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encore le pouvoir de la foi des chrétiens par toine alla, selon : sa coutume, visiter les moile grand nombre de païens qui se convertis- nes qui étaient dans la montagne extérieure, saient, tandis qu'on ne voyait personne pas- pour leur dire les derniers adieux. Il était âgé ser du christianisme au paganisme. « Avec vos de près de cent cinq ans. Il les exhorta à persyllogismes, leur dit-il, vous ne persuaderez sévérer dans les travaux de la pénitence, à à aucun chrétien d'embrasser votre religion; s'éloigner des méléciens . et des ariens, et à et nous, en enseignant de croire en Jésus- garder la tradition des Pères, principalement Christ, nous ruinons toute votre superstition, la foi de Notre-Seigneur. Les frères, tout en chacun reconnaissant que Jésus-Christ est larmes, le pressaient de demeurer avec eux Dieu et le Fils de Dieu. Au seul nom de Jésus- et d'y finir ses jours; mais il ne le voulut pas, Christ crucifié, nous mettons en fuite les dé- pour plusieurs raisons qu'il faisait assez conmons que vous adorez comme des dieux ; et naître par son silence, et principalement pour lorsque l'on fait le signe de la croix , la ma- celle-ci. Les Égyptiens 6 aimaient à conserver gie perd toute sa force, et le poison sa vertu. les corps des personnes vertueuses, surtout Où sont maintenant vos oracles ? Où sont les des martyrs. Ils les ensevelissaient et les encharmes des Égyptiens ? Où sont les spectres veloppaient de linges; mais ils ne les enterque faisaient voir vos enchanteurs ? En quel raient ® point; au contraire, ils les mettaient temps toutes ces choses ont-elles cessé, sinon sur des lits et les gardaient dans leurs mailorsque l'on a vu paraître la croix de Jésus- sons, croyant honorer ainsi les morts. Saint Christ ? Est-elle donc digne de risée ? Et les Antoine'avait souvent prié les évêques d'inschoses qui ont été abolies par elle ne sont- truire les peuples sur ce point. Il en avait luielles pas plutôt dignes de mépris ? Mais ce même repris sévèrement les laïques, et parqu'il y a encore de plus admirable, personne

ticulièrement les femmes; il disait que cet ne vous persécute à cause de votre religion. usage n'était ni légitime, ni pieux, puisque Elle est même en honneur dans les villes. Les les corps des patriarches et des prophètes chrétiens, au contraire, sont persécutés; toute- étaient encore conservés dans les tombeaux, fois, notre religion ne laisse pas de fleurir, de et que le corps même du Sauveur fut mis croitre au préjudice de la vôtre, et notre doc- dans un sépulcre fermé d'une pierre, jusqu'à trine s'est déjà répandue par toute la terre. » sa résurrection. Il prouvait par là que c'éEnfin il apporta pour preuve de la vérité de tait mal fait de ne pas cacher les corps des notre foi le grand nombre de martyrs qui défunts, quelque saints qu'ils fussent, puissacrifiaient leur vie pour Jésus-Christ, et les que rien n'est plus grand ni pius saint que le vierges qui, par un semblable motif, passaient corps du Seigneur. Plusieurs le crurent; ils leur vie dans une pureté inviolable. Saint An- enterrèrent leurs morts et remercièrent le toine finit sa dispute avec ces philosophes, Saint de l'instruction qu'il leur avait donnée. en guérissant en leur présence plusieurs dé- Ce fut donc la crainte qu'on ne traitât ainsi moniaques par le signe de la croix qu'il fit son corps, qui l'obligea de se presser et de trois fois sur eux. De là il prit occasion de les dire adieu aux moines de la montagne extéexhorter encore à croire en Jésus-Christ, qu'il rieure. Étant rentré dans la montagne intéreconnaissait pour seul auteur de ces merveil- rieure, où il était accoutumé de demeurer, il les. Ils s'en retournèrent en admirant égale- tomba malade au bout de quelques mois. Il ment la sagesse et l'humilité du Saint, et en n'avait auprès de lui que deux de ses disciavouant qu'ils avaient beaucoup profité de sa ples, Macaire et Amathas, qui le servaient conversation.

depuis quinze ans, à cause de sa vieillesse. 12. Quelques mois avant sa mort, saint An- Après les avoir exhortés à la persévérance

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Sa mort en 356, à l'âge de 105

1 Nos Christum crucifixum nominantes, omnes fugamus dæmones quos ut deos timetis , et ubi signum crucis formatur, magica ars vires amittit, atque veneficia nihil virtutis habent. Athanas., in Vit. Anton., pag. 834.

? His dictis Christum invocavit, et dæmoniacos bis
terque sigillo,crucis signavit. Moxque steterunt homines
incolumes, mentisque compotes, gratiasque agentes Do-
mino. Ibid., pag. 855.

3 Athanas., in Vita Anton., pag. 861.
* Ibid., pag. 862.
* Ibidem.

6 Nous trouvons que, dans les temps les plus anciens, les Égyptiens enfermaient les corps embaumés et ensevelis dans des boites de bois, qui représentaient une figure humaine, et les posaient debout dans des lieux où ils les gardaient; et l'on voit encore aujourd'hui de ces boites et des momies qu'elles enferment. Fleurs, liv. XI Hist. ecclés., num. 34, pag. 478.

7 Athanas., in Vita Anton., pag. 862.
8 Ibidem, pag. 863,
9 Ibid. m.

dans la vertu et à fuir : toute communication saint Athanase ayant été banni par ordre du saint Antoia
avec les méléciens et les ariens, il leur recom- grand Constantin, vers l'an 335, saint An- Constantin.
manda de ne point souffrir que l'on portât son toine qui, avec tous les autres solitaires, était
corps en Égypte, de peur qu'on ne le gardât fortement attaché à la foi de Nicée, écrivit
dans les maisons, mais de le mettre et de le plusieurs lettres à ce prince en faveur de
couvrir de terre, en un lieu qui ne fût connu saint Athanase, dans lesquelles il le conju-
que d'eux seuls. « Au jour de la résurrection, rait de n'ajouter nulle foi aux méléciens et
ajoute-t-il," je le recouvrerai incorruptille de de regarder toutes leurs accusations comme
la main du Sauveur. Partagez mes habits, des calomnies et des impostures. Ces lettres,
et donnez à l'évêque Athanase une de mes qui sont perdues, n'eurent aucun effet: Cons-
peaux de brebis, avec le manteau sur lequel tantin répondit qu'il ne pouvait mépriser le
je couche, qu'il m'a donné tout neuf et que jugement d'un concile (c'était celui de Tyr);
j'ai usé; donnez à l'évêque Sérapion l'autre qu'un petit nombre de personnes pouvaient
peau de brebis, et gardez pour vous mon ci bien être soupçonnées de juger par passion
lice. Adieu, mes enfants; Antoine s'en va et ou par affection, mais qu'on ne devait point
n'est plus avec vous. » Quand il eut ainsi par- supposer qu'un si grand nombre d'évêques,
lé, ils l'embrassèrent; il étendit ses pieds et pieux et savants, se fussent unis ensemble,
demeura couché avec un visage gai, comme contre saint Athanase, par d'aussi mauvais
s'il eût vu ses amis venir le voir. Sa mort ar- principes; qu'au reste Athanase était un in-
riva le 17 de janvier de l'an 356: il était âgé solent, un brouillon, un superbe et un sédi-
de 105 ans. Depuis 3 sa jeunesse jusqu'à un ticux (car c'est ainsi que les ennemis de ce
si grand âge, il garda toujours la même fer- saint évêque l'avaient caractérisé auprès de
veur dans ses exercices. La vieillesse ne l'o- l'empereur). On rapporte à l'année 337, ou
bligea ni à prendre une nourriture plus déli- peut-être à la précédente, une autre lettre
cate, ni à changer la manière de se vêtir, ni de saint Antoine à Constantin et à ses deux
à se laver mêine les pieds. Toutefois, il n'a- fils, Constantius et Constant. Ces princes, in-
vait aucune incommodité : sa vue n'était point formés de ses vertus, lui avaient écrit *; dans
affaiblie; ses dents étaient seulement usées, cette lettre ils le traitaient de père, et lui
mais il n'en avait pas perdu une seule; enfin demandaient réponse. A la réception de ces
il était plus lort et plus vigoureux que ceux lettres, le Saint, sans s'émouvoir, appela les
qui se nourrissent de diverses viandes, qui moines et leur dit : « Ne vous étonnez point
se baignent et changent fréquemment d'ha- si un empereur nous écrit : ce n'est qu'un
bits. Ses deux disciples l'enterrerent, comme homme; étonnez-vous plutôt de ce que Dieu
il le leur avait ordonné, et personne autre ne a écrit une loi pour les hommes et nous a
sut le lieu de sa sépulture. Entre les diver- parlé par son propre Fils. » Il ne voulait pas
ses visions dont Dieu le favorisa pendant même recevoir ces lettres, disant qu'il ne sa-
sa vie, la plus célèbre est celle où ', sous vait point y répondre. Mais les moines lui
la figure d'une multitude de mulets qui en- ayant représenté que les empereurs étaient
vironnaient la sainte table et qui renver- chrétiens, et qu'ils pourraient se scandaliser,
saient à coups de pieds ce qui était dessus, comme étant méprisés, il permit qu'on les
Dieu lui fit voir les maux que les ariens de- lût, et y fit réponse. Il leur témoigna sa joie
vaient faire à l'Église. Il eut cette vision vers de ce qu'ils adoraient Jésus-Christ, et les
l'an 339, et deux ans après on en vit l'accom- exhorta à ne pas faire grand cas des choses
plissement, lorsque les ariens mirent par présentes, mais à penser plutôt au jugement
violence Grégoire sur le siége d'Alexandrie, futur; à considérer que Jésus-Christ est le
au commencement de l'an 341.

seul roi véritable et éternel; à avoir beau

coup de clémence et d'humanité, enfin à ARTICLE II.

rendre la justice et à prendre soin des pauDES ÉCRITS DE SAINT ANTOINE.

vres. Cette lettre, dont saint & Athanase nous

a conservé le précis, fut bien reçue. Nous 1. Nous apprenons de Sozomène 5 que lisons' ailleurs que Constantius, depuis qu'il

Lettres de

7

1 Ibidem.- 2 Ibidem, pag. 864. — 3 Ibidem, pag. 865.

Athanas., in Vita Anton., pag. 856, 857.
$ Sozomen., lib. III, cap 31.
. Hieronym., in Chron., ad ann, 857,

Athanas., in Vita Anton., pag. 855.
8 Apophtegm. Patr., tum. I Monum. Eccl. Græcæ
Cotelerii, pag. 351.

! Tillemont, tom, VII Hist, eccl., pag. 131,

Page 9

fut parvenu à l'empire, écrivit aussi à saint rubins, pour avoir obéi aux ordres du CréaAntoine pour le prier de venir à Constanti- teur; que les noms de diable et de satan ont nople; que le Saint, délibérant sur ce qu'il été donnés aux méchants à cause de leur avait à faire en cette occasion, prit l'avis de crime et de leur malice; que, par une raison Paul le Simple, l'un de ses disciples, qui lui semblable, on a donné à certains hommes les répondit en ces termes : « On vous appellera noms de patriarches, de prophètes, de rois, de Antoine, si vous y allez, et si vous n'y allez prêtres, de juges, d'apôtres, à cause de leurs pas, vous serez l'abbé Antoine. » Il voulait vertus. Le Saint témoigne en deux endroits dire par là que le monde n'honore la vertu qu'il ne cesse de prier pour les Arsénoïtes, que dans ceux qui le fuient.

pour leur obtenir de Dieu les lumières néces2. Saint Jérôme ne dit rien de ces lettres saires; et il finit en disant qu'il avait souhaité de saint Antoine à Constantin, dans son Ca- de les voir, mais qu'il se sentait proche de sa talogue des hommes illustres, mais il ' y en fin. Dans la troisième, qu'il écrivit à ses moimarque sept autres du même Saint, à divers nes, après leur avoir représenté les bienfaits monastères; elles sont écrites dans le style de Dieu envers nous, particulièrement son des Apôtres et remplies de leurs maximes. incarnation et ses souffrances, il les exhorte Il dit qu'on les avait traduites en grec et que à ne désirer que les biens à venir et à les la principale était adressée aux Arsénoïtes. mériter par une vie toute sainte. Dans la Mais elles avaient été écrites originairement quatrième, il leur dit que l'avénement de Jéen égyptien, et l'on assure ? qu'elles sont sus-Christ est proche, qu'ils doivent s'y préencore aujourd'hui en cette langue dans les parer en s'exerçant dans la vertu et par la monastères de la Thébaïde. Celles que nous componction de cour. Il y appelle - l'Eglise avons dans le quatrième tome de la Biblio- catholique la maison de vérité. Pour les enthèque des Pères, sous le nom de saint An- gager, dans la cinquième, à veiller sur euxtoine, et qu'on croit communément ètre de mêmes, il leur représente combien les anlui, sont en latin, traduites du grec par Sara- ges sont sensibles à la perte et au salut des sius, d'un style si embarrassé, qu'on a peine hommes, et la grandeur du péché, qui n'a pu à les bien entendre. Elles roulent toutes sur être effacé que par la mort du Fils de Dieu. Il des matières de piété. La première, qui est dit nettement que toutes choses n'ont qu'un adressée aux frères en général, traite de trois même principe, les anges comme les homdifférentes manières dont Dieu nous appelle, mes, le ciel et la terre, excepté la parfaite et par des inspirations intérieures, par la lec- bienheureuse trinité : du Père, du Fils et ture des livres saints, par les tentations et les du Saint-Esprit. Il marque dans la sixième ce afflictions qui nous arrivent. Il y parle aussi que Dieu a fait dans tous les âges, pour le des différentes manières dont nous sommes salut de l'homme, dont la plaie était si protentés, soit par rapport au corps, soit par fonde, qu'elle n'a pu être guérie que par le rapport à l'esprit. La seconde est adressée Fils unique de Dieu. La septième est imparaux Arsénoïtes en particulier. Saint Jérôme faite. Il y exhorte les frères à travailler à se la regardait comme la plus considérable de connaitre eux-mêmes, pour parvenir à la toutes. Elle est pleine de tendresse, mêlée connaissance de Dieu. Sur la fin, il parle de de réflexions sur la bonté de Dieu, qui a l'hérésie d'Arius. On trouve dans ces lettres donné son Fils pour nous racheter, et sur les plusieurs phrases répétées en mêmes termes ruses du démon, toujours attentif à nous en divers endroits, dont quelques-unes n'ont perdre. On y voit que les bons et les mau- que peu ou point de sens; ce qui peut venir vais anges ont reçu différents noms, se- de ce que le texte en a été corrompu, ou de lon leurs différentes actions; que les bons la faute des traducteurs. Dans la seconde, ont été nominés, les uns Archanges, les au- les Arsénoïtes sont appelés quelquefois fils tres Siéges, Dominations, Puissances, Ché- de « l'Israélite, qualité que saint Antoine don

Page 81

Aur Arsenoites.

Page 8

Pago 83

Page 84

Page 85.

Page 79.

· Hieronym., in Catal., pag. 88.
· Renaudot, Præfat. ad tom. I Liturg.orient., p. 119.

. Le savant Mingarelli a publié deux lettres de
saint Antoine en langue copte dans les Ægyptiorum
codicum Reliquiæ. Venise, 1785. (L'éditeur.)

Et fundavit, ipse nobis veritatis domum, quæ est Ecclesia Catholica. Antonii Epist. 4, pag. 83.

5 Ex uno sunt omnes, excepta sola perfecta ac beata trinitate Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Idem , Epist. 5, pag. 84.

60 filii Israelitæ, secundum sensualem vestram exstantiam. Idem, Epist. 2, pag. 79. Dilectissimi mei nati in Domino filii Israelitæ sanctissimi. Ibid., pag. 80.

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Théodore de

nait aussi aux disciples d'Orsise, supérieur et plus élégant, et il nous parait d'un homme de Tabenne, ainsi que l'a remarqué' l'auteur plus au fait des dérangements qui se passent de la Vie de saint Pacôme.

dans le monde, que n'était saint Antoine. On Lettres de

3. Saint Antoine, ayant appris les violences n'a d'ailleurs aucune autre preuve qu'il soit DéaBalacius que le duc Balacius faisait dans Alexandrie, de lui, que l'autorité di manuscrit d'Alde vers l'an 341.

pour maintenir Grégoire dans le siége épis- Manuce, sur lequel il a été donné. Les deux licopal de cette ville en la place de saint Atha- vres de Sermons que Trithèine lui attribue ne nase, jusqu'à battre des vierges, dépouiller peuvent en être, puisque saint Basile, saint et fouetter des moines, lui écrivit en ces ter- Chrysostome, Photius, quelques autres, beaumes? : « Je vois la colère de Dieu venir sur coup plus récents que saint Antoine, y sont toi ; cesse donc de persécuter les chrétiens, cités. On croit qu'ils sont d'un autre Ande peur qu'elle ne te surprenne, car elle est toine qui vivait dans le douzième siècle. Ce prête à tomber. » Balacius se mit à rire, jeta recueil de Sermons est ce qu'on appelle la la lettre par terre et cracha dessus. Il mal- Mélisse, qui n'est qu'une compilation et un traita ceux qui la lui avaient apportée et les recueil de divers lieux communs sur les vices chargea de dire à Antoine pour réponse : et les vertus. On le trouve dans le tome jer « Puisque tu prends soin des moines, je vais de la Bibliothèque des Pères de Paris, en 1575, aussi venir à toi. » Mais, cinq jours après, il et dans le cinquième de l'édition de l'an 1589. éprouva la colère de Dieu, dont Antoine l'a- Nous avons plusieurs autres pièces sous vait menacé, et mourut en voyage, ayant eu le nom de saint Antoine , données en latin la cuisse déchirée par le cheval de Nesto- par Abraham Ecchellensis, maronite, et im

rius, vicaire d'Égypte, qui l'accompagnait. primées à Paris en 1641, in-4', savoir : vingt A saint

4. Il nous reste : encore une lettre fort lettres traduites de l'arabe, dont sept sont les Tabeones courte de saint Antoine à saint Théodore, mêmes que celles dont nous venons de parsuccesseur d'Orsise à Tabenne. Elle lui fut

ler; vingt petits sermons aux solitaires, sur rendue par deux de ses religieux, Théophile des matières de piété; sept avertissements et Copré, qui revenaient d'Alexandrie, vers ou instructions, aussi pour des solitaires; plul'an 353, et qui avaient vu saint Antoine dans sieurs réponses du même Père ; mais toutes leur voyage. Il y appelle saint Théodore son

ces pièces sont sans autorité. On y cite divers fils, comme beaucoup plus jeune que lui, et auteurs », qui n'ont vécu que depuis saint Anlui fait part d'une révélation dans laquelle toine: entre autres, le bienheureux Évagre, Dieu lui avait fait connaître qu'il userait d'in- mort sur la fin du quatrième siècle ; et l'abbé dulgence envers tous les vrais adorateurs de Pasteur, qui a vécu longtemps après dans le Jésus-Christ qui, après être tombés dans cinquième. Le même Ecchellensis a traduit quelque faute depuis leur baptême, en au- d'arabe en latin une Règle qui porte le nom raient un regret sincère. Cette lettre fut lue de saint Antoine, imprimée à Paris en 1646, en présence de tous les frères, comme saint in-8°. Cette Règle se trouve aussi dans le reAntoine l'avait souhaité, et ils en furent cueil de Holstenius, à Rome, 1661, et à Paris édifiés.

en 1963, in-4°, [et dans la nouvelle édition du Écrits faus- 5. On trouve à la suite des lettres de saint Codicis Regularum donnée par G. Maria Brobues a saini Antoine, dans la Bibliothèque des Pères im- kie à Augsbourg, tome ler, pag. 3); elle ne con

primée à Cologne et à Lyon, un discours de tient rien qui ne soit édifiant, mais on n'a aula Vanité du monde et de la Résurrection, qui cune preuve qu'elle soit de saint Antoine. lui est attribué sur la foi d'un ancien manus- Saint Athanase, qui rapporte tout au long crit latin. Gérard Vossius, qui l'a donné le pre- quelques-uns de ces discours, ne dit rien de mier, le croit de ce Père. Mais, quoique le style sa Régle; saint Antoine témoigne lui-même ait quelque conformité avec celui de ses let n'avoir pris d'autre guide pour sa conduite tres, il est néanmoins plus clair, mieux suivi que les divines Écritures, et il parait n'en

vers l'an ou 354.

sement attri

Antoine.

1 Respondit Antonius non Orsisium, sed Israelitam illum vocetis oro.... sic Athanasium a me compellabitis...... curam habe de filiis Israelitæ. Tom. III SS. maii, pag. 326, apud Bolland.

* Athanas., in Vita Anton., pag. 859, 860.

3 Epist. de ss. Pachomio et Theodoro, apud Bol. lapd., tom. III maii, pag. 355.

* Trithem., in Catalog., cap. 61. On a retranché cet endroit dans quelques éditions de Trithème , comme dans celle de Hambourg, en 1718, par Fabricius. Trithème n'y frit mention d'aucun autre écrit de saint Antoine, que de ses sept lettres.

5 Antonii Regul. et Sermones, pag. 53, 71, 74.

ses lettres

Eloge de saint Antoi.

avoir point prescrit d'autres à ses disciples, homme. « C'est lui, dit Sozomène", qui a mis
puisque, lui ayant demandé un jour de leur la vie solitaire dans sa perfection et dans sa
faire quelque exhortation, il leur répondit: pureté, par les exercices d'une vie sainte. »
« Les saintes Écritures * suffisent pour notre 7. Les sept lettres de saint Antoine furent Éditions de
instruction. » Toutefois, il leur fit entendre imprimées pour la première fois Paris, en
un grand discours, dont nous avons donné 1551, par les soins de Symphorien; à Colo-
le précis plus haut.

gne, en 1536, avec les commentaires de Denys
6. Au reste, si saint Antoine n'a point écrit le Chartreux, parmi les ouvrages attribués à
de Règle pour ses disciples, on peut dire que saint Denys l'Areopagite; à Bâle, en 1550,
sa vie a été un parfait modèle sur lequel ils dans le Micropresbyticus, et en 1555, parmi
pouvaient conformer leur conduite, et que les Orthodoxographes. On leur a aussi donné
saint Athanase, en décrivant ? les actions du place dans les Bibliothèques des Pères de Pa-
divin Antoine, ainsi que l'appelle saint Gré- ris, de Cologne et de Lyon. Mais c'est sans
goire de Nazianze, a fait, sous la forme d'une raison que les six dernières y sont adressées
histoire, la règle de la vie religieuse. Saint aux Arsénoïtes, puisqu'il parait clairement,
Chrysostome exhortait : ses auditeurs à la lire, par saint Jérôme, qu'il n'y avait que la se-
afin d'y apprendre la véritable sagesse, par conde qui leur fùt adressée, ce que l'on a
l'exemple de ce Saint, qui avait presque égalé observé dans les éditions de Bâle de 1550 et
la gloire et la vertu des Apôtres, qui avait pa- 1555. Trithème ne marque non plus qu'une
ru rempli de l'esprit de prophétie, qui avait" lettre aux Arsénoïtes. (Les Sermons, les Épi-
montré, par son exemple, ce que Jésus-Christ tres, la Règle et les Instructions se trouvent
a commandé par ses préceptes, et qui avait dans Galland, tome VI, pages 633 à 715, et
été lai-même une preuve 5 admirable de la dans le tome XL de la Patrologie grecque,
vérité de notre religion, n'y ayant point de qui contient les Pères égyptiens. ]
secte où l'on puisse trouver un aussi grand

CHAPITRE XVI.

Osius, évêque de Cordoue et confesseur.

Naissance d'Osius, vers

1. Le temps de la naissance et de la mort rien ne nous empêche de suivre l'opinion i'an 156. Ti d'Osius nous est également inconnu. Ce que commune, qui met sa mort en 357, et sa naisque de Cor- l'on en peut dire de plus assuré, c'est qu'il sance vers l'an 256. Osius était Espagnol d'ote au concile mourut âgé de plus ? de cent ans, et qu'il rigine, d'une 9 vie irréprochable, d'une sa301, confesse n'était plus en vie & dans le temps que saint gesse et d'une prudence extraordinaire, ferme

Athanase écrivait l'Histoire des Ariens, adres- dans la foi, d'une réputation qui ne souffrait
sée aux solitaires, c'est-à-dire en 358; mais aucun reproche. En 300 ou 301, il assista au

la foi ep 303

cap. 13.

1 Scripturæ sacræ sunt ad doctrinam satis. Athanas., o Verum sive Ægyptii, sive qui alii hujus philosophiæ
in Vita Anton., pag. 808.

principes et auctores fuerunt , illud certe inter omnes
2 Athanasius ipse divi Antonii vitam conscripsit, mo- constat magnum Antonium monachum moribus atque
nasticæ nempe vitæ præcepta sub narrationis specie exercitationibus utilissimis hoc vitæ genus ad summam
tanquam lata lege promulgans. Gregor. Nazian., Orat. 21, diligentiam ac perfectionem perduxisse. Sozomen., lib. I,
pag. 376.
3

Chrysostom., homil. 9 in Matth., tom. VII, pag. 128, 7 Nec Deum metuens impius homo (Constantius impe-
129.

rator), neque patris erga Osium affectum reveritus im-
Talem vitam exhibuit Antonius, qualem Christi le- probus ille, neque senectutem, centenarius enim erat,
ges postulant. Ibid.

veneratus , vir inhumanus. Athanas., Hist. Arian. ad
3 Id quod cum aliis etiam adjunctis maximum est ve- monach., pag. 172. Major centenario fuit. Sulpic. Se-
ritatis argumentum, quod videlicet nulla hæresis talem ver., lib. II Hist., cap. 55, pag. 439.
habet virum, sed ne ultra hæc a nobis audire pergatis, 8 Sed eam rem minime neglexit senex, instante quippe
silibrum in quo hæc scripta sunt legatis, accurate om- morte vim sibi illatam quasi testamenta declaravit.
nia ediscere poteritis, et mullam inde haurire philoso- Athanas., ubi supra.
phiam. Ibid.

Nulli quippe notus non erat ille vere Osius, id est

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