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des Lacs vers le Nord-Eft. Je m'embarquai dans un Canot avec cinq hommes; aprés deux jours de navigation, j'arrivai au détroit du Lac Herié. C'eft un Canal d'environ trente lieuës de long, par où ce Lac se joint avec celui des Hurons. J'allai pren. dre terre à un de fes bords du côté du Nord: étant là je m'informai auffitôt de nos gens; l'on m'apprit qu'ils avoient paffé plus haut. Le defir de les rencontrer me fit faire une reveüe exacte du païs; c'étoit une espéce de prefqu'lfle en forme de cœur compris entre ces trois Lacs. Aprés avoir affez parcouru ces terres, je remontai dans mon canot, pour aller rendre compte de ma commiffion à M. de la Sale, qui durant l'efpace de mon petit voiage, étoit reparti pour Frontenac, où il porta de nouvelles marchandifes, & d'où quelque tems aprés il rapporta de nouvelles provifions & de nouveau monde à Niagara. Il y arriva le 7. Août de l'année 1679. accompagné de trois Peres Recollets. Toutes ces courfes l'occuperent non feulement le Printems, mais une bonne partie de l'Eté. En cas de nouveaux établiffemens ces frequentes reveuës font d'une neceffité indifpenfable. Non feulement elles affermiffent les nouvelles poffeffions, mais encore elles fortifient dans un commencement d'habitation.

M. de la Sale étant de retour à Niagara, difpofa tout pour la continuation de fon Ouvrage. Nous montâmes au nombre de quarante perfonnes dans fa nouvelle Barque vers la mi-Août, & aiant heureusement traverfé le Lac Herié, nous entrâmes dans le C4

Lac

Lac des Hurons, beaucoup plus grand que les deux premiers. Nous emploiâmes lerefte du mois à le parcourir à caufe du mauvais tems, & aprés y avoir effuié la plus affreufe tempête qu'on puiffe éprouver dans les Mers les plus orageufes, nous vînmes furgir à une rade de la contrée nommée Miffilimachinac. C'eft une espéce d'Ifthme d'environ vingt lieuës de large & de plus de fix vingt lieues de long, fitué entre le Lac des Iflinois d'un côté, & les deux Lacs d'Orleans & de Conti de l'autre. Ce païs eft auffi riche par l'abondance de la pêche, que par la bonté de fon terroir.

M. de la Sale en fit une exacte reveûë y trafiqua de peaux, jetta les fondemens d'un Fort, laiffa le foin de le construire à quelques-uns de fa troupe, & m'ordonna de remonter en canot plus haut vers le NordEft, jufqu'à un détroit nommé le Saut Sainte Marie, tant pour voir, fi je ne decouvrirois pas quelques uns de fes deferteurs, que pour lui donner de plus amples lumieres touchant les terres qui font au delà de ce Lac.

Ce Saut eft un double Canal qui fe forme à la derniere pointe du Lac par deux branches, qui fe feparant l'une de l'autre, laiffent dans le milieu une Ifle d'une grandeur raifonnable, & qui venant à fe réünir, forment un bras de riviere comme un torrent très-rapide, par où le Lac des Hurons fe joint avec le dernier plus fpatieux que tous les autres. J'abordai bien-tôt fur une des côtes du Lac des Hurons prés du Canal tour- · né au Nord. Je découvris de là un trèsbeau

beau Païs, & fuivant toûjours la côte, je pouffai jufqu'à la riviere des Outa, qui fortant de ce Lac, va fe jetter à plus de cent lieuës de là dans le fleuve Saint Laurent. Le plaifir de parcourir un fi beau rivage m'en faifoit oublier la peine & je vivois pendant ce tems-là de la chaffe plus que de mes munitions. Aprés huit jours de courfe le long de ces côtes, je remontai dans mon canot & aiant regagné la pointe du Lac, j'entrai dans ce bras d'eau qui regarde le Sud, & j'allai prendre terre à un bord qui n'en'eft pas loin. Là je découvris une grande plaine fituée entre le dernier Lac & celui des Iflinois. Les Peres Jefuites y ont une trèsbelle habitation.

Ce fut là que je joignis la plupart de nos deferteurs je les trouvai tous mal intentionnés, mais j'eus pourtant le bonheur de les ramener à leur devoir, en les obligeant de me fuivre.

Cependant M. de Sale s'étant rembarqué, & aiant levé l'ancre à Miffilimachinac vers la fin du mois de Septembre, traver fa le Canal qui va du Lac des Hurons au Lac des Iflinois, & aiant paffé ce dernier Lac, il alla aborder à la Baye des Puans vers le 8. d'Octobre.

Cette Baye n'eft qu'un regonflement du Lac des Iflinois, caufé par l'embouchure d'une groffe riviere, nommée Ouifconfing, qui prend fon origine d'un affez grand Lac, à cent lieues de là. Ce qu'il y a de merveilleux en ceci, c'eft que de ce Lac fort par fon autre extremité, une autre Riviere qui fe jette dans le fleuve Miffiffipi: ainfi il Cr

peut

peut être regardé comme un Lac de communication entre les deux grands Golfes de la Mer du Canada & de la Mer de Mexique, comme il est aisé de le voir en jettant les yeux fur les cartes.

M. de la Sale, aprés avoir débarqué fur le rivage de cette Baye, prit de nouvelles mefures, & renvoya fa Barque chargée de pelleteries à Niagara. Enfuite il s'embarqua avec dix-fept perfonnes & un Pere Recollet, en divers Canots, & aprés avoir côtoyé la plus grande partie du Lac des lflinois, il vint aborder le 1. de Novembre de l'année 1679. prés de l'embouchure de la petite Riviere des Miamis.

Ce Païs fitué entré le 35. & le 40. degré de latitude, confine d'un côté à celui des Iroquois, & de l'autre à celui des Iflinois à l'orient de la Virginie & de la Floride. 11 eft très-abondant en toutes chofes, en poiffons, en bétail, & en toute forte de grains & de fruits. M. de la Sale en vifita les Habitans, fonda leur efprit qu'il trouva traitable; tâcha de les gagner par fa douceur, & par fes prefens; les accommoda de fes marchandifes, profita des leurs, leur fit concevoir par le moien de fon negoce, le peu d'aflurance qu'il y avoit pour eux, tant avec les Iroquois, qu'avec les Anglois ; & les ayant affuré de la protection puiffante du Roi, il les porta à une foumiffion volontaire aux loix de nôtre Monarque. Cependant ayant reconnu que ce peuple étoit inconftant, infidéle, incapable de fe foutenir par lui même, mais propre à fe laiffer toûjours entraîner par le plus puiffant, il crut devoir y bâtir un Fort,

tant

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tant pour affermir l'autorité du Roi, que pour s'y faire une habitation folide, qui lui tint lieu en même tems d'un petit arsenal & d'un honnête magafin. Le plan de ce Fort fut bientôt dreffé, & fon deffein executé en très peu de tems fur le bord de la petite Riviere des Miamis, qui fe jette dans le Lac des Illinois.

Cependant l'impatience que j'avois de rejoindre M. de la Salle avec les quinze hommes, que j'avois retrouvez, me faifoit pouffer à toutes voiles vers les mêmes bords où il étoit; mais le défaut de vivres & les vents contraires s'oppofant à mes efforts, m'obligerent de relâcher à trente lieuës de là, tant pour tâcher d'y trouver de quoi fatisfaire à la faim, que pour l'orage. Dès que nous fûlmes à terre, le premier fecours qu'elle nous offrit, fut une très-grande abondance de gland, enfuite quelques cerfs s'étant presentés on en tua deux, & j'eus la confolation de voir mes gens fe rafraîchir. Ils étoient fi fatigués, que je ne pûs jamais les refoudre à fe rembarquer le même jour. Pour moi je preferai à mon repos le foin d'aller au milieu de la tempête chercher nôtre Commandant.

Je quittai mes gens aprés leur avoir promis de revenir bien-tôt vers eux pour les ramener à M. de la Sale. Je revins donc à la voile, & malgré toute la fureur des vagues, j'eus le bonheur de rejoindre M. de la Sale, aprés fix jours de tourmente. Je lui rendis un compte fidele de mon expedition & de mes découvertes; il me témoigna en être affez content, mais il dit qu'il l'auroit été beauC 6

coup

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