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Plusieurs voix. Le comité de salut public a un rapport à faire; il faut l'entendre.

Rabaud. La commission ne peut..... (Nouveaux murmures, nouvelles interruptions.)

Thuriot. La délicatesse ne permet pas que la commission ait la parole. Elle a été inculpée. On a même demandé le décret d'accusation contre elle. (On murmure dans la partie droite.) Je sais très-bien...

Rabaud. Voulez-vous ou ne voulez-vous pas un rapport?
Les mêmes voix. Non, non!

Le tumulte va croissant. Le président se couvre. Après quel· ques instans, le calme se rétablit.

Le président découvert. Je suis heureux de trouver ma conduite tracée dans le réglement. J'y lis que lorsqu'il y aura contestation entre deux membres pour la parole, le président la donnera... Laplanche. Nous avons demandé la priorité pour le canon d'alarme. (Vifs applaudissemens des tribunes.)

Quelques voix. Le rapport de la commission?

Thuriot. Il sera beau de les voir tout à la fois accusés, rapporteurs et juges; on l'a déjà vu dans l'affaire des Girondins. Le président. Je consulte l'assemblée pour savoir si la commission sera entendue.

Lacroix. Non! ne délibérons pas.

Plusieurs membres. Levez la séance, président.

Gareau. Nous ne le voulons pas.

Les mêmes. L'impression du rapport et l'envoi aux départe

mens.

Rabaut. Au nom du salut public...

Une grande partie du côté gauche. Non, non, non!

Le tumulte recommence. On insiste d'une part pour lever la séance de l'autre, on s'y oppose vivement.

Au milieu des rumeurs, l'impression du rapport est décrétée, Les tribunes augmentent l'agitation par leurs murmures.-Le président se couvre une seconde fois.

Rabaut. Entendez le rapport.

Les mêmes voix. Non, non, non!

Quelques membres. Président, prononcez le décret de l'impression.

Thirion. La contre-révolution est ici. (Les tribunes: Oui, oui. Chambon. Nous ne sommes pas libres, allons dans nos dépar

temens.

On demande l'élargissement des détenus.

Quelques voix. Entendez le rapport.

Boyer-Fonfrède. Aux voix, l'élargissement provisoire.

Il est décrété.

Les membres de la droite réclament de nouveau la levée de la séance; ceux de la gauche s'y opposent encore.

On admet une députation de la section de l'Arsenal qui présente une compagnie de canonniers, prête à se rendre en Vendée.

La compagnie défile dans la salle, au milieu des applaudis

semens.

Bazire. Le salut public est menacé, non-seulement dans Paris, mais encore dans les départemens. On assure qu'un grand nombre de députés se sont coalisés pour obtenir de leurs commettans la convocation des assemblées primaires. Pour dissiper ces soupçons, je demande que chacun jure ici qu'il n'en a rien

fait.

Tous les membres se lèvent et le jurent.

L'assemblée ordonne l'inscription de ce serment au procès

verbal.

Une députation de la section des Gardes-Françaises est admise à la barre.

Après quelques débats, la parole est accordée aux pétitionnaires.

L'orateur. La conduite des sections des Tuileries et de la Fraternité vient enfin de donner l'éveil aux autres sections de Paris; il est temps que la lutte finisse; il est temps qu'une troupe de scélérats cachés sous le masque du patriotisme, disparaisse; il est temps qu'une minorité turbulente s'effraie du retour de

T. XXVII.

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l'ordre; elle est faite pour le craindre. (Murmures des tribunes et d'une partie de l'assemblée. )

Vous n'avez qu'à dire un mot; vous n'avez qu'à nous appeler auprès de vous, et vous serez entourés de défenseurs dignes de la cause qui leur sera confiée; alors on verra, d'un côté, le courage des bons citoyens; et de l'autre, la lâcheté et la perfidie de quelques brigands. (Violens murmures dans la partie gauche.)Plusieurs membres s'avancent vers les pétitionnaires, et leur parlent avec chaleur.-Il règne une vive agitation dans toute l'assemblée. Le président se couvre. - Le tumulte continue. Après une longue agitation, le calme se rétablit.)

L'orateur. Vous avez laissé trop long-temps entre les mains du peuple les instrumens révolutionnaires; il erre au gré des passions de quelques agitateurs adroits, et sert les projets des ambitieux qui veulent nous lasser de la liberté pour nous redonner un maître.

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Comme l'unique remède à tant de maux, nous demandons que vous nous donniez une constitution libre, où les droits civils et politiques soient conservés, et qui assure la liberté et l'égalité; nous vous répondons que vous serez libres dans vos délibé

rations.

Le président répond aux pétitionnaires, et les admet aux honneurs de la séance. Les citoyens des tribunes font entendre de violens murmures.

On demande l'impression de ce discours.

Danton. Personne ne respecte plus que moi le droit de pétition ; j'ai applaudi à l'opinion principale contenue dans celle que vous venez d'entendre. Nous soutenons tous la nécessité d'une constitution, et sous ce rapport je partage les vœux des pétitionnaires. Mais ordonnerez-vous l'impression d'une adresse où l'on dit qu'il faut arracher au peuple les instrumens de la révolution? Si j'entends bien ce que signifient ces mots, cela veut dire la faculté de se réunir pour délibérer sur les affaires publiques. Or, les pétitionnaires nous ont demandé ce qu'il nous est impossible de faire; car le peuple français est au-dessus de nous. Il est digne

de se servir de ces instrumens de révolution ; il est tout prêt à les tourner contre ses ennemis. Le peuple français, avec ces mêmes instrumens, fera, quand il le voudra, rentrer en un seul jour dans le néant les hommes assez stupides pour croire qu'il y a de la distinction entre le peuple et les citoyens. Il serait ridicule de livrer, par un décret, à l'impression, une pétition par laquelle quelques honnêtes gens de section viennent censurer ici la minorité. Songez que si l'on se vante d'avoir contre nous la majorité, vous avez dans la République, et Paris en offre l'exemple, une majorité immense. (Oui, oui, s'écrie une partie de l'assemblée.) Il est temps que le peuple ne se borne plus à la guerre défensive, et qu'il attaque tous les fauteurs du modérantisme; il est temps que nous marchions fièrement dans la carrière; il est temps que nous raffermissions les destinées de la France; il est temps de signaler notre courage; il est temps que nous nous coalisions contre les complots de tous ceux qui voudraient détruire la République. Nous avons montré de l'énergie un jour, et nous avons vaincu. Paris ne périra pas; aux brillantes destinées de la République se joindront celles de cette cité fameuse que les tyrans voulaient anéantir. Paris sera toujours la terreur des ennemis de la liberté ; et ses sections dans les grands jours, lorsque le peuple s'y réunira en masse, feront toujours disparaître ces misérables Feuillans, ces lâches modérés dont le triomphe est d'un moment. (Applaudissemens dans une partie de l'assemblée et dans les tribunes.)]

COMMUNE.

Séance du 28 mai.

Les citoyens de la section des Sans-Culottes, préviennent le conseil qu'ils sont dans l'intention de s'assembler en club tous les jours, depuis dix heures du soir, dans la salle de théologie du collége du cardinal Lemoine.

Les canonniers de la section de 1792 se plaignent de ce que leurs canons ont été enchaînés hier, en vertu d'un ordre prétendu donné par la Commune. Le conseil les assure de sa sollicitude à veiller à ce qu'il ne soit donné aucun ordre faux ou particulier sur cet objet important.

Le commandant en chef de la section de 1792 était présent au conseil. On lui demande de justifier des ordres qu'il doit avoir reçus pour faire enchaîner les canons. Ses explications paraissent être en opposition avec l'arrêté du conseil, du 25 de ce mois, et une lettre qu'il a écrite lui-même. Le conseil le renvoie au procureur de la Commune, et arrête que les chaînes des canons seront supprimées sur-le-champ.

La commission des passeports fait son rapport sur les demandes de divers citoyens. Ce rapport est interrompu par diverses observations que présente Chaumette. Il pense que dans le danger pressant où se trouve la patrie, il faut suspendre et ajourner tous les rapports. Il entre ensuite dans les détails d'un complot affreux qui se trame contre la liberté, et à la tête duquel il met des ministres et d'autres individus payés des deniers de la République.

Hébert entre dans la salle du conseil. De nombreux applaudissemens retentissent de toutes part. Tous ses collègues, tous les citoyens présens, l'embrassent et le serrent dans leurs bras. Il reprend sa place au conseil.

Chaumette continue le discours qu'il avait commencé. Il représente tous les sacrifices, tous les actes de patriotisme par lesquels se sont distingués les Parisiens. Il frémit en songeant que l'on médite la ruine de Paris, dont tout le crime est d'avoir fait la révolution, et de l'avoir constamment soutenue. Il termine en demandant qu'il soit fait une adresee à la Convention, pour lui demander que la commission des Douze soit traduite au tribunal révolutionnaire. Le conseil adopte cette proposition.

Hébert témoigne sa vive reconnaissance des sentimens que lui ont manifestés les vrais sans-culottes de Paris, et des consolations sans nombre qu'il a reçues dans son honorable prison. Il expose les dangers imminens de la patrie, et demande que l'on y porte de prompts remèdes.

Chaumette lui remet entre les mains une couronne que lui avaient destinée des patriotes. Hébert la dépose sur le buste de J.-J. Rousseau, en disant qu'on ne doit aux hommes en place

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