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sauver. Cela n'est pas donné à un seul homme; cela n'est pas donné à moi qui suis épuisé par quatre ans de révolutions, et par le spectacle déchirant du triomphe de la tyrannie, et de tout ce qu'il y a de plus vil et de plus corrompu. Ce n'est pas à moi d'indiquer ces mesures, à moi qui suis consumé par une fièvre lente, et surtout par la fièvre du patriotisme. J'ai dit : il ne me reste plus d'autre devoir à remplir dans ce moment. »

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Roussillon. La postérité ne pourra jamais croire que vingtcinq millions d'hommes aient pu se laisser mener par une poignée d'intrigans, et elle ne verra en nous que vingt-cinq millions de j.... f..... Je dis que demain il faut que l'airain frémisse, que le canon tonne, que tous ceux qui ne marcheront pas à l'ennemi soient déclarés traîtres à la patrie, et chassés de son sein pour jamais. Quand l'airain tonnera, cette harmonie encouragera les poltrons; nous nous leverons tous ensemble; nous exterminerons tous nos ennemis intérieurs et extérieurs. ›

Un membre. Robespierre vient de nous faire connaître où sont les traîtres. Les magistrats du sénat de Rome étaient inviolables; mais quand une partie d'eux trahissait la patrie, l'autre partie se saisissait de tous les pouvoirs, et faisait arrêter les conspirateurs.

Le président.

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Je vous observe que vous donnez dans votre opinion matière aux calomnies. »

Le même membre. « J'ai dit que les magistrats du peuple savaient au nom du peuple faire arrêter les conspirateurs, et qu'il savait distinguer les traîtres des patriotes. Je déclare que je ne connais de magistrats purs que ceux de la Montagne; ils doivent se mettre à notre tête et nous conduire à l'ennemi, et partout où il y a des traîtres à punir. ›

Le président lève la séance.

INSURRECTION DU 31 MAI.

L'insurrection du 31 mai commença le 29 de ce même mois, et finit le 2 juin. Depuis la pétition du 15 avril on n'avait pas cessé un instant de chercher les moyens d'en finir avec ceux que

l'on désignait moins maintenant par la dénomination de Giron dins que par celle de complices de Dumourier. Avant de composer le journal de l'insurrection, nous rappellerons en peu de mots les premières démarches qui annoncèrent la résolution définitive prise par les sections, et les principaux actes par lesquels leur volonté fut accomplie.

La conspiration dite du 20 mai dans les feuilles girondines, fut l'annonce sérieuse qu'on était à la veille de quelque grand événement. Ce fut d'un comité central révolutionnaire formé de mem. bres des comités révolutionnaires des sections, et réuni à la Commune pour dresser la liste des suspects, et répartir l'em prunt forcé, que partit la menace. On a vu la section de la Fraternité venir dénoncer à la barre de la Convention les propositions faites dans ce comité, et le maire Pache donner à cet égard des explications fort vagues. Les documens où sont établis les détails relatifs aux séances du comité central révolutionnaire, se trouvent dans une brochure publiée à Caen par Bergoieng, député de la Gironde, à la fin de juin 1795. Ce député, membre de la commission des Douze, et dépositaire de ses papiers, donne le texte ou l'extrait de trente-deux pièces dont les six premières sont des dépositions de témoin sur les séances du comité central de la Commune. La brochure de Bergoieng est une des plus importantes de celles qui figurent parmi les documens complémentaires de notre histoire du mois de mai; nous y renvoyons nos lecteurs.

A ces préparatifs encore timides du comité central, et qui consistaient à émettre et à discuter des projets plutôt qu'à agir succédèrent les réunions à l'évêché. La section de la Cité, dont le président avait été mis en arrestation par ordre du comité des Douze, pour avoir refusé de livrer les papiers du comité révolutionnaire de cette section, invita, par un arrêté très-énergique, les quarante-sept autres sections à envoyer deux commissaires chacune au club électoral de l'Évêché, afin de s'y concerter sur les moyens de sauver la République. Trente-trois sections s'y rendirent avec des pouvoirs illimités. Le 29, on y nomma une

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commission de neuf membres; le 30 tout fut disposé pour l'action; le 31 au matin l'assemblée de l'Évêché se transporta à la Commune, exhiba ses pouvoirs, et cassa la municipalité qui fut sur-le-champ réinstallée. La brochure plus haut citée renferme la description assez circonstanciée des séances de l'assemblée de l'Évêché. Pour éviter un double emploi nous n'en parlerons pas ici.

Pendant que les sections organisaient spontanément la révolution du 51 mai, le directoire du département convoquait de son côté toutes les autorités constituées à se trouver le 31 au matin, dans la salle des Jacobins, pour délibérer sur les mesures de salut public qu'il convenait de prendre dans les circonstances présentes. Cette assemblée eut lieu, et il y fut nommé des commissaires qui allèrent immédiatement se réunir au nouveau pouvoir municipal.

Tels sont les élémens actifs qui dominent les journées mémorables dont l'histoire va suivre. Nous croirions en affaiblir le caractère véritable, si nous entreprenions d'ajouter à l'expression même que nous ont conservée les monumens officiels, les comptes rendus et les récits des journaux de ce temps. En conséquence, nous nous contenterons de mettre en ordre les matériaux directs, nous réservant de reproduire sous le titre de documens complémentaires les pièces qui embarrasseraient la marche des événe

mens.

CONVENTION.

-Séance du 30 mai.

La séance du matin fut occupée de lectures diverses, et de décrets sans aucune importance. Voici celle du soir, dont l'objet principal était la nomination d'un président.

Présidence d'Isnard.

[On procède à l'appel nominal pour la nomination d'un président; sur trois cent cinquante-quatre voix, Mallarmé en réunit cent quatre-vingt-neuf, Lanjuinais cent onze. Le premier est proclamé président. Les secrétaires sont, Ducos, DurandMaillane et Meaule.

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Bourdon, de l'Oise. J'ai encore à vous dénoncer l'infâme commission des Douze, que le peuple croyait anéantie. Malgré votre décret rendu dans la dernière séance, et qui a sauvé la liberté ; malgré l'aveu même de plusieurs membres de cette commission, qui ont rougi des pouvoirs immenses qu'elle s'était attribués, et qui ont solennellement donné leur démission, voici l'ordre qu'elle a donné aujourd'hui.

La commission des Douze invite le commandant du poste de la Convention à investir l'hôtel de Breteuil d'une force suffisante pour maintenir la sûreté de ses papiers.

› Signé MOLLEVAUX, président; SAINT-MARTIN, secrétaire. » Je demande que les membres qui ont signé cet ordre illégal, soient mis en état d'arrestation.

Fonfrède. Il est vrai que lorsque vous avez eu rapporté le décret qui cassait la commission des Douze, Rabaut Saint-Étienne et plusieurs autres offrirent leur démission. Mais j'en atteste la bonne foi de mes collègues, l'assemblée n'a point statué sur la démission offerte. Sans doute il est nécessaire qu'on prenne un parti à ce sujet; mais puisque cela n'a point encore été fait, je soutiens que la commission ayant changé le lieu de son domicile, a pu requérir la force armée pour la sûreté de ses papiers: cet acte n'a rien d'illégal. Je demande simplement que vous statuiez sur l'existence de la commission.

Lanjuinais. La commission des Douze vous a dénoncé qu'il se tramait une grande conspiration, qu'une trame affreuse était ourdie. Ce n'est pas de ce jour que je suis assuré que cette trame est prête à éclater; elle est ourdie dans des repaires; et ceux qui ont demandé avec tant d'acharnement la suppression du comité des Douze, sont apparemment les mêmes qui vont y [travailler à la faire réussir. Il faut donc qu'ils aient un intérêt personnel à ce que les preuves acquises par cette commission ne soient pas mises au jour. L'un des lieux où l'on conspire dans ce moment, est l'Évêché. C'est là que se rassemblent les électeurs illégalement nommés au 10 août dernier, les plus audacieux meneurs des Ja

cobins et des sections, les citoyens les plus capables de favoriser des horreurs, les hommes les plus faciles à induire en erreur. Cette assemblée a formé un comité d'exécution, un comité dictatorial. Écoutez ce qu'a dit dernièrement Hassenfratz, en présence de milliers de citoyens : « Souvenez-vous du '10 août ! Avant cette époque, les opinions étaient partagées sur la République; mais à peine avez-vous eu porté le coup décisif, tout a gardé le silence. Le moment de frapper de nouveaux coups est arrivé : ne craignez rien des départemens, je les ai parcourus, je les connais tous; avec un peu de terreur et des instructions, nous tournerons les esprits à notre gré. Les départemens éloignés suivent l'impulsion que Paris leur donne: pour ceux qui nous environnent, plusieurs nous sont dévoués. Celui de Versailles, par exemple, est prêt à nous seconder; au premier coup de canon d'alarme, il nous viendra de Versailles une armée formidable, et nous tomberons sur les égoïstes; c'est-à-dire, sur les riches. (Il s'élève de violens murmures.) Oui, l'insurrection devient ici un devoir contre la majorité corrompue de la Convention.» (Nouveaux murmures.)... Deux hommes encore, dont un est représentant du peuple, Chabot et Varlet, ont tenu des propos qui n'annonçaient rien moins qu'une grande conspiration. «Il ne faut pas tuer surle-champ, a-t-on dit, tous les députés que nous aurons arrêtés, mais il sera facile de les faire juger coupables par les départemens: alors il en sera d'eux comme de Louis XVI. » (Murmures.)

Chabot demande la parole.

Lanjuinais. Plusieurs témoins oculaires m'ont dit qu'hier dans l'assemblée de la section du Contrat social le citoyen Guiraut, président, a dit, en entendant sonner dix heures: d'après la joi, la séance est levée; mais je vais en recommencer une autre. › Alors les bons citoyens sortirent, et les intrigans restèrent; l'on arrêta pendant la nuit qu'on mettrait sur-le-champ en état d'arrestation, tous les hommes suspects, au nombre de cent.

Toutes ces déclarations, citoyens, ont été faites au comité des Douze, en présence d'une foule de témoins. Le conseil exécutif est instruit de toutes ces manoeuvres, et il se tait. Le comité de

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