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mée pour examiner le projet de loi relatif au clergé, est composée de manière à donner de grandes espérances sur l'accueil que fera la chambre à cette importante mesure; le premier des commissaires est un prélat distingué par ses qualités et son mérite, et les quatre autres ne sont pas moins recommandables par leur attachement à la religion que par l'illustration de leurs noms ou de leurs services (voyez plus bas, à l'ar ticle de la chambre des pairs). Avec de tels hommes, l'esprit du rapport ne sauroit être douteux.

Comme nous mettions au jour notre article ́sur la mission de Coutances (no. 702), nous fûmes avertis qu'il alloit paroître une Relation de cette mission. Nous venons en effet de la recevoir; elle porte pour titre Mission de Coutances, ou Description des cérémonies et Analyse des instructions de la Mission, Coutances, 1821, in-12 de 186 pages. Nous n'en extrairons que ce qui ne se trouve pas dans notre e.premier article.-La mission s'ouvrit le dimanche 11 mars; elle avoit été annoncée, peu auparavant, par M. l'évêque lui-même, dans un discours qui fut entendu avec un vif intérêt. Les missionnaires étoient MM. Fauvet, Bach, Guérin, Levasseur, Marius Aubert, Poncelet et Jaisson; les deux premiers étoient chargés des exercices de l'église Saint-Pierre, et les autres de ceux de la cathédrale. Les préventions furent bientôt dissipées, et les missionnaires, suivis avec un grand empressement, exposerent tour à tour les grandes vérités de la religion. M. de Janson, que sa santé avoit retenu quelques jours à Paris, arriva, et accrut, par ses discours et son zèle, le mouvement général. Nous ne suivrons point l'auteur de la relation dans l'analyse qu'il donne de tous les discours, quoique cette analyse nous ait paru bien: faite; nous ne donnerons point non plus la description des diverses cérémonies, et nous ne noterons que quelques circonstances principales. M. de Janson donna

है.

une retraite au séminaire, et M. Aubert une à l'HôtelDieu. Le premier visita aussi les prisons, et alla une fois à Saint-Lô, d'où le préfet vint aussi quelquefois à Coutances pour prendre part aux exercices de la mission. M. le sous-préfet et les personnes les plus distinguées de la ville et des environs n'y étoient pas moins assidus. A la communion générale des femmes, le dimanche des Rameaux, il s'en trouva plus de six mille assises au banquet sacré, et le jour de Pâque il y avoit cinq mille huit cents hommes à la communion générale, qui se fit à la cathédrale. La relation parle avec effusion des regrets qu'ont laissés les missionnaires, et des heureux changemens produits par leur zèle. Cet écrit paroît rédigé par un témoin oculaire, aussi pieux qu'éclairé; le produit de la vente du livre est destiné à commencer une bibliothèque pour le collége de Coutances.

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Les îles de Saint-Pierre et Miquelon, à l'entrée du fleuve Saint-Laurent, qui sont tout ce qui reste à la France de ses anciennes possessions dans l'Amérique septentrionale, ont une population d'environ sept cents ames, dont trois cents à Saint-Pierre, et quatre cents à Miquelon, sans parler de trois à quatre cents matelots qui peuvent s'y trouver pendant la saison de la pêche. Les habitans ne sont pas riches; la plupart s'oc cupent de la pêche, et quelques-uns du commerce. Saint-Pierre a un prêtre, M. Ollivier, qui a le titre de préfet, et un instituteur qui donne gratuitement aux enfans l'instruction convenable. Miquelon manque à la fois de curé et d'instituteur; cette île est environ à neuf lieues de la première, et les communications ne sont pas toujours possibles. M. Ollivier y fait de temps en temps des excursions, mais qui sont nécessairement courtes et rares, et qui ne suffisent point par conséquent pour instruire les enfans et les adultes, leur inculquer la religion, et opérer un résultat pro

noncé en faveur des mœurs. Il faudroit donc à Miquelon un prêtre résidant; la colonie le désire, et les autorités sont les premières à en sentir la nécessité. Le 28 juillet dernier, M., Feillet, commis principal de la marine, chargé du service à Miquelon, a écrit à M. le supérieur du séminaire du Saint-Esprit pour lui représenter les besoins de l'île, et lui transmettre les vœux des habitans. Les enfans surtout appellent la, sollicitude d'un prêtre; il y en a plus de cinquante qui ont atteint ou même dépassé, l'âge de la première. communion, et qui languissent dans une ignorance. profonde. Plusieurs enfans ne sont pas baptisés, des mariages ne sont pas bénis, des mourans sont privés des derniers secours. M. Feillet fait valoir tous ces motifs pour solliciter l'envoi d'un prêtre. L'église et le presbytère sont d'ailleurs en état. M. le supérieur du séminaire du Saint-Esprit ne peut que publier cette lettre pour intéresser les pieux ecclésiastiques au sort d'une colonie toute françoise, et abandonnée depuis plus de quatre ans.

Le procès des grands-vicaires de Gand n'a pas eu l'issue qu'en attendoient leurs ennemis, et n'a servi qu'à montrer l'intérêt qu'inspiroit leur cause. C'est le 10 mai que les deux grands-vicaires et le secrétaire de l'évêché comparurent devant la cour d'assises de Bruxel les, Les premières séances se tinrent à huis-clos; précaution qui parut assez singulière dans une affaire qui assurément ne présentoit rien de scandaleux. Le 15, à midi, la séance fut rendue publique; M. Spruyt parla pour le ministère public, et soutint l'acte d'accusation, qui portoit sur deux chefs; le premier, d'avoir publié à Gand un écrit renfermant des instructions pastorales, écrit daté de Beaune, le 14 octobre, et défendant au chapitre de s'assembler; le second, d'avoir détourné de leur destination des dépêches adressées par le gouvernement au chapitre de Gaud, et

d'avoir semé des bruits propres à alarmer les consciences. Nous avons déjà vu que toute la publication faite par les grands-vicaires consistoit à avoir communiqué au chapitre une lettre confidentielle de M. de Broglie, lettre qui ne renfermoit point d'instruction pastorale, mais qui défendoit uniquement au chapitre de s'assembler. Le ministère fit tous ses efforts pour envenimer cette lettre et cette communication au chapitre, et pour y appliquer les articles du Code pénal. Dans son réquisitoire, il se mit plus d'une fois à côté de la question; il invoqua, comme une picce contre les accusés, un Mémoire envoyé au congrès de Vienne, en 1814, par des catholiques des PaysBas, pour demander que la religion catholique fût maintenue chez eux; que le culte protestant n'y fût pas toléré, puisqu'il n'y a pas de protestans dans le pays; que l'éducation publique fût confiée au clergé; que l'on rétablit les privileges ecclésiastiques, etc. Le ministère public a fait grand bruit de toutes ces demandes, qui ne paroissent pas néanmoins si criminelles, qui d'ailleurs n'avoient aucun trait à l'af faire en question, et qui ne prouvoient que l'opinion des signataires. M. Spruyt établit ensuite que, d'après le concile de Trente, le chapitre administre en l'absence de l'évêque; en quoi cet avocat-général s'est manifestement trompé; car le concile ne reconnoît de juridiction au chapitre que lorsque le siége est vacant. Or, le siége de Gand n'est pas vacant, et l'absence forcée de M. de Broglie ne le prive pas de sa juridiction. Il peut gouverner son diocèse aussi légitimement que les évêques de France, expulsés par la révolution, gouvernèrent les leurs pendant tout le temps de leur exil; ce sont là les usages comme les règles constantes de l'Eglise, et le chapitre n'a aucun droit d'administrer tant que l'évêque vit. Nous ne releverons pas les autres parties du réquisitoire, ni la conclusion, où on est

allé jusqu'à dire que les grands-vicaires avoient voulu attirer sur leur pays tous les maux que la révocation de l'édit de Nantes avoit causés à la France. Ce mouvement oratoire s'appliqueroit plus justement à ceux qui veulent intervertir l'ordre de la hiérarchie, et entraver l'exercice de la juridiction. Les avocats des ac-. cusés ont facilement réfuté les chefs d'accusation; ils ont fait sentir que ce n'étoit pas publier une lettre que de la communiquer à sept personnes, et que les grands-vicaires n'avoient fait que remplir la commission dont les avoit chargés celui qu'ils considèrent toujours comme leur évêque, et qui l'est en effet. Ils ont donné à cette occasion des détails assez piquans sur l'état du diocèse de Gand, et sur le systême qu'on y suit. Le gouvernement a, l'année dernière, défendu à deux chanoines de Gand, qu'il avoit depuis plusieurs années reconnus comme tels, de siéger au chapitre; il a supprimé le traitement de plusieurs curés. Les avocats des prévenus ont aussi traité d'une manière très-intéressante quelques questions générales sur les droits des catholiques et sur ceux des évêques, et ils ont montré que c'étoit bien mal travailler à se concilier l'affection d'un peuple catholique que de le contrarier dans ses affections et ses croyances, d'inquiéter sans cesse ses ministres, et de menacer de destruction des institutions antiques et chères. Cette défense a produit son effet, et, le 25, la cour supérieure, après une délibération de quatre heures, a déclaré que les faits contenus dans l'acte d'accusation n'étoient pas prouvés; en conséquence les accusés ont été acquittés. On ne sauroit exprimer l'effet qu'a produit la lecture de l'arrêt. Une explosion d'applaudissemens est partie de toute ia salle. Chacun félicitoit les trois ecclésiastiques, et on les a suivis jusqu'à leur voiture. Cette affaire avoit excité le plus vif intérêt dans toute la Belgique, et toutes les classes s'étoient

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