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Vie de saint

Page 229

Ibid.

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chez tout le monde pour une femme de mau- 41. A la suite des Actes des martyrs d'Oc

Siméon Sty-
vaise vie, sans m'exposer encore à me voir cident, Assémani a fait imprimer la Vie de lite, p. 227.
reprocher au jour du jugement dernier le saint Siméon Stylite, composée par le prêtre
crime d'apostasie?» Le préfet la fit mettre en Côme, son ami; elle n'avait pas encore paru.
prison, où elle resta vingt-et-un jours, sans L'éditeur l'a donnée sur un manuscrit de Ni-
qu'on lui donnât à boire ni à manger. Elle trie en chaldéen. Théodoret avait composé la
passait le jour et la nuit en prières. Sept cent Vie de ce Saint, même de son vivant. On la
cinquante hommes admirant la fermeté de trouve au chapitre xxvi de son Philothée, par-
Théodote, refusèrent comme elle de partici- mi ses autres ouvrages, dans Surius et dans
per aux sacrifices des dieux. Ils disaient entre Rosweyde. Antoine, disciple de saint Siméon,
eux : « Si une femme débauchée les a en hor- en écrivit aussi la vie quelques temps après
reur, serons-nous assez insensés pour nous sa mort, mais très-succinctement. L'anonyme
priver de la véritable vie ? »

qui l'a traduite du grec en latin y a ajouté
40. Les vingt-et-un jours écoulés, elle com- quantité de choses qu'il avait apprises sur
parut devant le juge, qui lui demanda quelle des bruits communs, ou trouvées dans des
était sa condition. « Je suis, dit-elle, de fait mémoires sur la vie du Saint. Bollandus l'a
une femme publique, mais chrétienne de re- donnée traduite du grec par Guillaume Gro-
ligion, si toutefois je suis digne du nom de Jé- tius, au 5 janvier.
sus-Christ. » — «Pourquoi, répliqua Agrippa, 42. Le prêtre Côme était de Phanire dans
refusez-vous de sacrifier à Apollon?»-«C'est, la Célésyrie, et ce fut aux instances des prin-

à —
dit Théodote, qu'il n'est ni juste ni raison- cipaux de cette ville, qu'il écrivit la ie Vde
nable de sacrifier à des idoles de bois ou de saint Siméon, pour l'édification de ses conci-
pierre, faites de la main des hommes. » On toyens. Elle est écrite avec tant d'ingénuité
la tourmenta cruellement, et les assistants et d'exactitude, qu'on ne saurait refuser d'y
l'exhortaient à obéir au préfet. Elle disait : ajouter foi. Côme était d'ailleurs contempo-
« Je n'abandonnerai jamais le vrai Dieu, et rain du Saint, et nous avons encore la lettre
n'adorerai point de vains simulacres. » Les qu'il lui écrivit au nom du clergé et du peu-
bourreaux, par ordre d'Agrippa, la suspen- ple de Phanire. Il nous assure même qu'il
dirent au chevalet et la déchirèrent avec des avait vu ce qu'il nous apprend de ce Saint, et
peignes de fer. Pendant ce supplice, elle di- que ce qu'il n'avait pas vu de ses yeux, il le
sait à haute voix : « Jésus-Christ, je vous savait de lettres écrites à saint Siméon même.
adore et vous rends grâces de ce que vous 43. Assémani a mis à la tête de la Vie de Page 230.
me jugez digne de souffrir pour votre nom.» ce Saint une homélie faite à sa louange par

-«N'as-tu pas honte, lui dit le préfet, d'ap- saint Jacques, évêque de Sarruge en Mésopopeler Dieu un homme mort sur la croix ? » tamie sur la fin du Ve siècle. Il donne ensuite Elle répondit que si Jésus-Christ était mort, le précis de quelques-unes de ses lettres. Sic'était pour racheter le genre humain; mais méon en écrivit une à l'empereur Théodose

Page 214. qu'il était ressuscité et vivait immortel dans le Jeune pour se plaindre de ce que ce prinle ciel avec son Père. Le juge fit réitérer le ce, à la sollicitation du préfet Asclepiade ou tourment des peignes de fer et jeter du sel Asclepiodote, avait rendu aux Juifs les syet du vinaigre dans ses plaies. « Le Dieu tout- nagogues qu'on leur avait ötées autrefois. Il puissant, lui dit Théodote, me donnera des écrivit deux lettres pour la défense du conforces pour supporter tout ce que vous me cile de Chalcédoine, l'une à l'empereur Léon, faites souffrir, et ses récompenses seront au- l'autre à Basile , évêque d'Antioche. Nicedessus de la cruauté de vos tourments. » Le phore en cite une troisième à l'impératrice préfet ordonna ensuite de lui arracher tou- Ludocie, sur le même sujet. Sa lettre à Basile tes les dents; elle en rendit grâces à Dieu. d'Antioche était une réponse à celle qu'il en Enfin Agrippa la condamna à être lapidée avait reçue ; il y disait : « J'ai fait connaître lors de la ville de Philippe. Pendant que cela à l'empereur mon sentiment sur la foi des s'exécutait, elle priait Dieu de lui faire misé- six cent trente Pères assemblés à Chalcéricorde, comme à Rahab la courtisane et au doine. Je persiste dans cette foi, qui a été rélarron. « Je vous la demande, ajoutait-elle, vélée par le Saint-Esprit. » Le discours sur la en s'adressant à Jésus-Christ, parce que je séparation de l'âme d'avec le corps, imprimé vous ai aimé comme mon vrai Dieu : rece- sous le nom de saint Siméon dans le tome VII vez maintenant mon esprit. »

de la Bibliothèque des Pères, y est aussi attriIII.

23

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Page 346.

Page 279,

1

Page 268.

bué à saint Macaire d'Égypte, et fait le vingt- vant ils avaient hérité de leur tante, qui était
deuxième entre les cinquante qui portent son très-riche. Siméon distribua le mobilier, par-
nom. Dans quelques manuscrits, il est attri- tie à un monastère, partie aux pauvres, et
bué à saint Ephrem. Assémani pense qu'il abandonna les fonds à son frère. Il paraît
est de Théophile d'Alexandrie, sous le nom que ce monastère était celui de Sainte-Eusé-
duquel il se trouve dans un manuscrit de bone, situé dans un village nommé Télède,
Nitrie.

où il avait un oncle. Il offrit tout ce qu'il
44. L'éditeur, pour ne rien laisser à désirer avait à l'abbé Héliodore, et fut reçu au nom-
au lecteur, a fait représenter une table re- bre des moines. Le troisième jour, l'abbé le
présentant la figure de la colonne de saint présenta à saint Maras, évêque de Gébèles,
Siméon surmontée d'un grillage qui l'empê- ou Gabules, dans le patriarcat d'Antioche,
chait de tomber. Il a figuré à côté la man- qui lui coupa les cheveux. Semsès, à l'imita-
dre ou monastère dont saint Siméon était tion de son frère, prit aussi l'habit monasti-
supérieur, et où logeaient ses disciples. Cette que et reçut la tonsure de la main du même
mandre avait été bâtie avant qu'il élevât une évêque. Cinq mois après, Semsès retourna
colonne pour y demeurer. Assémani fait voir à Sisa, sa patrie, vendit tout son bien et en
ensuite, par les témoignages de Théodoret, donna le prix, partie aux pauvres, partie au
d'Evagre et de quelques autres anciens, que monastère de Télède, où il demeura avec
saint Siméon est le premier qui ait vécu sur Siméon.
une colonne ; que, pendant les sept premières 47. Celui-ci, dépouillé de tout, s'appliqua
années, cette colonne était fort basse, et que, tout entier aux exercices de la vie religieuse:
l'ayant augmentée insensiblement, elle était aux jeunes, aux veilles, à une prière conti-
haute de quarante coudées à sa mort; que ce

nuelle. Enflammé de l'amour divin, il se creu-
genre de vie a été imité dans les siècles sui- sa lui-même une fosse dans le jardin, dans
vants par un grand nombre de personnes. laquelle il passa tout l'été, enfoncé jusqu'à

45. Saint Siméon était né dans un bourg la poitrine. Il en fit une autre sous un amas
nommé Sisa, de parents chrétiens qui le fi- de bois, où il demeura trente jours, et, pour
rent régénérer dans les eaux du baptême. s'empêcher de dormir, il appuyait ses pieds
Elevé dans la vie champêtre, il menait paitre sur un morceau de bois rond. Il passa qua-
les brebis de son père et passait ainsi ses rante jours dans un antre ténébreux qui était
jours dans les bois et dans les montagnes. Il voisin du monastère. Enfin il portait sur lui
était d'un esprit doux et gai, sobre, robuste une corde garnie de nouds qui, s'enfonçant
et d'une agilité singulière. Ses parents étant dans la chair, en faisait sortir le sang. Toutes
morts, il resta seul avec Semsès, son frère. ces pratiques singulières lui attirèrent des
Occupé jusque-là à la campagne, il n'avait reproches de la part de ses confrères. Ils en
point entendu lire les Livres saints, n'avait portèrent leurs plaintes à l'abbé et lui de-
point appris les préceptes de la religion chré- mandèrent, ou d'obliger Siméon à suivre la
tienne. Voyant ses concitoyens aller à l'église vie commune du monastère, ou de l'en faire
les jours de dimanche, il les suivit. La pre- sortir. L'abbé fit sur cela des remontrances
mière fois qu'il y alla on lisait les Epîtres de à Siméon avec beaucoup de douceur et de
saint Paul et quelque autre partie de l'Écri- charité; mais, n'ayant pu le vaincre et le
ture. Il demanda ce que contenaient ces Li- voyant prêt à partir, il lui offrit quatre deniers
vres. Ses compagnons lui dirent : « Ce sont pour son voyage. Siméon les refusa, et, au
les paroles de Dieu qui habite le ciel, et ses lieu d'argent, demanda à l'abbé des prières;
oracles. » Le dimanche suivant il les écouta l'abbé en fit pour lui et le bénit, en lui di-
très -attentivement, en sorte qu'il entendit sant ce qu'Isaac dit à Jacob : «Allez en paix,
très-bien tout ce qu'on avait dit et tout ce que le Seigneur soit avec vous. »
qu'on avait lu. Dès ce jour il s'appliqua à ra- 48. Siméon, prenant Dieu pour guide de
masser de l'encens et à l'offrir au Seigneur, sa route, arriva vers le soir à la porte du
comme s'il eût été initié dans les rites sacrés. monastère de Méras. Elle lui fut ouverte par

46. Semsès, son frère, lui proposa de par- un enfant, qui le conduisit au supérieur, dont
tager ensemble la succession paternelle. Si- il fut accueilli comme s'il en avait été connu
méon le laissa le maitre du partage et du depuis longtemps. Il passa la nuit dans la
choix, en l'assurant qu'il ne l'inquiéterait ja- chambre des hôles; mais, dès le matin, il
mais sur ce sujet. Quelques temps aupara- pria le supérieur de lui donner une cellule

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Page 288.

Page 975,

303.

Page 288, et Evag. lib. 1 cap. 13.

Page 310.

Page 397.

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séparée, où il pût passer seul le carême. A sa mettra pas, comme je l'espère, que j'aie be-
prière, un saint prêtre nommé Bassus, mura soin de remède ni du secours des hommes
la porte de sa cellule, après y avoir mis six pour me guérir : il a lui-même le pouvoir de
pains et un vase plein d'eau. Bassus, inquiet chasser ma maladie quand il voudra. »
de la santé de Siméon, ouvrit sa cellule au 50. Elle ne l'empêcha pas de passer le carême
bout de la quarantaine. Il le trouva priant à sans manger; et au trente-huitième jour il se
genoux ', les pains entiers et le vase plein trouva parfaitement guéri, et l'ulcère qui lui
d'eau. Bassus lui donna le corps de Jésus- avait rongé la moitié du pied, fut entièrement
Christ, dont il fut si fortifié, qu'il retourna à dissipé. Le bruit de cette guérison miracu-
pied au monastère.

leuse se répandit bientôt : les évêques et les
49. L'année suivante, Bassus vint vers le prêtres accoururent pour en être témoins; et
même temps voir Siméon, à qui l'on avait à cette occasion Domnus, évêque d'Antioche,
bâti une cellule sur la montagne voisine. Il en étant monté sur sa colonne, lui administra
ferma la porte au commencement du carême, l'eucharistie.

.
et revint l'ouvrir lui-même à la fin du jeûne. 51. Il se faisait un grand concours de peu-
Il avait amené quelques prêtres de son mo- ples à la colonne de Siméon; les Arabes sur-
nastère. Ils entrèrent tous ensemble et lui fi- tout y venaient en grand nombre. Naamanès,
rent part de la sainte oblation. Le prêtre Côme leur prince, craignant que, par les exhorta-
rapporte un grand nombre de miracles et tions de ce Saint, ils n'embrassassent le chris-
de visions dont Dieu favorisa Siméon; puistianisme et ne livrassent ensuite l'Arabie aux
il ajoute que ce Saint n'en eut que plus d'ar- Romains, publia un édit portant défense, sous
deur pour le jeûne, pour la prière et les au- peine de la vie, d'aller à la colonne de Siméon.
tres exercices de piété; ensuite il parle de la Mais une vision céleste que Naamanès eut la
colonne de quarante coudées sur laquelle il nuit suivante, lui fit révoquer son édit. Il té-
demeura le reste de sa vie. Selon Evagre, il moigna même qu'il irait volontiers, comme
avait auparavant passé neuf ans dans le mo- les autres, voir Siméon, et qu'il se ferait chré-
nastère, où il fut d'abord instruit des grandes tien, s'il n'était soumis au roi de Perse. Ainsi
vérités de la religion chrétienne. Il en passa la religion chrétienne fit de nouveaux pro-
quarante-sept dans la mandre, avec les dis- grès dans l'Arabie. On y bâtit des églises ;
ciples, sur les petites colonnes, et trente sur les évêques et les prêtres y exerçaient en
celle qui avait quarante coudées de haut. Elle paix leurs fonctions.
n'avait, selon le prêtre Côme, qu'une coudée 52. Dieu ayait accordé à Siméon le don des
de large ; d'autres lui en donnent deux. Dans miracles : le prêtre Côme, son historien , en

:
un espace si étroit et où il était obligé de se te- rapporte un grand nombre. Il guérit avec de
nir droit jour et nuit, il ne laissait pas de faire l'eau bénite un noble sabéen, attaqué depuis
de fréquentes adorations, approchant autant longtemps d'une douleur aiguë dans le cer-
qu'il le pouvait sa tête à ses pieds ; ce qui lui veau, à laquelle les médecins n'avaient pu
causa de très - grandes incommodités. Une apporter aucun adoucissement; le fils d'un
maladie de neuf mois le réduisit presque à la petit roi de Perse, paralytique de tous ses
mort. L'empereur Théodose lui écrivit et lui membres depuis quinze ans; un noble armé-

.
envoya trois évêques pour l'engager à quitter nien, fils du satrape de toute l'Arménie, privé
sa colonne pour un temps, ou du moins à en de l'usage d'une partie de ses membres par
diminuer la hauteur. Il lui offrit même de lui une apoplexie; et le légat de l'empereur au
envoyer un médecin pour le guérir. Simeon roi de Perse, qu'une maladie avait tellement
reçut les évêques avec toutes les marques défiguré, que son visage était tourné derrière
d'honneur qui dépendaient de lui, et fit une

son dos.
réponse à l'empereur dans laquelle il lui don- 53. Il y avait cinq ans que Siméon demeu-
nait, et à ses seurs, des avis salutaires pour rait sur sa colonne, lorsque Semsès, son frère,
leur conduite particulière et le bon gouver- mourut, en odeur de vertu. Siméon avait con-
nement de l'empire. Mais il ne voulut ni quit- nu le jour de cette mort trois mois auparavant.
ter la colonne, ni voir les médecins, disant Il prévit aussi sa mort dans une vision, et il ne

,
aux évêques : « Dieu connait quelle a été mon douta pas qu'elle ne fût proche lorsque An-
intention en embrassant cet état ; il ne per- tioche et les villes voisines furent renversées

l'age 30$.

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Page 805.

Page 240.

Page 366.

Page 37.

1 Théodoret raconte la chose un peu différemment, Voyez tom. XIV, pag. 114.

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par un tremblement de terre, acrivé en 459. qu'au vendredi, qu'il arriva à Antioche. On
Alors il appela le premier de ses disciples et mit le corps du Saint dans la principale église,
lui dit : « Depuis le grand nombre d'années qui avait été bâtie par l'empereur Constan-
que nous conversons ensemble, vous savez tin, et dans laquelle on n'avait encore jusque-
que je ne me suis couvert que de ces peaux là inhumé personne, pas même des martyrs.
que je porte actuellement. Je vous conjure Les obsèques se firent au chant des psaumes
de m'en couvrir encore après ma mort. » Au et des hymnes. L'évêque d'Antioche célébra
mois de juillet de la même année 459, il se pendant plusieurs jours les divins mystères
fit autour de sa colonne une assemblée de sur son tombeau. Un énergumène y fut déli-
personnes, en si grand nombre, qu'il semblait vié du démon, dont il était possédé depuis
que Dieu y en eût envoyé de toutes les na- plusieurs années.
tions de l'univers, pour faire au Saint leurs 55. L'empereur, informé de la mort de Page 394.
derniers adieux. Siméon, s'adressant alors aux saint Siméon, envoya le préfet de la milice
prêtres et aux peuples, les consola et les avec des députés chargés de ses lettres à l'é-
exhorta à observer exactement les comman- vêque d'Antioche; par ces lettres, il demandait
dements de Dieu, puis les renvoya chacun à que le corps de ce Saint fût transporté à Cons-
leurs occupations. Le 29 août il fut attaqué tantinople, assurant que son intercession se-
d'une langueur mortelle, qui dura depuis le rait d'un grand secours à l'empire et à toute
dimanche jusqu'au mardi. Le lendemain, qui la république. Les habitants d'Antioche, frap-
était le second de septembre , ses disciples pés vivement de cette demande, employèrent
étant tous présents, il en nomma deux d'entre les remontrances les plus humbles et les plus
eux pour supérieurs et les recommanda tous pathétiques auprès des députés, et écrivirent
à Dieu. Ensuite il fléchit trois fois les genoux, en ces termes à l'empereur : « Les murailles
et, en se relevant, il regardait le ciel. I'n peu- de notre ville étant depuis longtemps tom-
ple nombreux qui était présent, cria à haute bées, par l'effet de l'indignation de Dieu ,
voix de tous côtés: «Bénissez , Seigneur. » Le nous avons apporté ici le très-saint corps (de
serviteur de Dieu tournant les yeux vers les Siméon) pour nous tenir lieu de murailles
quatre parties du monde , les bénit de sa main et de défense, afin que, par son intercession,
et les recommanda à Dieu par trois fois. Puis, nous puissions être en sûreté. » L'empereur
levant une seconde fois les yeux au ciel, il se laissa fléchir, mais avec peine, et le corps
frappa trois fois sa poitrine de sa main droite, du Saint resta à Antioche.
et mettant sa tête sur l'épaule de son pre- 56. Il a été parlé plus haut de la lettre que
mier disciple, il espira le 2 de septembre, à le prêtre Côme écrivit à saint Siméon au
l'heure de none, l'an 459.

nom du clergé et du peuple de Phanire. On
54. Ses disciples, craignant qu'on ne leur l'a imprimée à la suite de la Vie de ce Saint.
enlevât son corps, portèrent au haut de la C'est un éloge de ses vertus éclatantes. Il y
colonne un tombeau dans lequel ils l'enfer- est comparé à Abraham pour sa foi, à Moïse
mèrent jusqu'à ce qu'ils pussent lui donner pour sa douceur, à Josué pour la probité de
une plus honorable sépulture. Il fut regretté ses meurs, à Elie et à Elisée pour la gran-
de tout le monde, surtout du clergé. Mais les deur et le nombre de ses miracles, à Job pour
larmes étaient, dans la plupart, mêlées de joie, sa patience. Côme lui promet, au nom de
ne doutant pas que Dieu ne l'eût mis dans sa ses concitoyens, qu'ils observeront ce qu'il
gloire. Un seigneur de la première qualité, leur avait prescrit touchant la sanctification
nommé Ardaburius, fut prié par les citoyens du dimanche et du vendredi; qu'ils n'auront
de la ville d'Antioche de demander que le qu'une mesure et qu'un poids; qu'ils se con-
corps de saint Siméon y fût transporté. La tiendront dans les bornes de leur possession,
translation s'en fit avec une pompe extraor- sans empiéter sur le terrain d'autrui; qu'ils
dinaire. Les évêques et les prêtres le portèrent rendront les promesses à ceux qui en paie-
alternativement sur leurs épaules à une dis- ront le montant; qu'ils banniront de leur so-
tance d'environ quatre mille pas de sa cel- ciété les voleurs et ceux qui usent de malé-
lule. Ensuite on le mit sur une voiture, que fices; et qu'ils fréquenteront l'église pour y
les soldats, les princes et les magistrats ac- vaquer aux auvres de leur salut. On voit par
compagnèrent de chaque côté. Les Romains là

que saint Siméon avait donné aux Phanisuivaient avec le peuple. Le convoi dura près riens diverses instructions, soit de vive voix, de cinq jours, c'est-à-dire depuis le lundi jus. soit par écrit.

Ibid.

Page 883.

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SAINT PACOME,

CHAPITRE XII.

Saint Pacôme, premier abbé de Tabenne, et instituteur des Cénobites.

Naissance de salut P'a

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Il se fait chrétien, et

taire, ep 313,

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ARTICLE PREMIER.

monde, il résolut dès lors, si jamais il recou

vrait sa liberté, de servir uniquement ce Dieu , HISTOIRE DE SA VIE.

qu'ils adoraient. Le jour suivant, il continua

son chemin, et, dans le cours de la navigation, 1. Saint Pacôme, le premier qui ait com

lorsqu'il se sentait flatté par les plaisirs des come en 292 posé une règle et donné la forme à la vie

sens, il se fortifiait contre la tentation par le apud Bolo cenobitique', naquit dans la haute Thébaïde,

souvenir de sa promesse. land., ad 14 wall, p. 287. vers l'an 292. Il fut élevé par ses parents Vila Parri

3. Maximin étant mort misérablement peu lib. I, p. 111. dans les superstitions païennes; mais, dès

après sa défaite par Licinius, la guerre finit, ensuite soli l'enfance, il en témoigna beaucoup d'éloi

et Pacôme retourna en Thébaïde. Il alla à 314 gnement : il aimait la pureté et s'exerçait à l'église d'un bourg nommé Chinobosque, en num.6, 6,

Acla Græc l'abstinence. Un jour, ayant goûté du vin

7, 8 la haute Thébaïde, où il fut fait catéchumène, offert aux idoles, il le rejeta à l'heure même.

et baptisé peu de temps après. Ensuite il se Une autre fois, ses parents l'ayant mené pour retira auprès d'un vieillard nommé Palémon, sacrifier à une idole qui était sur le bord du qui servait Dieu dans le désert. Celui-ci fit Nil, sa présence empêcha l'effet des cérémo- quelque difficulté de le recevoir et lui dit que nies profanes. Ils ne laissèrent pas de le faire

la vie monastique n'était pas une chose fainstruire avec soin dans les lettres et les au

cile; que plusieurs l'avaient embrassée ct tres sciences des Egyptiens.

n'avaient pas persévéré; qu'il ne pouvait le 2. A l'âge de vingt ans il fut enrôlé dans

recevoir dans son monastère, s'il n'avait aupavir dans la les nouvelles levées que Maximin? fit faire

ravant fait quelque pénitence dans un autre. en 312, pour se préparer à la guerre contre Puis il ajouta : «Considérez, mon fils, que je ne apud Bol Constantin et Licinius. On le mit avec d'au

mange que du pain et du sel, je n'use jamais dirm's maii, tres sur un vaisseau, et le soir ils abordèrent d'huile, je ne bois point de vin, je veille la

à une ville nommée Thèbes ou Diospolis, dont moitié de la nuit, et je l'emploie à psalmodier
les habitants, informés qu’on menait ces jeu- ou à méditer l'Ecriture sainte; quelquefois je
nes gens à la guerre contre leur gré , les as-

passe la nuit sans dormir. » Ces paroles firent
sistèrent dans tous leurs besoins. Pacôme fut

trembler Pacôme. Mais, fortifié de la grâce touché de leur charité, et, ayant appris qu'ils de Dieu, il s'engagea à tous ces travaux avec croyaient en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, tant de foi, que Palémon, qui ne lui avait parlé et que, dans l'espérance d'être récompensés que la porte entr'ouverte, la lui ouvrit et lui en une autre vie du bien qu'ils faisaient en donna l'habit monastique. Ils demeurèrent celle-ci , ils s'efforçaient d'en faire à tout le quelque temps ensemble, s'occupant à prier,

Il est en rôlé pour ser

guerre,

en 312. Ato Graca,

landi,

ad

,

9, 3.

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1 On entend, par la vie cénobitique, des maisons saintes ou plusieurs personnes vivent ensemble dans une entière communauté de toutes choses, sous l'autorité d'une même règle et dans la dépendance d'un même supérieur. Tillemont, tom. VI Hist. eccl., pag. 176.

2 Le texte de la Vie de saint Pacôme porte qu'il fut enrôlé pour servir dans la guerre de Constantin contre un tyran, et que, Constantin étant demeuré victorieux, Pacôme fut congédié; cette même Vie dit que Pacôme avait environ vingt ans lorsqu'il fut enrôlé. Ces deux faits sont insoutenables si l'on suit l'opinion commune, qui met la naissance de saint Pacôme en 292; car il faudra dire qu'en 312, l'année de son enrôlement, Constantin avait pouvoir de lever des

troupes dans la Thébaïde. Néanmoins il est certain qu'il n'a eu ce pouvoir qu'en 323, après la défaite de Licinius. Pour résoudre cette difficulté, on peut s'arrêter à ce que Rosweyde a mis dans son édition de la Vie de saint Pacôme, sur l'autorité d'un manuscrit, que ce Saint lul enrôlé non por ordre de Constantin, mais lorsque Constantin faisait la guerre à Maximin, ce qui arriva en 312. Saint Pacôme fut enrolé en cette apnée par ordre de Maximin, qui possédait alors l’Egypte, et mis en liberté l'année suivante par Licinius, qui devint maitre de l’Egypte, et conséquemment de la Thébaïde, par la défaite de Maximin. Voyez Tillemont, note %, sur saint Pacôme, tom. VII Hist. eccl., p. 675 et 676; Rosweyde, lib. I Vit. Patr., p. 114 et 139.

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