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vador, page 88 : «Le Romain Pilate signa l'arrêt ; » car il veut toujours qué Pilate n'ait fait que signer l'arrêt qu'il suppose avoir été rendu par le Sanhedrin ; mais il se trompe. Pilate ne se borna pas à signer, il écrivit, il rédigea l'arrêt; critiqué dans sa rédaction, il la maintint ce que j'ai écrit, restera écrit. Voilà donc la vraie cause de la condamnation de Jésus! Nous en avons ici la preuve judiciaire et légale. Jésus fut victime d'une accusation politique ; il a péri pour le crime imaginaire d'avoir voulu attenter au pouvoir de César, en se disant Roi des Juifs! Accusation absurde, à laquelle Pilate n'a jamais cru, à laquelle les princes des prêtres et les Pharisiens ne croyaient pas eux-inêmes; car ils ne s'en étaient point autorisés pour arrêter Jésus; il n'en avait point été question chez le grandprêtre; c'est une accusation nouvelle et toute différente de celle qu'ils avaient d'abord méditée; une accusation improvisée chez Pilate, quand ils virent qu'il était peu touché de leur zèle religieux, et qu'ils crurent nécessaire d'exciter son zèle pour César.

<«<Reprenons maintenant la question telle que je l'ai acceptée dans l'origine. N'est-il pas évident, contre la conclusion de M. Salvador, que Jésus, même considéré comme simple citoyen, ne fut jugé ni d'après les lois, ni d'après les formes existantes? Dieu, dans ses desseins éternels, a pu permettre que le juste succombât sous la malice des hommes; mais il a voulu du moins que ce fût en offensant toutes les lois, en blessant toutes les règles établies, afin que le mépris absolu des formes demeurât comme premier indice de la violation du droit. >>>

› Cet article est devenu plus long que nous ne nous l'étions proposé. Nos lecteurs penseront sans doute, comme nous, que quelque affligeant qu'il soit de voir des hommes consacrer leurs veilles à refaire, en quelque sorte, le procès de notre Seigneur Jésus-Christ, le livre de M. Salvador n'est pas un mal, puisqu'il a été suivi d'une Réfutation aussi complète, et qu'il a donné à M. Dupin l'occasion de prouver sans réplique que ce qu'on nomme le Jugement de Jésus-Christ, est moins un Jugement environné des formes légales, qu'une véritable passion, une souffrance prolongée. Nous ne nous joindrons, du reste, pas à M. l'Évêque de Chartres, qui s'écrie, à propos de l'ouvrage de M. Salvador, dans sa dernière Instruction pastorale sur les progrès de l'impiété : « La Charte a-t-elle donc quelque

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«< chose de sérieux? peut-on dire qu'elle appuie et favorise la religion des chrétiens, si elle permet qu'on remplisse leur « âme d'une douleur inexplicable en outrageant ce que leur « foi a de plus saint et de plus intime?» Nous pensons, au contraire, qu'elle est bien sérieuse cette déclaration de la Charte: «Chacun professe sa religion avec une égale liberté, » le protestant comme le catholique, le juif comme le chrétien; et nous sommes convaincus que la cause de la vérité ne peut être plus utilement servie, que par des discussions entièrement libres. C'est le choc qui produit l'étincelle, et qui sait combien le feu qui en provient peut éclairer d'esprits et réchauffer de cœurs?

MANUEL pour faciliter l'étude de l'Ecriture Sainte, par J.-R. HUBER ; traduit d l'allemand. 1 vol. in-12 de 248 pages. Paris, '1829, chez H. SERVIER. Prix: 2 fr.

d'un

C'est une bonne nouvelle à donner à ceux qui connaissent et qui aiment la Bible, que de leur annoncer un ouvrage destiné à leur en faciliter l'étude, c'est-à-dire à la leur faire encore mieux connaître et encore mieux aimer. Que de degrés de connaissance et de jouissance entre ceux qui viennent puiser à cette source intarissable de lumière et de félicité, et qui ont commencé à comprendre que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu! Et, autre côté, combien de personnes qui lisent habituellement et même journellement la Bible, comme pour accomplir une tâche qu'elles se sont imposée, comme pour s'acquitter d'un devoir, mais pour qui ce saint livre est encore fermé, pour qui il n'est encore que la lettre qui tue, parce que l'Esprit qui vivifie ne leur a pas encore été donné! L'homme naturel, celui qui n'est pas né de nouveau par la puissance de l'Esprit, peut lire la Bible avec une certaine édification, et même avec un certain plaisir ; il voit des préceptes dont il reconnaît la beauté et la sainteté, des exemples qui le charment et l'étonnent; il est frappé de la grandeur des images et des expressions; mais tout cela reste en dehors de lui : c'est un magnifique édifice

qu'il admire un moment, tout en se permettant d'en critiquer plusieurs parties; ce n'est pas pour lui la maison paternelle, dont l'aspect nous émeut et nous enchante, dont chaque chambre et, en quelque sorte, chaque pierre, réveille en nous des souvenirs pleins de jouissance et de douceur. L'homme naturel lit la Bible, le chrétien s'en nourrit. Le premier vit de pain, il veut rassasier son âme immortelle avec des objets qui ne durent qu'un jour; il demande à la fortune, aux plaisirs, à des créatures périssables de remplir ce cœur que Dieu ne veut posséder que parce qu'il sait que lui seul peut le satisfaire. Le chrétien vit de toute parole qui sort de la bouche de Dieu : plus il lit la Bible, plus il éprouve le besoin de la lire encore ; plus il étudie ce précieux volume, plus il sent qu'il est loin de le connaître à fond, plus il désespère de le connaître jamais assez, Et ce n'est pas là une vaine supposition, une phrase oratoire; non, c'est un fait, et de nombreux exemples viennent à l'appui de ce que nous venons d'avancer. -Voyez Thomas Scott, cet infatigable commentateur de la Bible: il nous raconte luimême que, dans les premiers temps de sa conversion, et lorsque Dieu allumait le flambeau qui devait servir entre ses mains à éclairer tant d'esprits et à réchauffer tant de cœurs, il étudiait le Nouveau-Testament, dans l'original et dans plusieurs traductions, avec tant de soin et de scrupule, qu'il passait trois heures sur chaque chapitre. Plus tard nous le voyons élever le monument admirable de son érudition et de sa piété, ce commentaire complet de la Bible qui a produit tant de bien en Angleterre et en Amérique, et qui a commencé à être aussi donné à la France. Scott ne se lasse pas de le revoir et de le corriger, et il couvre ses marges de nombreux parallèles qui lui coûtent sept années de travail. Si jamais homme a pucroire connaître assez la Bible, si jamais, nous osons à peine prononcer de telles paroles, si jamais homme a pu être fatigué de l'étudier et de la lire, c'est sans doute après de si immenses travaux, et cependant une dame qui avait passé quelques mois sous le toit de cet homme vénérable, raconte que lorsqu'il venait un moment se délasser de ses études au milieu de sa famille, il s'approchait de la table où reposait toujours la Bible, et en ex

pliquait quelques passages, pour son propre plaisir et pour l'édification de ses enfans et de ses amis.

La nature et la Bible sont les ouvrages du même Dieu; elles portent toutes deux son empreinte inimitable; on voit briller en toutes deux le même caractère d'unité et de diversité. Dans l'une comme dans l'autre que de simplicité dans le plan, que de variété dans l'exécution et dans les détails! L'homme, dans ses œuvres, ne sait s'adresser qu'à une seule classe d'individus ; il fait un ouvrage pour les savarts, et le peuple n'y trouve rien. qui lui convienne; il parle aux ignorans, et les hommes éclairés ne peuvent parcourir son livre sans dégoût. Il n'en est pas ainsi de la création de Dieu, ni du livre de Dieu; il s'adresse en même temps à tous les rangs, à tous les âges, aux hommes de tous les pays et de tous les siècles; il parle au cœur de tous, il répond aux besoins de tous : Dieu ouvre sa main, il rassasie à souhait toutes ses créatures. Comment ne serait-on pas frappé de ce rapport entre l'œuvre de Dieu et la Parole de Dieu? Comment n'y verrait-on pas une nouvelle preuve que toutes deux viennent également de lui, et ne peuvent venir que de. lui? Le paysan jouit comme le savant de la lumière du soleil, et de la chaleur de ses rayons; il sait aussi bien que lui l'effet qu'il produit sur les plantes, et lui abandonne sans envie le plaisir de calculer sa distance et sa grandeur : il en est de même du Soleil de justice qui porte la santé dans ses rayons. L'ignorant voit la gloire de Jésus dans la Bible aussi bien, et souvent, hélas! bien mieux que le savant; il sent la misère et la corruption na turelles de son cœur ; il se jette avec joie entre les bras de Celui qui est venu chercher et sauver ce qui était perdu ; il jouit avec reconnaissance de ce qu'il lui est donné de comprendre dans la Bible, et sachant que tout ce qui est nécessaire pour le salut est mis à la portée des enfans et des petits, il se console de ce que le manque d'instruction et les devoirs de sa profession ne.. lui permettent pas de se livrer à de plus savantes recherches, qui sont une source de plaisirs purs pour ceux qui s'y livrent avec simplicité de cœur.

Le livre que nous annonçons aujourd'hui, et dont ces réflexions nous ont un peu éloigné, parce qu'il est difficile de

s'arrêter dans un pareil sujet, n'est pas destiné aux savans, qui ont fait de la Bible l'objet de leurs études; il ne leur apprendrait que ce qu'ils savent déjà; et, bien qu'ils eussent peut-être du plaisir à y trouver un résumé simple et clair de leurs recherches, c'est surtout aux personnes moins instruites que nous recommandons cet ouvrage, composé en allemand, il y a plusieurs années, par un respectable pasteur de l'Église de Bâle, et qui vient d'être traduit avec exactitude et simplicité. Elles trouveront dans ce petit volume, qui est à la portée de toutes les intelligences, un fil qui les guidera dans l'étude de la Parole de Dieu, et leur y fera trouver plus de profit et par conséquent plus de plaisir. Le plan de cet ouvrage est extrêmement simple à la suite de réflexions générales sur la Bible, sur son ancienneté, sur son authenticité, et sur les soins miraculeux de la Providence pour la conservation de ce précieux trésor, l'auteur examine successivement tous les livres de la Bible, et joint à des extraits de ce qu'ils contiennent, des détails intéressans sur leurs auteurs et sur l'époque à laquelle ils ont été écrits, et d'excellentes réflexions sur les leçons pratiques qu'ils nous donnent. Ces notices nous ont paru surtout extrêmement précieuses pour les livres prophétiques de l'Ancien Testament, et pour les Épîtres contenues dans le Nouveau. On se fait une idée assez nette des livres historiques, parce qu'il y a là des événemens qui servent de points d'appui ; mais il n'en est pas de même des livres de prophéties et de doctrine, qui ne nous présentent point de relation suivie, dont les exhortations et les préceptes n'ont point de liaison bien marquée, et qui laissent dans la tête de beaucoup de personnes qui lisent habituellement la Bible, une idée d'autant plus vague qu'elles ne prennent pas un livre de suite, ou n'en lisent qu'un chapitre à la fois. Il est bon, sans doute, de lire la Parole de Dieu avec recueillement et avec lenteur, et d'en faire plus souvent un sujet de méditation qu'une simple lecture; mais il ne faut pas se borner à une seule manière de lire la Bible, et nous comprendrions mieux les différens livres qui la composent, si nous les lisions plus souvent d'un bout à l'autre, en cherchant à en saisir l'ensemble, et en réservant pour d'autres momens l'examen des

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