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DOCUMENS COMPLÉMENTAIRES AU 31 MAI.

notre union, et de ce faisceau d'armes de vingt-cinq millions d'hommes.

La société, dans sa séance du 7 juin 1793, l'an second de la République une et indivisible, a arrêté l'impression et l'envoi aux départemens, aux sociétés affiliées et aux armées, de la circulaire ci-dessus signée.. BOURDON, de l'Oise, président; CHAMPERTOIS, vice-président; Anacharsis CLOOTZ, DUQUESNOY, députés; SAMBAT, GIOR, LYON et COURTOIS, Secrétaires.

DES MOIS DE

JUIN, JUILLET, AOUT SEPTEMBRE ET OCTOBRE 1793.

JUIN.

De la chute politique des Girondins à leur condamnation à mort par le tribunal révolutionnaire, du 31 mai au 31 octobre, un mouvement indivisible et chaque jour plus rapide, lie et anime tous les faits. Le principe de ce mouvement est dans le comité de salut public; le but en est exprimé par le nom même de cette dictature célèbre.

Nous abordons une époque dont l'exposition est difficile, tant à cause de l'abondance des matériaux, que de l'impossibilité de les mettre en œuvre, en leur conservant la simultanéité qui les jette à la fois sous la main du narrateur. Jusqu'à ce moment la situation de la France s'est généralisée dans la dispute entre ceux qui occupaient le pouvoir et ceux qui voulaient l'occuper. L'espace révolutionnaire, proprement dit, a été compris dans un angle formé d'un côté par la ligne des résistances sur laquelle sont placés les actes de Louis XVI, ceux des Feuillans, et ceux des Girondins, et dont l'autre côté commence par le club Breton, ferme l'angle au 31 mai, et marche ensuite tout seul dans un espace sans limites.

Le principe révolutionnaire agissant d'abord sous forme d'opposition, s'est donc trouvé uniquement en présence du pouvoir qui lui faisait obstacle. A cause de cela, la lutte bornée à des questions successives, auxquelles se rattachait comme moyen de discussion la série des événemens, nous a tracé matériellement le fil et l'unité de notre récit.

Aujourd'hui la révolution est au pouvoir et directement en présence de tous ses ennemis. Maîtresse absolue du centre national après quatre années d'efforts et de sacrifices, elle se hâte

d'en prendre possession en y imprimant son caractère. Vingtdeux jours lui suffisent pour proposer, discuter et décréter la Constitution. Elle se dresse alors de toute sa hauteur, et debout sur la position morale d'où la France se commande à elle-même et domine l'Europe, elle y plante son drapeau. Alors, l'oreille ouverte à tous les appels, à toutes les plaintes, à toutes les menaces et à tous les cris de guerre; couvrant de son regard fixe et infatigable tous les points du vaste théâtre, où mille scènes s'agitent au même instant, et se succèdent sans repos; personnellement présente dans toute la France, comme l'ame dans le corps de l'homme, sa volonté rayonne avec une énergie croissante, et partout où un danger se manifeste elle envoie des décrets, des dictateurs et des soldats.

Telle se détache maintenant, au milieu de la conflagration universelle, l'imposante figure de la Convention. Ni le spectacle sublime de l'homme aux prises avec les forces brutes de la nature, ni les siéges les plus épouvantables dont la tradition nous ait conservé le souvenir, rien ne nous offre l'image des nécessités que la France eut à subir et dont elle triompha. En armes sur toutes ses frontières, l'Europe la cernait par terre et par mer; la guerre civile lui disputait les trois quarts de son territoire; dans l'enceinte même qui lui restait, les rebelles et l'étranger comptaient de nombreux partisans; enfin la disette ajoutait à toutes les craintes inspirées par le salut public, le souci permanent de la conservation individuelle.

Jamais, peut-être, un peuple n'avait été tenté par une si grande détresse de se soumettre à ses ennemis, ou de se réfugier dans un acte de désespoir; l'égoïsme, en effet, n'a pas d'autre alternative; mais aussi combien de nobles motifs affermissaient les ames! combien de mobiles puissans excitaient leur ardeur! C'était plus que l'honneur national résistant à l'intervention étrangère pour garder intacte la constitution monarchique de 1791; c'était plus que la jalousie de son droit souverain armant la France contre l'Europe pour maintenir, dans son nouveau gouvernement, la forme républicaine; c'était même plus qu'une

question de vie et de mort pour une nation brave et forte: il s'agissait d'une guerre d'extermination entre le principe de la civilisation moderne représenté par la France, et celui de la civilisation antérieure représenté par les pouvoirs absolus du continent européen. Le monde de la chute, de la fatalité originelle, de l'aristocratie et de l'esclavage, enlaçait de ses mille bras le monde de la rédemption, de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. La conscience profonde qu'ils se dévouaient pour le triomphe de la morale universelle et pour la sainte cause de l'humanité, rendit nos pères capables de cette volonté de fer par laquelle tous les obstacles furent courbés ou broyés.

Obligés de suivre la révolution partout où elle était en question, nous avons dû, pendant le procès de Louis XVI, et pendant la lutte définitive des Jacobins contre les Girondins, nous enfermer dans les assemblées délibérantes et en composer le journal. A cette heure la question est entre le pouvoir conventionnel et la coalition étrangère; la révolution, avons-nous dit, est directement en présence de la contre-révolution, et tout ce qui n'est pas pour la première est nécessairement contre elle. Il n'y a plus, en effet, que deux partis en Europe: l'un ayant le comité de salut public pour général et la France pour armée; l'autre ayant pour chefs les monarques confédérés, et pour armée l'alliance de tous les contre-révolutionnaires.

De là les dénominations éminemment séparatrices de parti de la France et de parti de l'étranger, dénominations nées de la force des choses, principes absolus de la logique populaire d'alors, et dont la plupart des historiens ont fait la base de leurs explications, tout en les interprétant de la manière la plus bizarre et la plus fausse. Pour les écrivains qui appartiennent à la Gironde, le parti de l'étranger ce sont les Jacobins.

Or il n'y a ni passion, ni sophisme en état d'obscurcir la position nette et évidente qui détermina le discernement national à l'heure même des événemens. Depuis et y compris ceux qui ne furent pas les amis et les soutiens du pouvoir, jusqu'à ceux qui lui firent de l'opposition, ou lui déclarèrent ouvertement la

guerre, tous furent jugés ennemis de la France. Cela fut prouvé par des inductions incontestables à l'égard des indifférens, des modérés, des suspects, des immoraux, auxiliaires naturels d'une coalition armée pour la doctrine du droit et de l'égoïsme contre celle du devoir et du dévouement, pour le mal contre le bien. Cela fut prouvé par des faits à l'égard des fédéralistes girondins; car à l'instant et dans tous les lieux où ces hommes eurent re cours à la force pour détruire les jacobins, ils cherchèrent à lier leurs opérations militaires avec celles de l'étranger, et s'appuyè rent sur lui.

Immédiatement après le 31 mai, trois élémens tendirent à se constituer dans la sphère d'activité de la révolution : deux attaquèrent le pouvoir en sens contraire, un troisième s'en fit le soutien. Des deux premiers, l'un, composé des restes du côté droit et de ceux que la peur et le doute unissaient au-dedans et audehors de la Convention, voulait entraver de ses pusillanimités l'action gouvernementale; l'autre était cette classe d'anarchistes impitoyables, d'hommes pour lesquels la violence était un calcul où se fondait leur sécurité personnelle, et toute la certitude de leurs sentimens égoïstes; ils poussaient indéfiniment à l'exagération: c'étaient les Cordeliers. Le troisième parti résista aux modérés et aux anarchistes, maintint le pouvoir, lui prêta sa force, lui montra et lui prépara la voie : ce furent les jacobins dirigés par Robespierre.

Les élémens qui sont entraînés avec plus ou moins de vitesse dans la sphère de la contre-révolution ont cela de commun que la ligue monarchique est le centre absolu de leur activité. Les factions armées, quels que soient d'ailleurs leur nom politique et leur bannière, prennent appui sur la coalition étrangère, et travaillent à la même conclusion, la ruine du gouvernement français existant.

La guerre est donc le fait général qui doit à présent nous servir à coordonner toutes les parties de notre histoire. Placés entre deux armées et nous transportant d'un champ de bataille à l'au tre, passant de la guerre civile à la guerre étrangère selon que

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