XIV. Abolition des apanages en 1791. Ils sont remplacés par des dotations apanagères. La Restauration rend ces apanages à M. le duc d'Orléans. Ordonnances de 1814. Vaines réclamations sous Louis XVIII pour obtenir la ratification légale. Charles X y obtempère. Discussion de cette loi. Opposition des ultra-royalistes. Appui du général Foy. Vote de la loi. Échanges de la liste civile. La forêt de Bondy. L'Élysée-Bourbon. Cession par madame la duchesse de Bourbon. Conditions. Estimation de cet immeuble. Réclamation de la famille du prince Murat. Vote de la loi. Les échanges sont confirmés.

M. de Villèle commença sous le roi Charles X ce qu'on pourrait nommer son second ministère. Quoiqu'il eût été appelé au Pouvoir, il y a trois ans déjà, sous les auspices et sur la présentation directe de M. le comte d'Artois, aujourd'hui Roi, cependant sa situation vis-à-vis du nouveau monarque pouvait ne plus être la même.

En effet, si, sous Louis XVIII, M. de Villèle savait qu'en dépit de bien des intrigues, des oppositions, des tentatives même, il restait toujours le plus près de la sagesse et de la raison du Roi, sous Charles X au contraire il avait facilement deviné que d'autres approcheraient de plus près le cœur et surtout les tendances personnelles de celui qui venait de monter sur le trône.

M. de Villèle avait donc eu la pensée de se retirer; mais la mémoire de celui qu'il avait si bien servi, les recommandations secrètes qu'il en avait reçues à l'heure de sa mort, la sorte de succession qui lui avait été confiée, puis enfin, et avant tout peut-être, les grands projets financiers qu'il avait à cæur de reprendre et de réaliser avec une éclatante revanche, le dissuaderent de cette retraite; il resta.

M. de Villèle commença donc son second ministère avec l'avénement de Charles X.

Le roi Charles X trouvait comme nous l'avons dit, la France presque pacifiée, les Chambres sinon dans un accord impossible, du moins plus 'apaisées; l'opposition parlementaire réduite , sinon dans son esprit, du moins dans le nombre de ses membres; la richesse publique développée, le crédit affermi, les finances plus prospères que jamais, l'armée réhabilitée par une campagne heureuse, en un mot, toute l'atmosphère politique dégagée des orages que son illustre frère avait subis ou détournés ; mais cela ne pouvait suffire. Il fallait aux différents partis et à la nation une parole qui, sortie de la bouche de son nouveau Roi, fût comme le symbole et le programme de sa politique et de son gouvernement.

Cette parole fut dite immédiatement et sans contrainte le 17 août, à Saint-Cloud, lorsque le chancelier présenta au Roi les hommages de la Chambre des pairs.

« J'étais frère de celui que la France pleure et regrette, répondit Charles X, aujourd'hui je suis Roi, et ce titre indique à lui seul la conduite que je dois tenir. J'ai promis comme sujet de maintenir la Charte et les institutions que nous devons au Souverain dont le ciel vient de nous priver; du jour où le droit de ma naissance a fait tomber le pouvoir entre mes mains, je l'emploierai tout entier à consolider, pour le bonheur de mon peuple, le grand acte que j'ai promis de maintenir. »

Continuer le règne de Louis XVIJI et maintenir la Charte, c'était une promesse qui résumait tout aux yeux de la France constitutionnelle. Elle ralliait autour du trône les royalistes, les libéraux et toute la nation : il s'agissait de la tenir.

Charles X fit plus encore, car tous les rois, à leur avénement, doivent faire plus, mieux et autrement que leurs prédécesseurs : c'est une manière de succès. L'École de droit de Grenoble avait été fermée par Louis XVIII, il la rouvrit; - la censure avait été rétablie le 15 août dernier, il l'abolit ; — des conspirateurs impliqués dans les troubles de 1822 avaient été condamnés, il les grâcia ; - des malheureux avaient été arrêtés à la suite des affaires d'Espagne, il les rendit à la liberté; – la Bourse avait été fermée, il la rouvrit; - M. le duc d'Orléans se plaignait avec raison de ne point avoir le titre d’Altesse Royale qui lui était dù, il le lui accorda. Enfin, par toutes ces grâces, il se prépara l'opinion.

Son entrée à Paris fit le reste.

Charles X, quoique vieux, — il avait soixante-huit ans, - était jeune encore de tournure, de visage, de regard, d'expression : il avait fait son entrée à cheval, il était le plus élégant cavalier de son royaume : avec le sourire et la grâce qu'on lui connaissait, il avait dit un de ces mots qui font toujours fortune auprès du peuple : Point de hallebardes ! Il arrivait donc devant la nation, les mains, on peut le dire, pleines d'espérances et de sympathies.

Un nuage passager vint cependant assombrir un moment les sérénités des premiers jours. Une ordonnance, à laquelle le Roi n'avait point assez pris garde, avait mis à la retraite un grand nombre d'officiers généraux d'une certaine catégorie ; cette mesure frappait particulièrement et malheureusement tous les vieux généraux de l'Empire. Afin que cette ordonnance n'eût point l'apparence d'une vengeance qui était bien loin de son cæur, le Roi s'empressa d'en tempérer la sévérité en rendant peu à peu à ces braves serviteurs une situation acquise au prix du sang , et le nuage s'évanouit.

Les Chambres étaient convoquées pour le 22 dé

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