Page images
PDF
EPUB

par

Unis pour mettre un terme à la profanation du jour du repos. Les personnes qui en sont membres s'engagent, entre autres choses, à ne pas voyager le dimanche, excepté dans les cas de nécessité, et à ne se servir, autant que possible, que des voitures publiques et des bateaux à vapeur qui interrompent leur service ce jour-là. Une Société générale vient d'être organisée dans le même but à New-York; elle se compose d'amis de la religion et de la morale de toutes les dénominations. Considérant que les armes du chrétien ne sont pas charnelles, mais spirituelles, la nouvelle Société n'emploiera, pour arriver à ses fins, d'autre influence que celle de l'exemple personnel et de la persuasion, en en appelant aux déclarations de la Parole de Dieu, aux lois du pays et à la conscience des chrétiens. Une autre mesure relative à la sanctification du dimanche a été prise par un grand nombre d'habitans de New-York. Ils ont adressé au Congrès une pétition au sujet du service des postes et de la distribution des lettres et paquets le jour du repos. Ils y rappellent qu'il y a quatorze ans, cent vingt-sept pétitions semblables lui furent adressées des citoyens de différens États de l'Union. Ces pétitions furent renvoyées au directeur général des postes, qui n'introduisit à ce sujet aucun changement dans son administration; et en effet la question paraît trop importante pour qu'elle puisse être résolue sans le concours direct du Congrès. Les pétitionnaires représenteut que tant que le service des postes ne sera pas légalement interrompu le dimanche, les voyages continueront à être nombreux ce jour-là, les bureaux de poste seront ouverts, les cabinets de lecture fréquentés, les imprimeries actives, enfin que toutes les personnes qui exercent des états qui se rattachent de quelque manière à ce service, seront empêchées par leurs occupations temporelles de sanctifier dûment le dimanche. En peu de jours cette pétition a été revêtue de près de sept mille signatures, et elle a été portée à Washington par une députation spéciale. Des pétitions relatives au même objet se préparent à Boston et dans un grand nombre d'autres villes des États-Unis. On suppose que, pendant la durée de la session, il en sera remis plus de cinq cents, portant la signature de plus de cent mille citoyens; et l'on assure que des millions d'autres en demanderont le succès par leurs prières et leurs vœux. Il paraît que, pour éviter de rien résoudre, un certain nombre de membres du Congrès voudraient, comme en 1814, renvoyer ces pétitions au directeur général des postes; ses sentimens sont, il est vrai, favorables à la demande des pétitionnaires, mais il ne serait pas enclin à prendre sur lui la responsabilité de recommander au Congrès une mesure aussi sérieuse. C'est, à ce que pensent les pétitionnaires, au Congrès seul à prononcer, et des lettres ont été écrites à plusieurs membres par leurs constituans pour leur faire connaître leurs désirs à cet égard. On a publié en peu de jours un grand nombre d'ouvrages et de brochures sur la sanctification du dimanche. Des efforts ont en même temps lieu en sens contraire. Une réu

nion s'est tenue, vers la fin de décembre, à Rochester, pour s'opposer au succès des pétitions; mais, même dans cette assemblée, les résolutions prises se ressentent de cet esprit religieux qui domine aux États-Unis. Dans la première on déclare considérer comme le devoir de tout citoyen de s'abstenir le dimanche de tout travail servile, en n'admettant d'exception que quand l'accomplissement de ce devoir pourrait porter préjudice aux droits d'autrui, et le service des postes est classé parmi les cas exceptionnels. Le New-York Observer fait observer, au contraire, que tant que le service des postes ne sera pas interrompu légalement, sept mille six cent cinquante et un maîtres de poste seront forcés de tenir leurs bureaux ouverts pendant une partie du dimanche; que deux à trois mille conducteurs de voitures publiques, autant d'aubergistes et de garçons d'auberge, seront empêchés d'assister au culte public; que mille congrégations chrétiennes et beaucoup de milliers de familles seront troublées dans leurs dévotions par le bruit et la confusion des voifures, etc., et tout cela dans le seul but de recevoir les lettres le dimanche, et de pouvoir, ce jour-là, occuper son esprit de choses dont Dieu veut qu'il ne soit pas occupé pendant le jour qu'il s'est réservé. Le New-York Observer ajoute qu'à Londres, où il y a un million deux cent mille habitans, et où les affaires sont si importantes, la fermeture des bureaux de poste le dimanche se concilie parfaitement avec une grande prospérité publique. Quel que soit le résultat des efforts des chrétiens des États-Unis, nous ne pouvons que nous réjouir de la vie spirituelle dont ils sont la preuve, et nous serions heureux de voir le dimanche tellement sanctifié en France que l'abus contre lequel ils s'élèvent, et qui existe aussi chez nous, contrastât avec l'emploi général de ce saint jour.

On trouve dans

CANADA. Opposition à la distribution de la Bible. le Bas-Canada un grand nombre de descendans d'anciens colons français, qui paraissent y être venus autrefois de la Normandie. Ils demeurent surtout sur la rive septentrionale du fleuve Saint-Laurent, depuis Montréal jusqu'à Québec. Ils ont conservé la langue de leur mère-patrie. Les lois civiles qui les régissent sont les coutumes de Paris antérieures à l'an 1666. Ils professent la religion catholique, et y paraissent très attachés. Un ecclésiastique anglais, M. Lusher, qui a passé quelque temps parmi eux, assure que leurs prêtres sont animés contre la lecture de l'Écriture sainte des mêmes préventions que les membres du clergé catholique en Europe; ils détournent le peuple de lire la Bible, et on en a vu quelquefois brûler les exemplaires qu'ils pouvaient retirer des mains de leurs paroissiens. M. Lusher, possédant un certain nombre de Bibles et de Nouveaux-Testamens français, demanda à l'archevêque de Québec, dans une audience qu'il en obtint, la permission de les distribuer. Il lui avait envoyé d'avance un Nouveau-Testament catholique, de la version de Sacy, et une Bible entière, de la versión d'Ostervald, pour les exa

miner. L'archevêque le reçut ainsi qu'un ministre de l'Église indépendante, qui voyageait avec lui, entouré de son clergé; mais tout en rendant justice à l'élégance et à l'exactitude de la version de Sacy, il déclara ne pouvoir approuver la distribution générale de la Bible, parce qu'il était dangereux de permettre aux fidèles d'examiner eux-mêmes quelles doctrines y sont révélées et quels devoirs y sont prescrits. Il ajouta qu'il ne pourrait autoriser la distribution du volume sacré, que s'il était accompagné de notes tirées des écrits des saints Pères, et conformes à la tradition de l'Église, qui prévinssent toute fausse et dangereuse interprétation. M. Lusher a en conséquence dû se borner à répandre la Bible dans le Canada sans l'appui du clergé catholique; peu importe que les hommes favorisent sa distribution ou s'y opposent, pourvu qu'elle ait lieu.

GRECE.-Le docteur Bialloblotzky, d'abord répétiteur de la faculté de théologie, puis pasteur-adjoint de l'Église de Saint-Jacob, à Goettingue, qui a été forcé, en 1827, par l'autorité supérieure, de se démettre de ses fonctions, à cause des réunions d'édification qu'il avait établies, et qui s'est ensuite attaché à la Société des missions Wesleyennes de Londres, vient de partir pour Zante, en qualité de missionnaire. Il se propose de s'occuper particulièrement de la théologie des Grecs, de leur faire connaître, par des publications nouvelles, les Pères de leur Église, dont les œuvres leur sont tout-à-fait inconnues, et de traduire en grec moderne quelques-uns des meilleurs ouvrages allemands, entre autres l'excellente Histoire ecclésiastique du professeur Néander. C'est ainsi que les obstacles dans un pays à l'on oppose que la prédication de l'Évangile, servent ordinairement à ce que la Parole du Seigneur se répande dans un autre par le ministère de ceux qu'on voulait empêcher de l'annoncer dans leur patrie.

PORTUGAL.Le patriarche de Lisbonne vient de publier un mandementqui montre avec quelle rigueur le clergé exige en Portugal l'observation du carême. En voici les dispositions principales : Toutes les boucheries du Portugal, à l'exception de trois, seront fermées pendant tout le carême ; il ne sera vendu de la viande que pour les malades, et sur le vu d'une ordonnance d'un médecin. L'achat de la bulle devient obligatoire pour tous les Portugais. Des visites domiciliaires auront lieu dans toutes les maisons pour s'assurer que cette obligation a été remplie. Chaque fois qu'un agent de la police en exigera l'exhibition, on sera tenu d'y déférer, sous peine d'arrestation.

PRUSSE.—Instruction des Juifs dans le christianisme.— Un grand nombre de Juifs du grand duché de Posen viennent depuis quelque temps à Berlin, pour s'y faire instruire dans le christianisme; la plupart d'entre eux ont, pour la première fois, été rendus attentifs à l'Évangile de.

Jésus-Christ par les missionnaires Haendes et Ball, que la Société prussienne pour la conversion des Juifs a envoyés dans leur pays natal. Après le départ des missionnaires des endroits où ces prosélytes demeurent, ceux-ci, privés de tout rapport religieux, et sentant cependant le besoin de connaître mieux cette doctrine de salut qu'ils ont entendu prêcher, se décident souvent à chercher au loin une instruction plus complète, et choisissent naturellement Berlin pour leur nouveau séjour, parce qu'ils savent que c'est en Allemagne le point central, d'où partent les efforts pour amener Israël à la connaissance du Messie. Le Comité de la Société, considérant le grand nombre de Juifs qui désirent être instruits, et la difficulté qu'il y a pour eux à l'être par les pasteurs ordinaires, dont les fonctions sont déjà si multipliées, a sollicité de S. M. le roi de Prusse, et en a obtenu l'autorisation de créer une place de pasteur spécial pour les Juifs. Il prêchera tous les dimanches pour eux, les admettra à des réunions de lecture de la Bible, et établira une école pour leurs enfans. Les magistrats de la ville ont accordé l'église de l'hôpital du Saint-Esprit pour ces divers exercices.

- Conventicule à Iserlohn.—On voit à Iserlohn, ville de fabrique du comté de la Marche, comme dans presque toutes les villes commerçantes, un grand nombre d'hommes qui ne connaissent pas de devoirs plus élevés que celui de gagner de l'argent, pas de joies plus nobles que les jouissances matérielles. Les ouvriers y peuvent gagner facilement assez d'argent, et ils résistent rarement aux tentations multipliées qui s'offrent à eux de le dépenser aussi vite qu'ils l'ont gagné. Le penchant au mal se développe ainsi d'une manière effrayante, et ceux qu'aucun avertissement ne vient arrêter dans cette dangereuse carrière, deviennent enfin étrangers aux pensées et aux sentimens religieux. Il y a environ deux ans qu'un prosélyte nommé B*** arriva dans cette ville; il était parvenu au christianisme à travers beaucoup d'obstacles et de persécutions, et par cette raison-là même il l'aimait d'un amour que ne connaissent point la plupart de ceux qui sont nés dans les Églises chrétiennes. Il travaillait dans une manufacture, et il vit et entendit parmi les autres ouvriers bien des choses qui lui inspirèrent le désir de parvenir à exercer quel→ que influence sur eux. Il les engagea à venir chez lui après souper, pour s'appliquer sous sa direction à l'écriture et à l'arithmétique, et il ne leur demanda aucune rétribution. Il y en eut plusieurs qui acceptèrent sa proposition, et B*** profita de cette occasion pour lire tous les soirs quelques chapitres de la Bible avant la leçon d'écriture et de calcul. Tel fut le commencement du conventicule qui existe encore à Iserlohn. Il n'y vint d'abord que des jeunes gens, mais il se joignit peu à peu à ce petit noyau des hommes faits qui ne venaient pas pour écrire et pour calculer, mais pour entendre la lecture de la Bible, qui devint ainsi, au bout de peu de temps, le seul but de la réunion. Les autorités eurent alors les yeux sur le conventicule. Mais bientôt la plupart des habitans d'Iserlohn, non

contens de manifester l'aversion la plus marquée pour ces réunions, travaillèrent à les empêcher. Elles furent représentées sous le jour le plus faux, et tournées en ridicule dans un article de l'Indicateur de Westphalie, et cet article fut général ement attribué à un habitant d'Iserlohn. Les fabricans qui avaient donné de l'ouvrage au prosélyte B*** le lui retirèrent, et la police exigea qu'il justifiât de ses moyens d'existence, ou qu'il quittât la ville. On venait de lui enlever les moyens de travailler, et il aurait probablement été obligé de céder à la haine excitée contre lui, si un riche marchand, qui se fait un honneur et une joie de se déclarer disciple de Christ, n'avait pris cet opprimé à son service, et ne l'avait ainsi soustrait à la persécution. Les réunions qui furent soumises à divers réglemens de police durent encore, et elles sont bénies de Dieu. Plusieurs des habitans les plus considérés de la ville ne se montrent plus aussi prévenus contre elles, tandis que d'autres manifestent toujours la même haine et la même opposition. Les amis de l'Évangile ont lu avec peine les observations qu'a faites en passant, mais évidemment avec intention, sur les conventicules, la Société Biblique d'Iserlohn dans son treizième rapport qui vient de paraître. Après avoir recommandé de lire la Bible dans les dévotions domestiques, on ajoute, page 12: « On satisfera ainsi à un besoin qui se fait sentir, d'une manière plus convenable que dans ces conventicules qui nous paraissent un moyen-terme superflu et même nuisible entre les dévotions domestiques et celles de l'Église, et sur lesquels nous ne voulons pas nous permettre de porter un jugement plus étendu dans cette occasion. » L'auteur appelle plus bas ces conventicules une « extension contre nature » du culte domestique, tout en ajoutant bientôt après, qu'il va sans dire que «l'ami de la maison » peut se joindre à ce culte ; et il se contredit ainsi manifestement, puisque les conventicules, qu'il traite si mal, ne sont, à prement parler, que le culte domestique auquel des amis viennent prendre part; car il ne voudrait sûrement pas déterminer, à la rigueur, quel doit être le nombre de ces amis. Il nous semble aussi que l'auteur n'a pas réfléchi qu'il y a à Iserlohn comme ailleurs, des hommes, et même des pères de famille qui ne savent pas lire du tout, ou du moins qui ne lisent pas assez bien pour diriger le culte domestique dans leurs maisons. Il faut aussi considérer que l'expérience a démontré que les réunions qu'on attaque ainsi ont souvent amené le rétablissement du culte domestique, ce qui n'est guère arrivé par l'effet des seules recommandations des rapports de Sociétés Bibliques. Et enfin il Ꭹ a dan's Leaucoup de familles moudaines, qui ne veulent pas entendre parler du culte domestique, des individus qui s'appliquent de tout leur cœur à la seule chose nécessaire, et qui se réjouissent de trouver l'occasion de nourrir leur piété dans des réunions d'amis chrétiens. On doit s'étonner qu'une Société Biblique, qui devrait voir avec joie la Bible se répandre de plus en plus et être toujours mieux appréciée, puisse regarder comme

pro

« PreviousContinue »