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commoder notre canot qui prenoit eau de tous côtez. Pendant ce tems-là le Pere Gabriël me dit qu'il s'en alloit le long du rivage dire fon Office. Je l'avertis de ne point s'écarter à caufe que nous étions entourez d'ennemis. La beauté du climat, la douceur de l'air, l'agrement & l'afpe&t de la campagne chargée de beaux arbres & couverte de vignes l'engagerent à aller un peu trop avant; & le firent tomber dans le piege que je lui avois prédit. Cependant le jour finiffoit, & voyant que ce Pere ne revenoit point, j'entrai dans quelque chagrin de fon retardement. Le Pere Zenobe n'en avoit pas moins que moi; nous allâmes le chercher de tous côtez avec un de nos gens; nous rencontrâmes fa pifte, nous la fuivîmes quelques pas, mais bien-tôt après nous la trouvâmes coupée par plufieurs autres qui nous empêcherent de fuivre celle du bon Pere; de forte qu'après avoir couru de tous côtez, au commencement de la nuit nous fîmes un grand feu fur le rivage pour lui fervir de fignal: nous paffàmes même de l'autre côté de la riviere, l'appellant de tems en tems à haute voix. Tous nos cris, tous nos pas furent inutiles. Ce Religieux ayant été malheureufement rencontré dans un lieu écarté, par une troupe de Sauvages nommer Quicapous, fut entraîné dans le bois, & là il fut maffacré par ces Barbares, qui iui couperent la tête, & lui prirent fon Breviaire qu'un de la troupe vendit enfuite à un Pere Jefuite, de qui nous avons depuis apris ces particularitez. Ainfi mourut ce bon Religieux agé de foixante dix ans, au mi

E 2.

milieu des prieres & des cantiques divins 9 par les mains de ces malheureux, pour le falut defquels il étoit venu dévoüer fa vie.

Après ces vaines recherches nous ne laiffâmes pas de l'attendre le lendemain jufqu'à midi; & n'y ayant plus d'efperance de le voir revenir, triftes que nous étions, nous nous embarquâmes fur la même riviere, & la remontâmes à petites journées, toûjours dans l'attente du Pere Gabriel. Après environ un mois de navigation, nous primes terre à deux journées du grand Lac des Iflinois; Nous y conduifimes notre bagage par des traîneaux. Etant embarquez environ le 20. d'Octobre fur ce Lac, nous navigeâmes huit ou dix jours; un coup de vent nous porta fur un bord, à vingt lieuës du grand Village de Potavalamia. Les vivres nous manquant nous fumes obligez de prendre terre, & de glaner dans les bois. Comme j'étois extrémement affoibli par une fiévre qui me confumoit, & que d'ailleurs mes jambes étoient fort enflées, nous ne pouvions gueres avancer. Cependant à force de nous traîner, nous arrivâmes à la Saint Martin, audit Village dont je viens de parler, où nous ne trouvâmes perfonne, & par conféquent nul fecours pour nous rétablir. Nous avançâmes dans le defert où nous rencontrâmes heureusement du blé d'Inde, avec lequel nous fîmes de la bouillie durant quelques jours. Etant munis de cette petite provifion nous regagnâmes le Lac, & nous y étant rembarquez, après deux jours de navigation un vent de large nous

par

porta à terre. Nous abordâmes à une rade où nous trouvâmes des traces fraîches, qui nous conduisirent jufqu'à un autre Village des Poutoualamis, mais entierement abandonné. Il y avoit cependant encore quelque refte de blé d'Inde, & quelque peu de cerf boucanné. Nous ne negligeâmes pas ce petit fecours, que le hazard nous prefentoit, & nous en étant fournis, le lendemain nous primes le chemin de la Baye des Puans, traînant toujours notre canot & notre bagage, & nous y arrivâmes vers la fin du mois de Novembre.

Cette Baye eft un regorgement du Lac au dedans des terres ; l'embouchure en eft étroite, & va toûjours en s'élargiffant: fon circuit eft de plus de dix lieuës. Il y a dans fon enceinte une avance du Lac, qu'on a appellé, l'Ance à l'efturgeon: parce qu'il y a dans cet endroit plufieurs poiffons de cette efpéce. Nous nous y repofâmes quelques jours avec des Sauvages qui faifoient la chaffe des Caftors aux environs. C'étoient des Poutoualamis qui nous voulurent bien donner le plaifir de la chaffe.

Comme tout ce païs eft coupé par un nombre infini de ruiffeaux, ou de petites rivieres bordées de gros arbres, & que les bois y font pleins de trembles, dont les petites feuilles & les branches les plus tendres fervent de nourriture aux Caftors, ces animaux s'y plaifent fort, & y font en trésgrand nombre.

Ce font, comme l'on fait, des amphibies, qui ne peuvent fe paffer de l'eau,

milieu des prieres & des cantiques divins par les mains de ces malheureux, pour le falut defquels il étoit venu dévoüer fa vie.

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nous ne

Après ces vaines recherches laiffâmes pas de l'attendre le lendemain jufqu'à midi; & n'y ayant plus d'efperance de le voir revenir, triftes que nous étions, nous nous embarquâmes fur la même riviere, & la remontâmes à petites journées, toûjours dans l'attente du Pere Gabriel. Après environ un mois de navigation, nous primes terre à deux journées du grand Lac des Iflinois; Nous y conduifimes notre bagage par des traîneaux. Etant embarquez environ le 20. d'Octobre fur ce Lac, nous navigeâmes huit ou dix jours; un coup de vent nous porta fur un bord, à vingt lieuës du grand Village de Potavalamia. Les vivres nous manquant nous fumes obligez de prendre terre, & de glaner dans les bois. Comme j'étois extrémement affoibli par une fiévre qui me confumoit, & que d'ailleurs mes jambes étoient fort enflées, nous ne pouvions gueres avancer. Cependant à force de nous traîner, nous arrivâmes à la Saint Martin, audit Village dont je viens de parler, où nous ne trouvâmes perfonne, & par conféquent nul fecours pour nous rétablir. Nous avançâmes dans le defert où nous rencontrâmes heureufement du blé d'Inde, avec lequel nous fîmes de la bouillie durant quelques jours. Etant munis de cette petite provifion nous regagnâmes le Lac, & nous y étant rembarquez, après deux jours de navigation un vent de large nous

par

porta à terre. Nous abordâmes à une rade où nous trouvâmes des traces fraîches, qui nous conduisirent jufqu'à un autre Village des Poutoualamis, mais entierement abandonné. Il y avoit cependant encore quelque refte de blé d'Inde, & quelque peu de cerf boucanné. Nous ne negligeâmes pas ce petit fecours, que le hazard nous prefentoit, & nous en étant fournis, le lendemain nous primes le chemin de la Baye des Puans, traînant toujours notre canot & notre ba& nous y arrivâmes vers la fin du

gage,
mois de Novembre.

Cette Baye eft un regorgement du Lac au dedans des terres; l'embouchure en est étroite, & va toûjours en s'élargiffant: fon circuit eft de plus de dix lieuës. Il y a dans fon enceinte une avance du Lac, qu'on a appellé, l'Ance à l'efturgeon: parce qu'il y a dans cet endroit plufieurs poiffons de cette efpéce. Nous nous y repofâmes quelques jours avec des Sauvages qui faifoient la chaffe des Caftors aux environs. C'étoient des Poutoualamis qui nous voulurent bien donner le plaifir de la chaffe.

Comme tout ce païs eft coupé par un nombre infini de ruiffeaux, ou de petites rivieres bordées de gros arbres, & que les bois y font pleins de trembles, dont les petites feuilles & les branches les plus tendres fervent de nourriture aux Caftors, ces animaux s'y plaifent fort, & y font en trésgrand nombre.

Ce font comme l'on fait, des amphibies, qui ne peuvent fe paffer de l'eau

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