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temps, au lieu

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que

la fausse estime , le suffrage que détermine la passion ou l'intérêt, périt avec ceux qui l'accordent à des personnes ou à des choses qui ne la méritent pas. Combien, par ce motif, d'ouvrages célèbres dans leur temps, sont aujourd'hui oubliés et tombés dans le mépris!

L'auteur ne parle que de la gloire littéraire; mais les mêmes principes peuvent s'appliquer à toute sorte de gloire, à celle que procurent les grands talens et les grands succès dans les arts, et même à la gloire militaire. Un peintre ne parviendra point à la gloire par les compositions les plus exquises, si elles sont contraire aux mours. Qu'au lieu de s'exercer dans une cause juste, la bravoure appuie l'oppression et le brigandage, il n'y a plus de gloire. Rien n'est au-dessus de celle du grand Matathias et de ses courageux fils, combattant pour leur Dieu, pour le maintien de leur culte, pour leur patrie; et les exploits guerriers d'un Attila, ou d'autres prétendus héros semblables, quelque vaillance qu'ils aient déployée, quelques succès qu'ils aient obtenus, ne portent à la postérité que des noms odieux.

Des autres pièces dont est composé ce recueil, les unes ont pour objet des questions de grammaire ou de littérature. D'autres traitent différens points relatifs aux sciences et aux arts, comme la prééminence des belles lettres sur les sciences; d'autres enfin sont des jeux d'esprit, agréables, etc.; mais toutes font honneur au goût, aux connoissances, et surtout aux sentimens honnêtes de l'auteur.

L.

Nouvelles ECCLÉSIASTIQUES. Rome. Il y a plus d'un mois que le souverain Pontife est de retour dans sa capitale, et l'allégresse du peuple paroît aussi : vive que le premier jour. Les acclamations continuent. Il faut avoir été témoin de ce spectacle pour s'en faire une idée. Je ne crois pas que les triomphes si vantés des anciens généraux romains offrissent tant de pompe et surtout tant d'enthousiasme. S. S. s'est monirée très-sensible à ces témoignages d'attachement d'un peuple si fidèle, et paroît désirer vivement de lui faire oublier ses malheurs. Elle vient de former une congrégation chargée de s'occuper spécialement des affaires de l'Eglise (1). Elle est composée des cardinaux Mattei , della Somaglia, di Pietro, Pacca et Litta, auxquels ont été adjoints comme consulteurs MM&rs. Bertazzoli, archevêque d'Edesse ; Morozzo, archevêque de Thèbes; Arezzo, archevêque de Séleucie; trois généraux d'ordres et cinq ecclésiastiques. M6. Sala, camérier secret, est secrétaire. On travaille avec soin à effacer les traces de la persécution, S. E. le cardinal-vicaire a rendu une ordonnance pour le costume des ecclésiastiques. Elle leur prescrit de conserver ou de reprendre la forme d'habillement qui convient à leur état, et de renoncer aux innovations que le temps avoit introduites ou que la dernière persécution avoit autorisée. Elle leur rappelle que pour être respectés ils doivent se respecter eux-mêmes. Les colleges et établissemens publics se reforment peu à peu.

Paris. Dans la séance de la Chambre des Députés, du 11 juillet, un membre a fait, au nom de la commission des pétitions, un rapport sur l'ordonnance de M. le directeur-général de la police relativement à l'observation

(!) C'est celle annoncée dans notre numéro précédent.

des dimanches et fêtes. Ce membre a donné gain de cause à quelques pétitionnaires qui réclamoient contre l'ordonnance. Il a dit que les citoyens ne pouvoient pas être contraints à observer tel ou tel culte, et que des réglemens fails sous une législation qui ne protégeoit qu’un culte, et proscrivoit tous les autres, ne pouvoient avoir aucune force lorsque la tolérance est proclamée. Mais ce député ne paroît pas avoir bien saisi la question. Cesser le travail le dimanche, n'est pas précisément observer un culte. C'est plutôt une délivrance pour le culte dominant, un hommage extérieur à la religion nationale. Or, il semble que le gouvernement a bien le droit d'exiger cette déférence. Comme elle ne s'exerce que sur les travaux publics, cette une affaire d'administration et de police, conforme d'ailleurs à l'usage de tous les peuples civilisés. Ce qu'on a dit

que les anciens réglemens ne pouvoient avoir aucune force aujourd'hui, ne paroît pas fort concluant. Ces réglemens ne sont point opposés à une sage tolérance. Toutes les communions chrétiennes observent le dimanche. Aucune ne peut se plaindre d'un réglement conforme à l'esprit de sa croyance. Les pays où la tolérance est le plus étendue, où les sectes sont les plus multipliées, ont établi, comme les autres, l'observation du dimanche. Qui pourroit s'en plaindre? les Juifs, les athées, ou ceux qui ne voudroient reconnoître aucune religion. Les Juifs sont en trop petit nombre pour mériter ici une exception. Les atbiées sont également, il faut le croire, en trop foible minorité pour qu'on doivent intervertir en leur faveur l'ordre général; et quant à ceux qui ne voudroient reconnoître aucune religion, on ne les oblige pas par-là à en reconnoître une; on les astreint seulement à se conformer extérieurement à une mesure que ligion réclame, que la raison avoue, ue l'ordre demande; à une mesure qui ne contraint point les consciences, qui ne blesse aucun préjugé, qui est prescrite par toutes les législations, qui s'observoit en France

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même avant la révocalion de l'édit de Nantes, qui découle naturellement du principe .constitutionnel que

la religion catholique, est la religion de l'Etat. Il faut es, pérer que tous les bons esprits se rallieront peu à peu à ces idées qui sont à la fois morales, politiques et les ligieuses, et que nous renoncerons à ces abstractions, à ces rêveries systématiques, avec lesquelles on sapoit tous les principes, on arrachoit tous les freins, on énervoit tout le corps social. Le temps des innovations, de la loquèle et des sophismes est passé, et il en faut l'evenir aux bonnes et anciennes théories, aux sages pratiques, aux ordonnances consacrées. Toutes les nouvelles législations n'en ont que mieux fait sentir l'utilité et la nécessité de l'ancienne..

– M. Desquirou, curé dans le diocèse de Paris avant la révolution, et aujourd'hui curé de la Motte sur Beuvron, au diocèse d'Orléans, s'étoit trouvé dans les prisons de la Conciergerie en même temps que la Reine. Leurs chambres étoient voisines, et leurs fenêtres donnoient sur la même cour. Le même domestiqueservoient l'infortunée princesse et M. Desquirou. La femme du geolier étoit fort touchée de la situation de la Reine, et elle fut la première à en parler à son voisin, qui saisit cette occasion pour faire offrir à la Reine tout ce qu'il possédoit. La princesse lui demanda quelques livres de piété, et le curé fut assez heureux pour lui en procurer. Il parvint même à avoir une entrevue avec elle; il ne

pas par quel moyen. Il paroîtroit par son récit qu'il confessa S. M. Comme la Reine apprit quelques jours après qu'il alloit partir pour les galères, où il avoit été condamné par le tribunal révolutionnaire à rester huit ans, pour avoir favorisé, disoit-on, les émigrés, elle le fit prier de transmettre à sa famille, et surtout à ses enfans, s'ils lui survivoient, ses sentimens pour eux, en même temps que des exhortations à se bien pénétrer de la religion, seule consolation des malheureux. M. Desquirou a conseryé fidèlement le souvenir des paroles qu'il étoit chargé de transmettre. Depuis le retour de Madame, il est venu à Paris, et a fait part de ces détails à Mme. la duchesse de Sérent, qui en a instruit la princesse. S. A. R. a désiré s'en entretenir avec le confident des dernières pensées de son auguste mère. Elle a accordé, le 7 juin, une audience à M. Desquirou, et a entendu avec courage le récit des particularités dont il étoit instruit. Elle l'a remercié avec bonté, et a daigné depuis lui faire passer la décoration du lis qu'elle avoit obtenue du Roi pour lui C'est ce qui résulte de deux lettres que nous avons reçues de cet estimable ecclésiastique, et dont nous avons cru que la substance pourroit intéresser nos lecteurs.

nous dit

VERSAILLES. Le curé de Saint-Louis de celte ville étant mort, M. l'évêque y a nommé M. l'abbé Grandjean, curé de Montmorency, et qui exerçoit, en quelque sorte, dans ce canton, les fonctions de grand-vicaire. Sa douceur, sa prudence, son expérience dans les affaires lui avoient donné la confiance du prélat, qui l'avoit chargé de plusieurs commissions importantes, el d'une inspection générale sur les lieux circonvoisins. M. l'évêque, en l'appelant auprès de lui, et en lui confiant une place plus importante, a fait un choix auquel applaudiront ceux qui connoissent M. l'abbé Grandjean. Celui-ci a été installé, vendredi 8 juillet, par M. l'évêque luimême, qui a prononcé à cette occasion un discours que l'on a entendu arec intérêt. Le nouveau curé a répondu non moins heureusement. Il a reçu également des lettres de grand-vicaire. C'est à la fois une bonne acquisition pour la paroisse Saint-Louis, et pour le diocèse de Versailles.

RENNÉS. Cette ville vient de perdre un saint prêtre, nommé M. Desbouillons, âgé d'environ 70 ans. Il n'occupoit aucun poste dans le ministère ecclésiastique : néanmoins, la prière, le confessionnal, la prédication, la visite des malades et autres oeuvres de charité par

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