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Perrin. Rabaut, concluez donc.

Rabaut. Eh bien, je conclus à ce qu'il n'y ait plus de commission des Douze, parce que je veux qu'il y ait un centre unique, et je demande que le comité de salut public soit chargé de toutes les recherches, et qu'il soit investi de toute votre confiance. Rabaut descend de la tribune. On applaudit. — Un grand nombre de membres lui crient de donner connaissance de la lettre qu'il a annoncée.-Il remonte à la tribune.-Les tribunes couvrent sa voix de murmures.

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Lehardy. Je demande un appel aux bons citoyens de Paris; qu'ils sachent enfin dans quel état se trouve la représentation nationale. (Le bruit des tribunes recommence. Un grand nombre de membres demandent l'appel.)

Edme Petit. Je demande, comme mesure de salut public, que l'en prononce sur la question de savoir si la commission des Douze sera supprimée.

Le bruit des tribunes continue.

Vergniaud. Il est impossible à la Convention de rien faire. Je demande qu'à la première interruption, on décrète qu'il ne sera point pris de délibération avant que les tribunes aient été évacuées.

Charlier. Comme la création de la commission est monstrueuse, que sa conduite est plus monstrueuse encore, je demande sa destitution.

Cadroi. Ce n'est pas sur une attestation de Charlier que l'on peut prononcer. Je demande que l'assemblée prononce sur la motion d'ordre de Vergniaud d'abord.

Un membre. Ce ne sont point les tribunes qu'il faut faire évacuer, ce sont les patriotes de la Montagne.

Levasseur. Il ne s'agit ici que de fermer la discussion.

Bourdon, de l'Oise. Mettez aux voix la suppression de la commission des Douze. On décrétera ensuite si elle sera entendue sur le décret d'accusation que je demande contre elle. Ses crimes sont publics; eile a fait arrêter nuitamment des magistrats du peuple.

Rabaut. La commission veut se justifier et vous craignez de l'entendre.

Bourdon, de l'Oise. Elle est composée d'un Gardien contre-révolutionnaire reconnu, du réviseur Rabaut, enfin, de tout ce qu'il y a de plus détestable. Je serai le premier à lui accorder la parole sur le décret d'accusation.

Rabaut. On l'accuse, parce qu'on sait qu'elle doit accuser. Bourdon, de l'Oise. Si ma voix avait été entendue hier, tout le trouble dont vous êtes témoins n'existerait pas.

Charlier. Mettez aux voix la suppression.

La discussion est fermée.

Le président. La section armée de l'Observatoire vous écrit ce qui suit :

Citoyen président, les citoyens de renfort à la mairie, inquiets de ce qui se passe, vous prient de donner des éclaircissemens à leur députation. Les citoyens vous assurent d'avance qu'ils ont juré de mourir pour la République une et indivisible. >

L'assemblée décrète qu'ils seront admis.

L'orateur. Législateurs, un grand complot vient d'éclater contre la liberté et l'égalité; les commissaires des quarante-huit sections ont découvert les fils de ce complot; ils en feront arrêter les auteurs, et les mettront sous le glaive de la loi. (On applaudit.) Le peuple qui s'est levé le 14 juillet pour commencer la révolution; qui s'est levé le 10 août pour renverser le tyran de son trône, se lève une troisième fois pour arrêter les complots liberticides des contre-révolutionnaires. (Applaudissemens.) Le conseil-général nous envoie pour vous communiquer les mesures que nous avons prises. La première a été de mettre les propriétés sous la responsabilité des vrais républicains. (On applaudit. ) Les habitans de Paris ont juré tous de périr avant qu'il y soit porté la plus légère atteinte. Pour exécuter cette mesure, il en a été pris une autre. La garde des propriétés sera faite par les sans-culottes; mais comme la classe estimable des ouvriers ne peut se passer de son travail, le conseil-général a arrêté qu'ils recevraient quarante sous par jour, jusqu'à ce que les projets

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des contre - révolutionnaires soient déjoués. (On applaudit.) Quelques membres demandent que les pétitionnaires fassent part des complots qu'ils ont annoncés.

On observe que ces renseignemens ne pouvant être rendus publics, doivent être envoyés au comité de surveillance.

Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance. Guadet. Ce n'est que par votre courage et votre fermeté que vous ferez triompher la cause de la liberté, et que vous assurerez l'affermissement de la République, dans ce jour qui devait être un jour de deuil pour les bons citoyens. Les pétitionnaires qui viennent de paraître à la barre, ont parlé d'un grand complot; ils ne se sont trompés que d'un mot, c'est qu'au lieu d'annoncer qu'ils l'avaient découvert, ils auraient dû dire qu'ils avaient voulu l'exécuter. (Violens murmures.) J'examine, d'après les pouvoirs déposés sur le bureau, quels sont ceux qui se sont présentés à votre barre, je vois que ce sont des députés de vingt-six sections seulement. (Plusieurs voix : C'est faux, ils sont envoyés par les quarante-huit sections de Paris.)

Guadet. Que ceux qui ne veulent pas me croire viennent euxmêmes examiner les pouvoirs. D'abord, j'ai lieu de m'étonner que les sections de Paris nomment des commissaires pour aviser aux moyens de sauver la République; elles ne croient donc pas avoir des représentans à la Convention nationale?

Bourdon, de l'Oise. Tout cela n'est que du galimatias; le trouble vient de l'existence de la commission des Douze.

Guadet. Si les sections de Paris croient avoir des représentans dans la Convention; si les sections de Paris se croient une partie intégrante de la République, elles n'ont pas le droit de nommer des commissaires pour prendre des mesures générales de sûreté publique, car alors...

Bourdon, de l'Oise. Elles n'ont pris des mesures que pour Paris; ainsi, tout ce que dit ce girondin, ce conspirateur, est inutile.

Poullier. Laissez parler Dumouriez.

Guadet. On m'observe que ces commissaires n'ont pris des

mesures que pour Paris; mais ceux qui me font cette observation tombent dans une contradiction manifeste, car ils ont dit que cette insurrection était préparée contre la commission des Douze...

Bourdon, de l'Oise. C'est faux, c'est la commission des Douze qui nécessite cette mesure.

Guadet. Est-ce que l'on penserait que le comité des Douze, qui a été créé par la Convention, appartient à Paris? mais les lois au moins appartiennent à la République entière. C'est donc violer les droits de la République que d'établir une autorité qui est au-dessus de la loi : or, ceux-là ne sont-ils pas au-dessus de la loi qui ont fait sonner le tocsin, qui ont fait fermer les barrières, qui ont fait tirer le canon d'alarme... (Murmures.) malgré la loi qui prononce la peine de mort contre celui qui se permettra cet attentat contre la représentation nationale? (Murmures.) Je suis bien loin d'imputer aux sections de Paris cette infraction criminelle à la loi; ce sont quelques scélérats. (Violens murmures dans une grande partie de l'assemblée.)

Plusieurs voix. Vous voulez perdre Paris... vous le calomniez. Guadet. L'ami de Paris, c'est moi; l'ennemi de Paris, c'est vous. (Mêmes murmures.) Je sais par qui a été formée cette chaîne de conspirations dont nous sommes environnés depuis six mois. Je sais de quels moyens on s'est servi pour porter les citoyens de Paris aux mouvemens désordonnés. Un décret porte que les assemblées des sections seront finies à dix heures. Les bons citoyens se sont retirés à cette heure, et les intrigans sont restés; ce sont ces intrigans, ces agitateurs par qui les pouvoirs de ces commissaires ont été donnés : les manoeuvres n'appartiennent qu'à une poignée d'agitateurs, de factieux. (Il continue de s'élever de violens murmures dans une grande partie de la salle. — Plusieurs voix. L'impudent calomniateur! Guadet veut continuer. Les murmures d'improbation des tribunes l'interrompent.)

Guadet. Je sais...

Des cris à bas! à bas! s'élèvent dans une partie de la salle.

Vergniaud. Je demande que les tribunes soient évacuées. Le président. Je rappelle aux citoyens des tribunes que les murmures leur sont interdits.

Guadet. S'il est vrai qu'il y ait de grands dangers; s'il est vrai qu'un grand complot ait été formé, pourquoi ne vous donnet-on pas quelques renseignemens sur cette grande conspiration? D'ailleurs, citoyens, je vous le demande, fallait-il une insurrection?... (Plusieurs voix dans les tribunes. Oui, oui.)

Les membres de la partie droite sont dans une vive agitation.
Le président. Je déclare, au nom de la Convention...
Une voix des tribunes. Au nom du peuple.

Camboulas. Je demande que la Convention se forme en comité général.

Cette proposition, appuyée par quelques membres, reste sans suite.

Le président. Je déclare, au nom de la loi, au nom de la Convention nationale, au nom du peuple français, que si les citoyens des tribunes n'ont pas pour la représentation nationale le respect qui leur est dû, je vous le dis fraternellement, j'userai de l'autorité qui m'est confiée pour que la Convention ne soit point avilie.

Guadet. Je le répète, fallait-il une insurrection pour mettre les propriétés sous la sauvegarde des républicains? Fallait-il une insurrection pour lever une armée dont on paie les soldats à quarante sous par jour? C'est là un véritable acte de législation.

Plusieurs voix. C'est l'exécution d'un décret.

Guadet. Faites attention qu'une autorité rivale (Bentasolle : La commission des Douze.) s'élève autour de vous; si vous laissez subsister ce comité révolutionnaire, qui se permet de faire des lois... (De violens murmures couvrent la voix de l'orateur.) Je propose que la Convention décrète (Une voix : La suppression de la commission des Douze.) qu'elle ne délibérera sur aucun objet que sur celui de sa liberté.

T. XXVII.

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