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CHAPITRE TREIZIÈME.

ARRIVÉE de M. le comte d'Artois, de M. le duc d'Orléans,
du maréchal duc de Tarente à Lyon. Cette ville sans
munitions, sans armes. — Bonnes dispositions des habitans
et de la garde nationale. Mauvaises dispositions des
troupes. Préparatifs de défense. Approches de Buona-
parte. Défection de la garnison.
et du Maréchal.
Entrée de Buonaparte.
Sa marche sur Paris.

Retraite des Princes
Comment il

est reçu à Lyon.

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La ville de Lyon avait vu tomber ses fortifica

tions sous le marteau révolutionnaire, à la suite du siége qu'elle soutint en 1793. Elle était ouverte de toute part comme en 1814; elle était sans arse→ nal et ne possédait pas une bouche à feu, point de magasins militaires, point d'autres munitions que cinquante mille cartouches. Les contrôles de sa garde nationale présentaient à peine un effectif de 6000 hommes, dont 2000 au plus étaient habillés et équipés. De plus de 8000 fusils qui lui avaient été distribués l'année précédente, 6000 avaient été retirés depuis peu par le gouvernement; et encore, sur 2300 qui lui restaient, 700 étaient en réparations. La garnison n'était enfin composée que du 13. de dragons et du 24. d'infanterie de ligne.

- La ville de Lyon était dans ce dénuement, lorsque le 4 mars, à quatre heures après midi, le comte de Chabrol, préfet, reçut par un courrier extraordinaire du marquis de Bouthiller, l'avis du fatal débarquement et de la direction qu'avait prise Buonaparte sur Gap et Grenoble. Cet habile administrateur conçut à l'instant même le seul plan qui pût sauver la France, celui de la défendre dans Grenoble en y portant des forces avec la rapidité de l'éclair,

Toutefois il commença par adresser au gouvernement une dépêche télégraphique, contenant communication de la nouvelle inattendue donnée par le préfet du Var.

En même temps il se rendit chez le lieutenantgénéral Brayer qui commandait la 1.re subdivision de la 19. division militaire.

e

Il y trouva le colonel Mathieu, chef de l'étatmajor de la division, et le colonel Dard, du 13.a de dragons.

Le calme, le sang froid avec lequel le général Brayer reçut une si importante communication, dut frapper le comte de Chabrol.

Le colonel Mathieu montra de l'agitation, et tout en disant qu'on se battrait, fit des plaintes sur ce que les fils des militaires étaient exclus, disait-il, des écoles de l'armée.

Le colonel Dard parut profondément ému, versa même des larmes sur le sort de la France,

et déclara qu'il ne pouvait répondre de son régi

ment.

:

Le préfet ne laissa pas de présenter le plan qu'il avait conçu c'était, d'une part, d'envoyer sur l'heure un courrier à Grenoble, pour y requérir la plus prompte expédition de quelques bouches à feu et de quelques munitions; c'était, d'autre part, de faire marcher à l'instant, sur la même ville, le 13. régiment de dragons, sans l'informer du but de l'expédition, et 800 hommes de la garde nationale en poste ; c'était enfin de faire distribuer à la garde nationale et à la troupe de ligne, les cinquante mille cartouches qui existaient à Lyon.

Lorsque l'esprit est frappé de quelque grande calamité, il se replie par un retour involontaire sur les circonstances qui l'ont précédée et sur les moyens qui eussent pu en prévenir l'explosion. On s'est généralement persuadé que si un tel plan avait été adopté, cette seule démonstration eût pu contenir le soldat qui, à Grenoble, était encore irrésolu, et que la garde nationale de cette ville, en général bien disposée, eût suffi pour défendre ses remparts, si elle eût été soutenue par celle de Lyon.

Mais, comme si le général Brayer eût voulu perdre un temps précieux à attendre de lointaines instructions, il refusa de requérir des armes et de faire marcher des forces hors de sa division, sous.

prétexte qu'il n'y était pas autorisé, et se borna à demander ses ordres au ministre de la guerre. il ajouta qu'il allait d'ailleurs requérir pour renfort le 20. de ligne qui se trouvait stationné à Montbrison, et qu'au surplus il ferait distribuer les cartouches. En vain le préfet lui représenta-til que lorsqu'un édifice est menacé d'un grand incendie, on n'attend ni les clefs ni la permission du voisin pour s'introduire chez lui, et que dans une circonstance aussi extraordinaire, tout devait céder à la loi suprême du salut de l'état; vainenient encore s'opposa-t-il à l'arrivée du 20., à moins qu'on ne s'assurât d'une manière certaine de sa fidélité, le général Brayer demeura inflexible dans sa première résolution.

Le comte de Chabrol était outré. Il se retira pour requérir, sur-le-champ et par écrit, l'exécution des diverses mesures qu'il avait proposées. Le général Brayer, sans faire aucune réponse écrite, lui envoya son chef d'état-major, qui répéta les mèmes refus et reproduisit les mêmes prétextes contre lesquels le préfet n'avait cessé de s'élever pendant leur entrevue.

Engagé dans une position si difficile, le préfet crut prudent de dissimuler au public et à l'armée la nouvelle reçue, dans la crainte qu'elle ne donnât lieu à quelque sédition qu'il n'était pas en mesure de réprimer, et dont l'exemple pourrait devenir funeste.

Ce point fut accordé par le général Brayer et par les deux colonels, qui tinrent parole.

Le lendemain cinq mars, dès huit heures du matin, il demanda au ministre de la guerre, par le télégraphe, les autorisations qu'exigeait le général Brayer.

Aucune réponse n'étant arrivée à deux heures après midi, il renouvela ses demandes par la même voie.

Il réorganisa le service des estafettes, et en expédia plusieurs chaque jour, soit à Paris soit dans le midi, pour tenir les autorités, et sur-tout le gouvernement, informé de ce qui se passait à Lyon et des nouvelles qui y parvenaient.

Il expédia un courrier à Grenoble au général Marchand et au préfet, pour requérir en son nom, et dans l'attente de l'approbation demandée au ministre de la guerre, les armes et les munitions qui lui étaient nécessaires.

Enfin, il demanda au gouvernement par un autre courrier, qu'un personnage important, capable d'imposer aux troupes et de les contenir, tel, par exemple, que le maréchal Soult, vînt prendre le commandement.

Pendant toute cette journée, la fatale nouvelle ne transpira point encore dans le public: elle ne fut connue que le lendemain par les lettres du

commerce.

Le lundi six, arriva enfin de Paris une dépêche

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