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yeux. Des

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du Prince Primat de la Confédération du Rhin, interpellé le cardinal Fesch d'attester la bénédiction de son mariage donnée, d'après les ordres du Pape, la veille du couronnement. Fesch avait obéi. Ce certificat était décisif, aussi rien ne peut peindre l'accès de colère ou plutôt de frénésie auquel se livra Buonaparte quand Joséphine le lui mit sous les gestes tantôt furieux, tantôt contraints, la démence la plus effrénée à laquelle succédait tout-à-coup un silence plus terrible que les plus violens transports ; le regard profond , concentré qui semblait scruter toutes les pensées des témoins, interroger leur conscience, ou les menacer de tous les supplices; des mots tantôt proférés rapidement, tantôt entrecoupés, tel était Napoléon quand il eut lu ce certificat de bénédiction nuptiale.

Joséphine le calma cependant en lui disant froidement : «J'ai voulu vous prouver qu'il ne « vous était pas si facile qu'on a pu vous le « dire, d'anéantir toutes les traces de la légi« timité, je puis direla sainteté de notre union. « Vous n'aviez

pas soupçonné que le Cardinal u oserait rendre hommage à la vérité; j'ai voulu « vous détromper. Remplissant ainsi près de

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( vous les fonctions de l'esclave qu'on mettait, « à Rome, derrière les triomphateurs, pour « leur rappeler qu'ils étaient hommes, je vous

dirai que l'hommage que vous voulez rendre « aux préjugés des peuples et aux prétentions « des dynasties légitimes , en prenant une « épouse parmi ces dernières, diminuera , au « lieu d'augmenter , votre considération aux « yeux de l'Europe. Chacun verra qu'il manque « quelque chose à vos droits, à votre dignité, << et que vous cherchez à y suppléer en emprun<< tant d'une autre famille l'éclat et la consis(( tance que vous ne pouvez trouver ni dans les « suffrages du peuple Français, ni dans une « longue série de triomphes: Dès lors c'est fait « de vous et de ce qu'il vous plaît d'appeler << votre dynastie. Croyez-en une femme que << vous avez trop maltraitée, pour qu'elle s'a« veugle sur votre sort, ou qu'elle ménage votre << vanité. Hélas ! les Français ne sauront pas « << que je n'ai jamais aimé le rang dont vous me «« faites descendre; que j'ai long-temps refusé « de me prêter à la cérémonie de mon couron« nement; que je n'y aurais jamais consenti , « sans la promesse, non encore réalisée, de « donner à mon fils un sort brillant , perspec

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& tive qui me séduisit, m'enivra, et à laquelle « je sacrifiai les suggestions de mon bon sens, « de mon instinct et de tous mes pressenti« mens. Si vous accomplissez vos sermens « pour ce qui concerne mon fils, je ne mets « alors plus d'obstacles à vos projets. »

Napoléon promit tout, il fit proposer au Prince Primat de la Confédération du Rhin le titre de grand Duc de Francfort, s'il adoptait Eugène de Beauharnais. Le Prince Primat ayant mis pour conditions

que son neveu serait fait duc Dalberg, recevrait une dotation hors de France, et en outre deux millions de francs sur le trésor de l'État, tout fut convenu, accordé de part et d'autre, de sorte que Joséphine déchira le certificat qui établissait la bénédiction nuptiale de son mariage avec Napoléon. Fesch fut seul puni de sa complaisance; car il perdit l'expectative à la succession souyeraine du Prince Primat. La paix étant ainsi rétablie entre Joséphine et Napoléon, ils discutèrent froidement les moyens à employer pour proclamer ce divorce arrêté.

On convint que Buonaparte annoncerait sa détermination dans une assemblée générale de la maison soi-disant impériale, que Josephine

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donnerait son adhésion , et l'indécence fut poussée au point qu'Eugène de Beauharnais dut ne paraître au Sénat que pour y applaudir à la répudiation de sa mère.

Le lecteur nous saura gré de lui soumettre le procès-verbal de cette fameuse assemblée de famille, ainsi

que

celui de la séance du Sénat quidécréta sans désemparer la rupture du mariage de Napoléon Buonaparte avec Joséphine Tascher de la Pagerie.

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« L'an 1809, et le 156. jour de décembre, à 9 heures du soir, Nous Jean-Jacques-Régis Cambacérès, prince archi-chancelier de l’Empire, duc de Parme, exerçant les fonctions qui nous sont attribuées par le titre II, art. 14 du statut de la famille impériale et en vertu des ordres qui nous ont été adressés

par

S. M. l'Empereur et Roi, dans sa lettre close, en date de ce jour, dont la teneur suit :

« Mon cousin, notre intention est que vous « vous rendiez, aujourd'hui 15 décembre, à 9

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« heures du soir, dans notre grand (1) cabinet << du palais des Tuileries, assisté du secrétaire « de l'état civil de notre famille impériale, pour « y recevoir de notre part et de celle de l'Im« pératrice, notre chère épouse, une commu« nication de grande importance. A cet effet, « nous avons ordonné que la présente lettre « close vous soit expédiée. Sur ce, nous prions « Dieu, qu'il vous ait, mon cousin, en sa « sainte et digne garde. A Paris, le 15 décem« bre 1809. » Et au dos est écrit:Anotre cousin « le prince archi-chancelier, duc de Parme. »

« Nous nous sommes rendus dans la salle du trône, au palais des Tuileries , assistés de Michel-Louis-Etienne Regnault de Saint-Jean d'Angely, comte de l’Empire, ministre d'Etat, secrétaire de l'état de la famille Impériale.

«Un quart d'heure après nous avons été in

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(1) Buonaparte voulait du grand partout. Son affectation d'être grand trahissait sa petitesse, comme son affectation d'être simple trahissait son orgueil. La satire même n'eût pu mieux inventer que la flatterie, quand elle créa pour lui ce mot de grandes pensées , car cet homme pensait toujours plus haut que lui. Toutefois on ne vit rien de grand dans ce personna ge, que la bassesse des autres.

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