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relles, des Ramiers, des Grues, des Herons, des Cignes, des Outardes, & une fort grande abondance de toute forted'autre gibier.

Le grand Fleuve de St. Laurent, dont j'ai fait mention plufieurs fois, traverse le païs des Iroquois par le milieu, & y fait un grand Lac, que les Sauvages appellent Ontario, c'eft à dire, le beau Lac. Il a prés de cent lieues de longueur, & on peut juger par fon grand circuit, des villes & des bourgades, que l'on y pourroit bâtir. Ces lieux aiant correfpondance avec la Nouvelle Jorck, les perfonnes éclairées jugeront de quelle utilité feroit le commerce qu'on feroit dans ces établiffemens. On doit remarquer, que le milieu de ce Fleuve eft plus prés de la Nouvelle Jorck, que de Quebec Capi

tale du Canada.

Le Fleuve de St. Laurent du côté du Sud a une branche, qui vient d'une Nation, qu'on appelle les Nez Percez, ou les Outtaonäs. Au Nord on trouve les Algonquins. A l'Est habitent les Loups prés de la Nouvelle Jorck. Au Sud du même Fleuve eft la nouvelle Angleterre,ou Bofton. Au Sud-Oüeft laVirginie. A l'Oüeft les Hurons, appellez ainfi parcequ'ils brulent leurs cheveux, & n'en laiffent que fur la tête en forme de hure de Sanglier. Cette Nation a été prefque toute detruite par les Iroquois.

La grande Baye de Hudfon a été découverte par le Sieur Defgrofeliers Rochechoüart, avec qui j'ai été fouvent en Canot, pendant que j'ai demeuré dans le Canada. Cette Baye eft au Nord de la nouvelle France, & du Fleuve St. Laurent. Elle a

plus

plus de quatre cens lieues d'étendue en tout fens. Par terre elle n'eft pas fort éloignée de Quebec. Cependant on compte au moins huit cens lieues depuis Quebec en décendant le Fleuve, pour s'y rendre par la Mer, & la navigation n'en eft pas aifée. Le Sieur Defgrofeliers fut un jour obligé de relacher, & n'y put aborder qu'à la feconde fois. Il eft même fort difficile d'y aborder, à caufe des frimats prefque continuels qui y regnent.

Pendant que j'étois à Quebec, les Canadiens difoient, que le Sieur Defgrofeliers leur en faifoit accroire, lors qu'il les afluroit, qu'on de la peine à s'y rendre, à caufe des glaces de fept ou huit pieds d'épaiffeur, qui y dérivent du Nord, avec des Arbres entiers & la terre même, qu'elles entrainent avec elles: qu'on y voit des Oifeaux, qui y font leurs nids, & que ces glaces paroiffent comme de petites Ifles. Je n'affirme pas, que les chofes foient tout à fait telles que je viens de les reprefenter. Mais ledit Sieur & d'autres m'ont affuré, qu'ils ont paffé entre des glaces,qu'il faut traverfer l'efpacede quatre cens lieues:* qu'elles yfont prodigieufement grandes, fouvent élevées les unes fur les autres, pouffées par les vens, & plus hautes que les Tours des grandes villes, fouvent même escarpées comme des Rochers enfoncez dans la Mer. Ainfi on ne doit pas s'étonner, de ce que les Navigateurs nous difent, que fur ces bancs de glace ils y ont pofé des Forges, où les Forgerons ont fait des Ancres, & d'autres gros ferremens pour leurs Vaiffeaux. La

Voiés la defcription de ces glaces prodigieufes dans les Tomes 2, & 4. de ce Recueil de Voiages au Nord.

* La Cour de France avoit ordonné aux Navigateurs du Canada, de chaffer de la Baye de Hudson tous les Anglois. Mais ils en furent avertis, & ne manquerent pas de prevenir les Canadiens, en envoiant quatre gres Vaiffeaux au fecours des leurs.

Enfin pour ce qui eft des terres du Nord, & du Fleuve de Saint Laurent, on y trouve des mines de fer, & d'acier capables de rendre quarante à cinquante pour cent de profit, quand on y voudra travailler. On en trouve de plomb, qui peuvent produire environ trente pour cent, & de cuivre, qui peuvent en donner dix huit. Selon toutes les aparences on en pourroit découvrir d'or & d'argent, fi on les cherchoit. On y avoit envoié des Mineurs pendant que j'y étois. Mais les François vont un peu vîte dans leurs entreprises. Ils veulent devenir riches en trop peu de tems, & ils fe font rebutez, parce que ces Mines ne leur aportoient pas l'abondance tout d'un coup. Meffieurs Genin, Pere & Fils, qu'on y avoit envoié, pour y faire travailler aux Mines, me dirent alors que la Compagnie ne leur donnant pas les apointemens, qu'on leur avoit promis, ils avoient pris la refolution de s'en retourner chez eux à Paris. Que fi les François, qui étoient alors en Canada, euffent eu autant de flegme que d'autres Nations, felon queMonfieur Genin le Pere me le dit en ce tems-là, ils y auroient indubitablement reüffi.

Les terres du Fleuve de St. Laurent produifent auffi toutes fortes d'herbages, & de femences. On y trouve les materiaux pro

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pres * On trouvera, dans le tome 6. du Recueil de Vojages an Nord, une Relation nouvelle & curieuse de cette Baye,

pres à bâtir des Vaiffeaux, des madriers, des planches de bois de Chêne, & de toute autre efpece. La prodigieufe quantité de sapins qui s'y rencontrent fournit abondance de goudron. Les pelleteries, & les cendres, dont on peut faire de la potaffe, defquelles on peut tirer plus de cent cinquante mille livres tous les ans, & qui feules peuvent faire fubfifter grand nombre de pauvres gens, produiront un profit confiderable pour les Colonies qu'on établira dans ce païs-là.

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J'ai parlé dans ma premiere Relation de la Louifiane, de plufieurs animaux qui s'y trouvent: mais outre ceux-là, on y trouve grand nombre de Taureaux & de Vaches Sauvages, qui portent une laine frifée. On peut les apprivoifer, & s'en fervir enfuite au labourage Ils peuvent auffi fervir à la nourriture, & l'on pourroit les tondre tous les ans comme les moutons, pour en faire des Draps auffi fins & auffi bons qu'il y en ait dans l'Europe. Les Sauvages, qui habitent dans ces païs-là, n'ont jamais pû détruire ces animaux, qui changent de contrées felon les faifons. On y trouve encore plufieurs herbes medicinales, qui ne font pas en Europe, & dont l'effet eft infaillible felon l'experience, que les Sauvages en ont faite. Ils s'en fervent pour guerir toutes leurs plaies, pour la fievre tierce & quarte, pour fe purger, pour appaifer la douleur des reins, & pour de femblables maux: mais il y a auffi quantité de poifons, comme de l'écorce de citronnier fauvage, & d'autres, dont ces peuples fe ferveut pour faire mourir leurs en

nemis. Les Serpens font communs en de certains endroits, particulierement les couleuvres, les afpics, & les ferpens fonnettes. Ils font prodigieufement longs & gros, & mordent dangereufement les paffans. Cependant ils ne le font, que quand on touche les herbes, ou les bois, où ils le trouvent: il y a des remedes fouverains contre leurs bleffures dans les lieux où ils habitent. On trouve auffi en ces païs- là des grenouilles d'une groffeur furprenante, & leur croaffement eft prefqu'auffi fort & penetrant, que le meuglement des Vaches.

On voit en ces païs-là les mêmes Arbres, que dans l'Europe. Mais il y en a d'une autre espece, comme je l'ai remarqué, par exemple des cottoniers, & autres. Ces Arbres jettent de profondes racines, & deviennent extrémement hauts, ce qui marque affez la bonté & la fertilité du terroir. Enfin peut-être que par le moien de ces terres du Sud, on trouvera un paffage, pour se rendre à la Chine, & au Japon, fans être obligé de paffer la Ligne Equinoctiale.

XXXIV. Les Sauvages exercent de gran des cruautez contre les Européens, quand ils pretendent en avoir reçu quelque infulte. Ils font faire le cri de guerre par trois ou quatre Vieillards dans tous leurs Villages: & cela d'une voix qui a quelque chofe de terrible, afin de fe mieux animer à la Vengeance.

D'abord les Vieillards & tous ceux qui font deftinez à tenir leurs Confeils, fe rendent en diligence dans la plus grande Cabanne, où loge le principal Chef de la Nation. Un des

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Chefs,

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