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lui faire oublier son glorieux passé et renier son rôle providentiel dans le monde. Les fêtes solennelles célébrées à Reims en l'honneur du bienheureux Urbain II, le Pape des croisades, de Jeanne d'Arc, la grande Française,de saint Jean-Baptiste de La Salle, l'éducateur des déshérités, nous montrent le souci perpétuel qu'avait Mgr Langénieux d'exalter à la fois la religion et le patriotisme par des manifestations rappelant leur parfaite et intime union dans tout le cours de notre histoire.

Mais nous devons une mention toute particulière aux fêtes célébrées à Reims, en 1896, à l'occasion du quatorzième centenaire du Baptême de Clovis. La pompe des cérémonies répondit à la solennité de cet anniversaire bien propre à réveiller notre fierté nationale, en nous montrant que par son passé, la France restera à jamais la première des nations; et pendant quelques jours, la France entière, la vraie France, à l'appel du successeur de saint Rémy, alla retremper sa foi et raviver ses espérances dans le baptistère de Reims et dans le culte sacré de ses traditions les plus saintes.

Le cardinal Langénieux avait un soin jaloux de tous les plus beaux fleurons de la couronne de France, et il ne négligeait rien pour garder à notre pays ses glorieux et antiques privilèges. Nul n'a oublié quel prix il attachait au protectorat des chrétiens d'Orient. Une lettre de S.S. Léon XIII affirmant la volonté du Saint-Siège de maintenir les droits et prérogatives de la France, vint apporter à la sollicitude vigilante de l'archevêque de Reims la promesse solennelle et publique que réclamait son patriotisme. Il concourait encore à l'extension de l'influence française en Orient, en présidant, à Jérusalem, comme légat du Pape, le congrès des œuvres eucharistiques. On vit d'ailleurs, lors du passage de l'Empereur et de l'Impératrice de Russie dans la ville du sacre, avec quelle distinction rare le cardinal Langénieux savait se montrer à la fois Prince de l'Eglise

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universelle et bon Français auprès des souverains amis et alliés de la grande nation catholique.

Mais parmi tous les souvenirs qu'évoque le nom du cardinal Langénieux, il en est un qui nous est particulièrement cher, c'est celui du 7e congrès réuni à Reims en 1882.

« La liberté et l'Etat, lisons-nous dans le compte rendu, tel était le programme des travaux, et le lieu d'études était celui-là même où la France est devenue chrétienne et reçut, avec le baptême, le secret de la liberté qui ne dégénère pas en licence, et le bienfait d'une autorité que tempère la loi de Dieu.

« Des grands souvenirs du passé,reflétés dans le poëme d'une merveilleuse cathédrale, qui pouvait ne pas rapprocher tristement les hontes du présent ? qui pouvait se défendre de la consolante espérance de voir la France repentie revenir à Reims adorer, pour son salut, ce que la Révolution lui fait brûler malgré elle et pour sa ruine?

«S. Exc. Mgr l'archevêque, à qui les devoirs de sa charge pastorale n'ont pas permis de prendre part aux travaux du Congrès, comme il l'aurait désiré, a bien voulu l'inaugurer et le bénir, et adresser chaque matin à ses membres, pendant le saint sacrifice de la messe, des paroles de haute édification et d'éloquente piété.

Les Congrès, œuvre encore récente, mais déjà consacrée par l'approbation de Pie IX et de Léon XIII, et par le concours effectif apporté à leurs travaux par plusieurs de NN. SS. les évêques, reçurent à Reims, en 1882, une impulsion puissante. Leur président y précisa de nouveau le but de ces congrès : « L'affirmation du droit contre l'erreur triomphante, la revendication intégrale de la justice, c'est la mission que nous nous sommes donnée, c'est notre consolation dans les épreuves présentes; et si, ce qu'à Dieu ne plaise, nous ne devions pas voir la victoire de la vérité, ce sera l'honneur

de notre vie et la joie de notre cœur de l'avoir servie avec amour et proclamée sans faiblesse...

« Ah! comme vous, Messieurs, je gémis de n'avoir à opposer à l'audace croissante des contempteurs de la justice, que des paroles et des protestations; comme vous, à la vue de l'iniquité triomphante, je sens, dans ma conscience indignée, monter le flot des légitimes colères, et j'appelle de mes vœux les plus ardents l'heure qui, nous rendant la réalité de l'ordre, mettra la force au service du droit.

« Sachons, cependant, attendre l'heure de Dieu. Il nous a donné un cœur pour aimer la vérité, une voix pour l'affirmer; servons-le comme il lui plaît d'être servi, et, s'il ne nous demande pas notre vie, donnons lui, du moins, le témoignage public de notre foi et de notre amour. »

Le Cardinal Langénieux aimait à évoquer le souve nir de ce Congrès auquel il fit un accueil si paternel, et de son président, auquel il offrit l'hospitalité dans son palais, et dont il se plaisait à rappeler les paroles. « Je l'entends encore dans la salle des Rois.... », disait-il vo lontiers à ceux à qui sont restées chères les traditions des Congrès, traditions qu'il avait lui-même contribué à fonder. Le cardinal Langénieux a toujours aimé l'euvre des Jurisconsultes catholiques; sa mémoire restera aimée et respectée parmi nous.

H. L.-B.

LA LIBERTÉ DE L'ÉGLISE DEVANT L'HISTOIRE

Rapport au XXVIIIe Congrès des Jurisconsultes catholiques.

Dieu n'aime rien tant au monde que la liberté de son Eglise, disait saint Anselme. Son divin Fils lui a mérité ce droit absolu à la liberté en rachetant l'humanité au prix de son sang. Le calvaire est la charte d'émancipation de l'humanité régénérée, et aucune puissance au monde ne peut légitimement la violer. En ces jours de perturbations sociales il nous a paru utile de rappeler, même aux catholiques, les solides fondements sur lesquels repose cette divine liberté de l'Eglise, d'en retracer l'histoire à travers les siècles et d'en faire entrevoir les victoires certaines qui nous attendent le jour où Dieu jugera l'épreuve que nous traversons suffisamment expiatrice et méritoire.

Le tableau que nous allons esquisser a donc un double but d'encouragement: affirmer le droit de l'Eglise à la liberté et puiser dans les péripéties que ce droit a subies dans le passé l'espérance du triomphe futur, malgré les victoires de la persécution présente. C'est ce que l'Apôtre disait aux Romains en parlant de la Sainte Ecriture' «Tout ce qui a été écrit, l'a été pour notre enseignement, afin que, dans les exemples de patientes énergies que nous ont laissés nos Pères, nous puisions de profondes consolations et d'inépuisables espérances. »

Le droit absolu à la liberté que possède l'Eglise ne dépend d'aucun caprice humain; elle le tient de Dieu. et de la constitution même de son être. Considérée dans ses apparences humaines, elle est une association d'individus, unie sous des lois communes formées par son

'I Ad Rom. xv, 4: Quæcumquæ enim scripta sunt, ad nostram doctrinam, scripta sunt, ut per patientiam et comsolationem scripturarum spem habeamus.

Fondateur et ses adhérents à travers les siècles. C'est ainsi que les Césars, dans leurs palais, l'ont envisagée à son début dans le monde.

Si cette appréciation était l'expression de la vérité, l'Eglise devrait, comme toute autre association, se soumettre aux variations de la liberté civile et politique que consentiraient à lui octroyer les représentants de la société et de l'autorité terrestre. La liberté des associations est, en effet, essentiellement limitée par les droits de l'Etat et par les impérieuses nécessités des circonstances de temps et de lieu. Les individus associés n'ont pas plus de droit à la liberté que les citoyens isolés. Or, la liberté individuelle et civile a subi des variations, non pas seulement dans sa forme et ses développements pratiques, mais encore dans l'appréciation de son domaine et de ses principes constitutifs. Mais l'Eglise n'est pas seulement une association; c'est une société parfaite; c'est le Christ uni à ses membres, communiquant sa vie et sa puissance aux hommes chargés de le représenter sur la terre.

Le christianisme seul a posé les bases, tracé les bornes de la sphère dans laquelle doivent se mouvoir les intérêts de la société religieuse et civile.

Avant la victoire de la religion chrétienne dans le monde, la liberté civile non seulement n'existait pas, mais était, en outre, considérée comme attentatoire à l'omnipotence de l'Etat.

Aucune vérité n'apparaît plus évidente à la lumière de l'histoire; et, chose lamentable, nulle n'est l'objet de plus violentes dénégations à notre époque d'ingratitudes et d'aberrations.

Oui, l'histoire le démontre, la liberté civile est intimement liée à la liberté de l'Eglise; et l'on ne peut enchaîner celle-ci sans donner atteinte à quelques-uns des droits de celle-là.

L'Eglise est la mère de la vraie liberté par excel

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