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en contradiction avec les mesures de sagesse que vous avez renvoyées au comité de salut public.

Une députation de la section des Gardes-Françaises est admise à la barre.

L'orateur. La section des Gardes-Françaises, indignée de l'adresse qui vous a été présentée par un petit nombre d'intrigans, vient la désavouer par notre organe. Nous venons vous dire qu'elle a chassé de son sein le vil intrigant Chazot qui l'avait provoquée. (On applaudit.)

Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance.
Des citoyens sont introduits.

L'un d'eux. Législateurs, les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai sont dans votre sein. Délégués du peuple qui n'avez pas trahi sa cause, soyez toujours courageux, vous aurez des soutiens; que la liberté triomphe encore une fois! livrez les intrigans conspirateurs au glaive de la justice. Nous demandons le rapport du décret liberticide arraché par la faction scélérate. Nous demandons que vous décrétiez la levée d'une armée révolutionnaire centrale de sans-culottes, qui auront une paie de 40 sous par jour; nous demandons le décret d'accusation contre les vingt-deux membres dénoncés par les sections de Paris (Les citoyens des tribunes applaudissent.), et par la majorité des départemens, ainsi que contre les membres de la commission des Douze. Les citoyens de Paris s'offrent en otage pour en répondre à tous les départemens. Nous demandons que le prix du pain soit fixé à trois sous la livre dans tous les départemens, et que cette diminution s'opère par des sous additionnels mis sur les riches; nous demandons que dans toutes les places de la République il soit établi des ateliers destinés à fabriquer des armes pour armer les sans-culottes ; nous demandons le licenciement de tous les nobles occupant des grades supérieurs dans les armées; nous demandons que vous envoyiez des commissaires dans la ville de Marseille, et dans les autres villes du Midi où se sont manifestés des mouvemens contre-révolutionnaires. Pour resserrer les liens qui doivent les unir avec tous les citoyens de la République,

nous demandons que vous décrétiez une proclamation pour venger Paris des calomnies qu'on répand contre cette ville, que vous mettiez en état d'arrestation les ministres Lebrun et Clavière ; nous vous dénonçons l'administration des postes et celle des assignats; enfin nous demandons l'exécution du décret qui accorde des secours aux femmes et aux enfans des défenseurs de la patrie.

Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance. Vergniaud. Je demande l'impression de cette adresse et l'envoi aux départemens.

Cette proposition est décrétée.

Barrère, au nom du comité de salut public, présente un projet de décret, dont le but est de mettre à la réquisition de la Convention la force armée de Paris, et de casser la commission des Douze.

Quelques oppositions se manifestent dans la partie droite contre ce projet de décret. La délibération est interrompue.

Les menibres composant l'administration du département de Paris réunis aux autorités constituées de la Commune et aux commissaires des sections, sont admis à la barre.

L'Huillier, procureur-général-syndic, orateur de la députation.

Législateurs, depuis trop long-temps la ville et le département de Paris sont calomniés aux yeux de l'univers; depuis trop longtemps on cherche, par les moyens les plus atrocement coupables, à fomenter le trouble et la division dans la République. Les mêmes hommes qui ont voulu perdre Paris dans l'opinion publique, sont les fauteurs des massacres de la Vendée; ce sont eux qui flattent et soutiennent les espérances de nos ennemis ; ce sont eux qui avilissent les autorités constituées, qui cherchent à égarer le peuple pour acquérir le droit de s'en plaindre; ce sont eax qui vous dénoncent des complots imaginaires pour en créer de réels; ce sont eux qui vous ont demandé le comité des Douze, pour opprimer la liberté du peuple; ce sont eux enfin qui, par une fermentation criminelle, par des adresses controuvées, entretiennent les haines et les divisions dans votre sein, et privent

la patrie du plus grand des bienfaits, d'une bonne constitution qu'elle a achetée par tant de sacrifices.

Législateurs, ces hommes en veulent à la liberté du peuple; ils veuleut l'asservir pour eux-mêmes ou le livrer à un nouveau despote. (On applaudit.) Mais pour y parvenir, ils cherchent à le diviser, et c'est pour atteindre ce comble des forfaits qu'ils tentent d'anéantir Paris. Ils sentent parfaitement qu'en détruisant ce centre de lumières et de correspondance, ils anéantiraient la force et l'harmonie de la République, et qu'ensuite, faute de communication, ils détruiraient facilement un département par l'autre, et vendraient ainsi, au premier tyran, les lambeaux sanglans de leur patrie.

Voilà, législateurs, le motif de tant de calomnies. Voilà la source de tant d'horreurs. (On applaudit.) Eh bien! le département de Paris vous déclare qu'il en méritera davantage; car nous venons vous jurer, en son nom, qu'il sera plutôt renversé de fond en comble, que de souscrire à la tyrannie ; et si Paris disparaît de la surface du globe, ce ne sera pas pour avoir démérité de la patrie, mais bien pour avoir défendu l'indivisibilité de la République, comme le type essentiel de sa liberté. (Mêmes applaudissemens.) Et alors le voyageur avide recherchera avec soin quelques traces de son existence; il gémira sur sa destruction, en en maudissant les auteurs.

Législateurs, il est temps enfin de terminer cette lutte des patriotes contre les forcenés qui les assiégent continuellement ; la raison du peuple s'irrite de tant de résistance: que ses ennemis tremblent, sa colère majestueuse est près d'éclater! qu'ils tremblent! l'univers frémira de sa vengeance.

Législateurs, nous venons démasquer l'impudeur et confondre l'imposture; nous venons, au nom du département, vous exposer sa profession de foi.

Nous venons vous déclarer que, fidèle aux principes, soumis aux lois, le département de Paris soutiendra les dignes représentans du peuple au prix de tout son sang. (On applaudit.)

Nous vous déclarons, ainsi qu'à l'univers, que nous ne som

mes animés que de l'instinct de fusion dans le grand tout, que nous ne connaissons de division de départemens que celle que nécessite l'administration; que la République est une et indivisible; que nous exécrons toute espèce de fédéralisme; que nous ne voulons qu'une constitution pleinement populaire, dont l'égalité sera la base.

Nous déclarons que nous sommes enorgueillis de ce que Paris, qui n'est rien par lui-même, est cependant l'extrait de tous les départemens, dont l'éclat consiste à être le miroir de l'opinion et le point de réunion des hommes libres.

Nous déclarons qu'après avoir combattu et terrassé le despótisme dans l'immortelle journée du 10 août, nous combattrons jusqu'au dernier soupir tous les tyrans qui voudraient tenter de le rétablir de quelque espèce qu'ils puissent être.

Voilà notre profession de foi.

Maintenant, législateurs, nous vous demandons justice d'une insulte atroce faite à la nation; que dis-je, d'une insulte! d'un forfait commis contre la majesté du peuple. Nous vous parlons du sacrilege politique proféré par Isnard dans le temple sacré des lois. (Applaudissemens.)

Isnard a tout à la fois provoqué la guerre civile et l'anéantissement de cette grande cité.

Il a tout à la fois flétri la ville de Paris, en supposant qu'elle put jamais se rendre digne d'un sort aussi affreux; il a flétri les départemens en leur prêtant l'atrocité de son ame. (Murmures de quelques membres; vifs applaudissemens dans la partie opposée), et en pensant que, fidèle à sa voix impure, toutes les colonnes de la République viendraient l'anéantir.

Il est des hommes, non moins cruels, contre lesquels nous vous demandons le décret d'accusation.

On distingue particulièrement parmi les ennemis de la patrie, les membres du comité des Douze, les Brissot, les Guadet, les Vergniaud, les Gensonné, les Buzot, les Barbaroux, les Roland, les Lebrun, les Clavière, et tous les fauteurs du royalisme, pro

scrits par l'opinion, et dont un grand nombre vous ont été dénoncés par la commune de Paris.

Législateurs, le projet de détruire Paris serait-il bien formé? Voudrait-on à la fois engloutir tant de richesses amassées par la plus laborieuse industrie, et détruire les arts et les sciences, pour conduire plus tôt nos concitoyens à l'anarchie et à l'esclavage? Non, vous respecterez, vous défendrez vous-mêmes le dépôt sacré des connaissances humaines ; vous vous souviendrez que Paris a bien mérité de la patrie ; vous vous souviendrez qu'il fut le berceau et qu'il est encore l'école de la liberté ; qu'il est le point central de la République; qu'il peut toujours fournir cent mille combattans pour défendre la patrie; qu'il en a la volonté; vous vous souviendrez qu'il a fait les plus grands sacrifices à la révolution; qu'il n'en regrette aucun; qu'il fera, sans murmurer, tous ceux qu'exigeront les circonstances; et enfin, qu'il est mû de l'amour le plus sincère et le plus fraternel avec les autres départemens. (On applaudit.)

Vous nous vengerez donc d'Isnard et de Roland, et de tous ces hommes impies contre lesquels l'opinion publique s'élève d'une manière éclatante.

Législateurs, donnez ce grand exemple, rendez-vous aux vœux d'une nation généreuse qui vous honore de son estime; vous ramènerez le calme, vous éteindrez le feu de la guerre civile; et par l'union sainte de tous les citoyens, nous triompherons bientôt de cette horde de tyrans qui nous assiégent. Alors la Constitution marchera d'un pas rapide; vous ferez le bonheur d'un peuple magnanime et généreux, qui, dans les accès fréquens de sa loyauté, confondant le bienfaiteur et le bienfait, portera vos noms chéris jusqu'à l'immortalité. (Applaudissemens vifs et prolongés.)

La députation, suivie d'une foule de citoyens, entre dans la salle au milieu des applaudissemens de l'assemblée et des tribunes. Ces citoyens se confondent fraternellement avec les membres de la partie gauche.

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