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car, tandis

forces et sa puissance, que dix ans après, lorsque Xerxės attaqua la Grèce, Gélon offrit aux Athéniens et aux Spartiates deux cents galères , vingt mille hommes de pied, deux mille chevaux, deux mille archers et deux mille frondeurs ; il proposait même de payer les frais de la guerre; mais il voulait le titre de généralissime de la Grèce. Les Grecs , désirant un allié et craignant un maître, répondirent qu'ils avaient besoin de soldats et non de généraux. Leur méfiance n'était pas mal fondée;

Gélon leur offrait des secours, que

il envoyait dans la Grèce Cadmus, chargé de riches présens, avec ordre de les offrir à Xerxés dans le cas où il serait vainqueur.

Dans le même temps le roi de Perse, aussi peu sincère, sollicitait l'amitié de Gélon, et, d'un autre côté, engageait les Carthaginois à l'attaquer. De nouveaux troubles survenus les y décidèrent.

Terrillus , tyran d'Hymère , venait d'être renversé de son trône par Théron, roi d'Agrigente. Celui-ci descendait de Cadmus, fondateur de Thèbes, et avait donné sa fille en mariage à Gélon. Les Carthaginois armèrent dans le dessein apparent de faire rentrer Terrillus dans Hyméré, mais avec l'intention réelle de s'emparer de la Sicile.

Gélon leva une armée de cinquante-cinq mille hommes pour soutenir son beau-père *. Le plus haginois. habile général de Carthage, Amilcar, à la tête de

Sa victoire sur les Car

* An du monde 3524.- Ayant Jésus-Christ 480.

trois cent mille guerriers , forma le siége d'Hymère. Il y établit deux camps : l’un renfermait ses vaisseaux tirés sur le rivage, et gardés par des troupes de mer ; il avait placé dans l'autre son armée de terre. Ces deux camps étaient fortifiés.

Gélon, informé que l'ennemi attendait de Sélinonte un corps de cavalerie auxiliaire, donna ordre à un détachement de troupes à cheval de se présenter à l'heure désignée à la porte du camp ennemi : cette ruse réussit ; les Carthaginois accueillirent cette troupe, croyant que c'était le corps allié qu'ils attendaient. Les Syracusains entrés dans le camp surprirent Amilcar faisant un sacrifice, le poignardèrent, et mirent le feu à sa flotte. Au même instant Gélon, à la tête de son armée , attaqua et prit de vive force l'autre camp.

Jamais victoire ne fut plus complète et ne fit autant de victimes ; des trois cent mille Carthaginois la moitié périt; l'autre moitié tomba dans les fers. Vingt vaisseaux seuls retournèrent en Afrique. Tous les

tyrans

de Sicile recherchèrent l'amitié du vainqueur. Carthage, craignant de le voir arriver à ses portes, demanda la paix. Gélon l'accorda ; et la principale condition du traité fut que les Carthaginois ne sacrifieraient plus à Saturne de victimes humaines; trophée d'autant plus glorieux pour le roi de Syracuse qu'il signalait , non le triomphe de l'ambition, mais celui de l'humanité.

Après avoir terminé cette guerre avec tant d'é

clat, Gélon voulait secourir les Grecs contre les Son saga

gouverncPerses ; mais il apprit dans ce moment la victoire mont. de Salamine : donnant alors un rare exemple de modération dans la prospérité, il cessa d'ambitionner la gloire des armes, et ne rechercha que la gloire plus douce et plus solide

que

donne une administration juste, sage et pacifique. Il ne pressait plus l'activité des arsenaux, mais il encourageait celle des ateliers ; il cessa de se montrer à la tête des armées, mais on le vit à la tête des laboureurs.

De retour à Syracuse, il convoque le peuple , l'invite à se rassembler avec ses armes : il arrive šur la place , seul , sans gardes, désarmé, rend compte aux citoyens de ses dépenses, de son administration civile et militaire, de la situation de l'Etat, rend la liberté à la nation, et lui

propose de délibérer sur la forme de gouvernement qu'elle veut choisir.

L'admiration et la reconnaissance dictent des suffrages unanimes; l'amour d’un peuple libre lui rend la couronne, l'affermit, et ordonne

qu'on

lui érige une statue qui le représente en habit de citoyens.

Long-temps après Timoléon, voulant détruire tous les emblèmes de la tyrannie, renouvela lusage antique de l'Égypte, et fit faire le procès aux rois dont les statues devaient être brisées. Le peuple les renversa toutes; mais il détendit et conserva celle de Gélon.

Sa mort.

Ce prince nesurvécut que deux ans à celle actioni, plus célèbre que tous ses triomphes. Son convoi fut sans pompe comme il l'avait ordonné; mais la reconnaissance publique lui bâtit un tombeau magnifique, environné de neuf tours, dans le lieu où sa femme Démarète fut inhumée. Depuis les Carthaginois, par une basse vengeance, détruisirent ce monument; mais, tant qu'on honorera la vertu, la mémoire de Gélon sera respectée.

Le père de Gélon était grand-sacrificateur ; il avait quatre fils. Un oracle ayant prédit que trois d'entre eux parviendraient à la tyrannie , le pontife désolé s'écria : « Puissent plutôt mes fils être ac» cablés des plus grands malheurs que d'acqué>> rir une telle fortune aux dépens de la liberté ! »

L'oracle, de nouveau consulté par lui, répondit qu'il ne devait pas désirer d'autres châtimens pour ses enfans que le trône, et qu'ils seraient assez punis par les traverses et les inquiétudes inséparables de la royauté. La vertu de Gélon démentit cette prédiction; mais le sort de ses deux frères la vérifia. Ce prince fut peut-être le seul que la fortune rendit meilleur au lieu de le corrompre. Il s'empara d'abord injustement du trône de Gela; mais il expia cette violence par sa sagesse , et rendit la liberté à Syracuse. Administrateur habile , il augmenta la population de cette ville en y transportant les habitans de Mégare et de Camarine. Par ses ordres et par son exemple les Syracusains

sortirent de l'oisiveté; et leur territoire devint si fertile qu'ils furent en état d'envoyer une immense quantité de blés aux Romains

que

désolait une affreuse disette. Les Carthaginois captifs augmentèrent l'activité des travaux publics. Gélon, pour faire la guerre à Carthage, avait levé sur ses peuples un impôt considérable. On murmurait ; le roi, toujours accessible aux plaintes, convertit l'impôc en emprunt, et le rendit fidèlement.

On lui reprochait de ne point aimer les arts. Peut-être négligea-t-il la musique et la poésie dans un temps où il trouvait Syracuse trop disposée à la mollesse; mais il encouragea l'architecture, employa les dépouilles des Carthaginois à bâtir deux temples en l'honneur de Proserpine et de Cérés.

Avide de tout genre de gloire, il remporta le prix de la coutse des chars aux jeux olympiques. Son règne fut doux et juste ; et les républicains ne purent lui reprocher que d'avoir fait trop longtemps aimer la monarchie.

HIÉRON ET THRASYBULE.

(An du monde 3552.

- Avant Jésus-Christ 452.)

d'Hieron.

HIÉRON, qui occupait le trône de Géla, suc- Règne céda à son frère Gélon. Son amour pour les lettres faisait espérer un règne sage et doux ; mais les courtisans, qui opposent presque toujours leurs intérêts privés à l'intérêt public, et qui corrompent

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