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l'esprit lyonnais dans tous les temps, ot a les dues de la vie. En naissant dans la paufait appeler la cité la ville des aumones vreté, le petit enfont trouve des mères adopsomme ses combats sanglants soutenus pour tives qui soignent son jeune âge, qui coula foi dans les premiers siècles de l'Eglise, vrent ses membres délicats, qui lui assurent l'ont fait appeler la ville des martyrs : no- le lait maternel avec une tenurese sans égale. ble héritage que les générations qui meu- S'il est le fruit de la honte et du crimé, inrent lèguent aux généralions qui leur sur- nocent de la faute de sa mère, il trouve des vivent. La charité est un arbre implanté sur parents adoptifs dans les administrateurs le sol lyonnais dès l'origine du christia - des hôpitaux. A mesure qu'il grandit, si nisme, et arrosé par le sang de ses ancêtres. d'incurables infirmilés l'empêchent de subUn orateur sacré, témoin des prodiges en- venir par le travail de ses bras à sa fantés par cet esprit de bienfaisance et de triste existence, un asile lui est ouvert, d'aucompassion pour les malheureur, appelait tres travaillent pour lui, il emploie les faLyon la terre classique de la charité chré- cultés de son coeur à bénir les mains qui le lienne.

nourrissent. Est-il orphelin? il ne le scra Avant nos troubles révolutionnaires qu’un moment, il trouvera une nombreuse Lyon renfermait une foule de monastères famille d'etres aussi malbeureur que lui, et de couvents habités par de pieux person- qu'il appellera ses frères, il ne sera pas nages qui répondaient dans le sein des pau- étranger pour cela à la sociéié, on le disposera vres les trésors que la générosité de leurs par le travail et par un esprit religieux à concitoyens avail confiés à leur prudence et rendre un jour des services à la patrie. Est-il à leur sage discrétion. C'était à ces sources vicieux ? le monde le repousse, mais la rcfécondes que la veuve et l'orphelin allaient ligion lui ouvre son sein, lui adresse de douavec assurance puiser des secours abondants ces paroles, le courbe doucement et patiemau moment de la détresse, et des consola- ment sous le joug de la vertu. Arrive-t-il à tions dans leurs misères. La révolution, en cet age où il veut prendre place dans les sodétruisant ces pieux asiles, dissipa d'un ciétés ? des honimes charitables aplaniront seul coup une partie du patrimoine des pau- les difficultés qui s'oposent à son mariage. vres. Mais la foi ne périt pas, et à peine la

Est-il malade ? on viendra le soigner, le soulempêle fut-elle apaisée, que cette foi tou- lager, le consoler, l'encourager. Manque-t-il jours ardente, toujours active, enfanta de de pain? un ange de la terre, sous la forme nouveauı proiliges de charité, qui chaque d'une femme, viendra lui apporter le pain de jour prennent un nouvel essor.

tous les jours. Ses menubres sont-ils glacés La charité lyonnaise n'est pas un sen- par le froid d'une saison rigoureuse ? il est timent éphémère qui s'apitoie in moment réchauffé par le feu de la charité. Et lorsque au spectacle d'une infirmité, qui donne un incliné sous le poids des travaux excessifs et secours passager, et puis qui oublie et dé- des années, il ne peut plus subvenir à son tourne la tête. C'est quelque chose de plus existence, la charité le recueille dans son grand, de plus solide et de plus durable. palais, élevé par les aumônes de ses conciElle cherche dans la fécondité de ses res- toyens, et il y attend doucement, sous sources les moyens les plus capables de se- l'ail de la religion, le moment de la mort en courir vraiment et longuement!'infortune; et, s'occupant de son éternité. La charité et dans la distribution de ses aumônes, elle ne tellement gravée dans le caractère du Lyonvoit pas seulement le soulagement des corps, nais, qu'elle est l'objet presque continuel elle voit les ames. Elle appelle à son aide de ses conversations, de ses études et de tous les rangs, toutes les conditions, lous ses plaisirs. On ne peut entrer dans une les sexes, tous les ages ; elle frappe à maison que l'aumône ne soit là comme dans toutes les portes, elle intéresse lous les sa famille pour intéresser les amis, les conceurs, elle fait abnégation de toutes les naissances au soulagement des indigents. opinions politiques, de tous les systèmes, Le négociant n'oublie jamais dans l'invende lous les partis ; elle a dit à lous : Voilà taire annuel de son commerce, la part du un malheureux, aidez-moi à le secourir; pauvre ; l'épouse compte au nombre de ses qui que vous soyez, il est votre frère, il dépenses obligées ses @uvres de charité ; le faut lui rendre le fardeau de la vie moins propriétaire dans son budget comprend toupesant, et lui donner l'espérance d'un meil- jours l'article des aumônes. On dirait que leur avenir. Alors, dociles à celle voie con- la devise de la plupart des familles lyonnainue et pour ainsi dire patriotique, les caurs ses est le mot si vrai : L'aumône porte bons'émeuvent, des sociéiés se forment pour henr. rendre le poids plus léger ; des établisse- « Ce qu'il y a encore de remarquable dans ments charitables sont créés, ils prospèrent; Ja charité lyonnaise, c'est que, outre les soet souvent, au milieu de la grande cité, on ciétés nombreuses soutenues par les bienignore le nom de celui qui, le premier, a faits annuels des personnes charitables, presconçu l'heureuse pensée d'élever un nou- que chaque famille a son pauvre de prédi. venu monument au soulagement du malheu- lection, et quelquefois une famille entière re ix. Le marbre et l'airain ne transmettent indigente : c'est le génie bienfaisant de la point à la postérité le souvenir des bienfai- famille, il passe, pour ainsi dire, en hérisants fondateurs. Le bienfait est public, le tage, des pères aux enfants ; pieuse succesbienfaiteur est caché. Lyon offre des se- sion, qui n'est jamais répudiée. Il y a quelcours généreux à toutes les inisères et à tous ques années, une femme des plus charitables mourut. Au moment où ses tristes en- tous les évêques et archevêques du royaunie. fants, accompagnés de leurs nombreux amis, La catholicité présente est appelée en aide allaient lui rendre les derniers devoirs, un de la catholiciié future ; l'esprit vivifiant de riche négociant qui élait venu assister au la charité évangélique rapprochera .es homconvoi, s'approche de son fils et lui dit : mes malgré les distances, et liera étroiteMonsieur, personne plus que moi ne prend ment, par les bienfaits de la reconnaissance, part à la perte douloureuse que vous venez la grande famille chrétienne dispersée sur de faire : vous êtes l'héritier naturel de vo- toute la surface de la lerre. C'est un des catre vénérable mère, je vous demande me ractères les plus remarquables de cette aspart à sa succession ; avant de vous indiquer sociation, qu'elle a su rapprocher dans un l'objet de mes désirs les plus ardents, pro- même but les classes les plus distantes, et meliez-moi de ne pas me le refuser. Le triste qu'elle semble même s'appuyer principalefils, qui connaissait les rapports qui avaient ment sur celte portion de la société que la existé entre sa bienfaisante mère et l'hol nécessité de sa position avait exclue, jusvèle nézociant, persuadé que celui-ci ne quà ce jour, de foute participation efficace à

des charité. lat la mémoire de celle qu'il pleurait, lui pro- est plus productif à l'association que l'ofmet d'accéder à ses désirs;--Alors, Monsieur, frande isolée du riche. Voy. aux mots Aslui dit le négociant, j'ai votre parole, vous SOCIATions et CONGRÉGATIONS. me donnerez la liste des pauvres de votre Jeunes filles incurables. – Sur la place mère, ils seront les miens et je m'acquitterai d'Ainay, près de l'antique église, où des obligations que j'ai à celle que nous l'on voit encore les colonnes qui soutepleurons ensemble. Hélas ! Monsieur, lui naient jadis le temple d'Auguste orner le répondit le fils, j'acquitterai ma promesse, sanctuaire du Dieu vivant, est une moueste mais vous me ravissez la plus belle portion maison ombragée de quelques arbres; c'est de l'héritage de ma mère, elle est morte là que vivent en paix de pauvres jeures sans fortune et je me trouvais fort heureux filles accablées de ces infirmités contre lesde continuerses bienfaits.»

quelles la science médicale est impuissante. Propagation de la foi. Une des Triste spectacle qui brise le ceur, qui fait gloires de la charité lyonnaise, c'est l'asso- verser des larmes ! La philanthropie du cialion pour la propagation de la foi. Pensée siècle n'a trouvé qu'une compassion fout ragnifique, aussitôt comprise qu'énoncée, humaine pour le soulagement de ces étres qui s'est répandue à travers la France ca- malheureux; mais la charité chrétienne leur tholique, qui a traversé nos frontières avec a fourni un asile, des soins tendres et assiJa rapidité de l'éclair, qui a été chercher de dus, du pain qu'ils ne peuvent se procurer à généreux concours presque dans toutes les l'aide de leurs bras atlaiblis par d'affreuses contrées du monde, el jusque dans cette an- maladies, des cœurs de mères pour les congleterre, où de nos jours l'hérésie expirante soler et leur aider à supporter leur pénible semble se débattre contre les derniers as- existence. Là, de jeunes aveugles prêtent le sauts d'une terrible agonie. L'Arabe du dé- secours de leurs bras à d'autres infortunées sert africain, vaincu par la valeur de nos qui voient pour elles; là, des épileptiques, soldats, semble vouloir aider la croix de Jé- des scrofuleuses, que les hôpitaux ordisus-Christ à triompher de la barbarie et à naires n'admettent pas dans leur sein, vivaincre l'islamisme : plusieurs ont voulu vent en paix sous l'aile prolectrice de la resouscrire à l'oeuvre de la propagation de la ligion qui les encourage par ses sublimes foi. Lyon, la plus ancienne ville catholique espérances à supporter le poids accablant des Gaules, devait être la première à lever de la vie. Nées dans la pauvreté et la misère, l'étendard de celle quvre qui est devenue elles trouvent leur recommandation, pour bientôt si féconde en heureux résultats. Il être admises dans ce charitable asile, dans n'est pas de ville en France qui, depuis le seul excès de leur misère. Les préférées trente ans, ait fourni autant d'apôtres aux sont les plus infortunées ; celles que le missions étrangères. Pour ne citer que les monde rebule et repousse de son sein sont évêques lyonnais, l'on trouve en Cochin- les plus chéries et les plus favorisées. Adchine, Myr Taberd; en Amérique, Mgr Blanc, mirable effet de la charité chrétienne 1 évêque de la Nouvelle-Orléans ; Mgr Portier, Suixante-dix jeunes filles, renfermées dans évêque de la Mobile ; Mgr Loras, évêque de cet asile, reçoivent chaque jour le pain de la Dubucque, dans l'Océanie; Mgr Pompalier, miséricorde, passent des nuits tranquilles Evêque de Polynésie. Les missionnaires sans s'inquiéter du lendemain, et attendent sont encore plus nombreux, plusieurs sont en paix la fin de leurs souffrances. Qui donc inorts victimes de leur zèle ; le plus grand a fondé cet asile pour des êtres si malheu.' nombre yit encore et travaille avec un infa- reux ? tigable zèle.

Mlle Perrin, plus riche de vertus que de les diocèses environnants furent invités fortune, employait une bonne partie de son à marcher sur les traces des fidèles Lyon- temps à visiter et consoler les malades (ans asis, partout op répondit à ce religieux ap- nos hôpitaux. Au mois de juillet de l'anuée pel. Des conseils d'administration se forme- 1819, elle fil connaissance d'une pauvre or tent dans les villes épiscopales. Le grand pheline que l'impuissance de la médecine aumônier, par une lettre, en date du 18 août obligeait de sortir de l'Hôtel-Dieu, et qui 1822, recommande l'association naissante à malheureusement se trouvait sans asilect sar's ressources, incapable par elle-même de se cette et de la dépense. Dans le nombre les procurer les objets essentiels à la vie. Tou- envois, il en est inn composé de six habillechée d'une si grande détresse, Mhe Perrin ments complets pour de petits garçons. Au devint son ange tutélaire ; son coeur et son jour de la distribution des prix, M. le cure esprit ne sont plus occupés que de la pen

de Saint-François, l'abbé Julliard, a envoyé, sés de trouver un asile à sa jeune protégée : sur la demande des dames, douze petits enle temps presse, l'incurable doit sortir de fants pauvres, de l'un et de l'autre sere. l'hôpital dans vingt-quatre heures. Mais la pour recevoir chacun un vêtement complet. charité se presse aussi ; la pauvre fille sera

La séance s'ouvre, ce jour-là, par un compte confiée aux soins d'une pauvre femme qui rendu du travail des soirées. Pendant quc tronvera elle-même un secours dans celui l'orateur prononçait ces mots : « Il est juste, qui est accordé à celle sur laquelle elle doit Mesdames, que vous jouissiez du bien que veiller. Une dame charitable viendra en vous avez fait...., von voit entrer les pauvres aide à Mlle Perrin, et partagera la bonne petits enfants, vêtus des habits confectioneuvre. A peine trois mois sont-ils écoulés nés dans les réunions d'hiver. Les uns tienque deux autres incurables poussées par nent des couronnes, les autres portent de une secrète inspiration de la Providence, corbeilles remplies de fleurs du printemps

, viennent aussi implorer la pitié de la mère qu'ils viennent mettre aux pieds de leurs des pauvres.

bienfaitrices. Les larmes coulent de tous les Le petit appartenient de la première pro- yeux : c'était la joie de faire des heureur tégée ne sulit pas; il faut tout un mobilier qui les faisait répandre, on passe en revue pour abriter convenablement et sans luxe ce qui reste à distribuer. Une des dames les les trois pauvres incurables. La charité pour réclame pour de pauvres filles qu'elle dil voira à tout. Pour que l'effet de la Provi- connaître depuis longtemps; on les lui addence soit plus visible dans le prodige de juge. On tire au sort le nom de celles qui se cet établissement nouveau, c'est dans le rendent à la demeure de ses protégées. On quartier le plus pauvre de la ville que porte le fruit du travail à son adresse. (me Mlle Perrin logera ces pauvres incurables, et trouve-t-on ? Une troupe d'enfants de tou bientôt une quatrième arrivera, précédée åge. En face de ce spectacle on est ému. . par les généreux bienfaits d'un pasteur qui Quelques questions dévoilent tout le my à laissé, parmi les pauvres de sa paroisse, tère de la charité. La société était dissoul un souvenir impérissable : le vénérable par le fait de la cessation des soirées. On se M. Julliard, curé de Saint-François.

déclare en permanenco pour prendre instanLe pauvre appartement de la rue Saint- tanément le moyen de soutenir une curre Georges devient lui-même trop petit; de qui parle si éloquemment au cœur: Dieu le Yastes greniers, situés dans la maison de la veult Dieu le veut! s'écrie-t-on dans tout Manécanterie, où loge Mlle Perrin, peuvent, l'assemblée. On nomme un conseil : les no avec peu de frais, être convertis en cham- minations des dames qui avaient été dési bres habitables, la dépense est bientôt faile, gnées pour présider au travail des réunion et voilà les jeunes incurables placées auprès sont maintenues. de leur bienfaitrice, presque sous les voûtes L'ouvre isolée d'une seule dame va de de celte vieille cathédrale qui les ombrage de venir un établissement. Que voulons-nou ses antiques tours. La charité de Mlle Perrin faire ? dirent les membres chrétiens de cel est encore couverte d'un voile mystérieux, assemblée. Nous voulons élever un båt et de nouvelles incurables sollicitent une ment pour sauver les filles malheureuseégale protection : c'était en 1825, l'hiver est des grandes caux de la tribulation? Eh bien venu avec ses longues soirées et ses feles. qu'il ait ses ancres dans le ciel. Nous vot Mais la pieuse bienfaitrice des incurables lons fonder une maizon de charité, plaçon n'oublie pas ses chers enfants. Il lui est fa- la sous la sauvegarde de la religion, sur cile d'improviser, chez une de ses amies, le vocable de la charité. On l'appellera une soirée hebdomadaire qui sera la source

l'Etablissement de charité pour les jeun d'abondantes aumônes pour son quvre. Les filles incurables. Une commission nomm dames s'y rendent tous les mercredis, sans pour annoncer le but de l'institution et le toilette; on y travaille pour les pauvres. Le conditions exigées, vint ensuite soumet premier mercredi de chaque mois, les as- ses vues. Le conseil les adopta. Ainsi, sociées se rendent au lieu convenu et trou- plaisir de la charité trouve l'occasion des vent des tables et les ustensiles nécessaires courir une jeune incurable, le plaisir de pour le travail. Le mercredi de la seconde charité, dans un salon doré, fonde sur d semaine, des étoffes sont envoyées aux no- bases inébranlables un établissement po bles ouvrières de la charité. Les dames s'as- les jeunes incurables, et dote la ville du semblent à cinq heures, les maris et les institution nécessaire à laquelle on n'av frères viennent les chercher à neuf. Une pas encore pensé. Le bruit de la bonne a partie d'écarté occupe les derniers instants, vre se répand bientôt dans la cité; on lou le pauvre en recueille les bénéfices, même on admire; la louange, l'admiration est en jouant on a fait une bonne action.

lent le noble sentiment de l'émulation, Pour établir l'ordre dans le travail, on souscriptions arrivent; on aperçoit de nomme une présidente, une secrétaire, line dans un prochain avenir, le nouvel étabi trésorière. Une note exacte est tenue des sement croitre, prospérer, s'agrandir. étoffes et de leur emploi, ainsi que de la re- suite un nouveau local est préparé a jeunes incurables dans la rue Vaubecour; les malheureux détenus ecclésiastiques et le vénérable pasteur de la paroisse d'Ainay laïques avaient à souffrir de leurs barbares s'empresse d'accueillir ces nouvelles brebis, geðliers. Rendue à la liberté elle se fait et vient installer lui-même les deux soeurs une douce obligation de consacrer sa vie à de Saint-Joseph préposées aux soins des soulager les misères de ceux dont elle a parjeunes infirmes. 'Vingt-huit infirmes ont tagé la captivité. Sous prétexte de revoir les trouvé un asile. Ainsi commencent toutes connaissances qu'elle s'était faites dans la ies euvres.

prison, elle obtenait facilement la liberté de La charité ne se lasse point : les soirées les visiter de ielūps en temps, et c'est dans d'hiver ont recommencé, même activité au ces visites assidues qu'elle s'empressait dus travail en faveur des jeunes incurables, même frir ans détenus les petits soulagements en industrie et plus grande encore pour se pro- vivres et en vêtements qu'elle avait pu se curer des aumônes. Une venle est indiquée procurer par son industrieuse charité. C'était en faveur des pauvres filles. Au jour fixé, par son entremise que plusieurs prisonniers un salon est changé en gracieux bazar, touto pouvaient communiquer avec leurs familles la noble société s'y rend en foule, les objets répandues dans la ville et obligées de se les plus minimes, confectionnés par les bien- montrer insensibles aux souffrances de leurs faitrices de l'ouvre, acquièrent un prix bien parents pour se soustraire à un sort pareil. au delà de leur valeur, la recette surpasse Par l'entremise de Charlotte des secours arles espérances,

rivaient régulièrement aux prisonniers: elle La maison de la rue de Vaubecour est avait tellement su intéresser leurs gardiens, reuplie, ses portes sont assiégées par une qu'on ne savait plus lui refuser l'entrée de foule de postulantes; alors on Inue, au prix la prison. Les portes s'ouvraient devant elle, de treize cents francs, la maison Capelin, elle était si simple, si pauvre, si bonne, qu'on Cans la rue de l'Abbaye, de charitables da- ne pensait pas qu'elle voulat faciliter des mes abandonnent avec joie les aisances de la évasions clandestines, et, en effet, ce n'était vie, et viennent se renfer Der avec les jeunes point ce qu'elle se proposait; elle regardait incurables pour leur prodiguer des soins à celte wuvre au-dessus de ses forces, et toute la place des seurs de Saint-Joseph.

son ambition se bornait à nourrir et à vêtir Cependant, la mère des jeunes incnrables, ceux que les lois de ces temps de harta charitable Mlle Perrin, termine sa modestc barie eussent volontiers laissé mourir de et glorieusc carrière ; le fruit est mûr pour faim et manquer des vêtements les plus ic ciel, la mort vient mettre fin à des jours nécessaires, Charlotte courait pendant la sequi n'ont été employés qu'à répandre des maine de maison en maison, quêtait pour Lienfaits. Pauvres enfants, nc pleurez pas; les pauvres prisonniers, et préparait tout dans celle qui vous aimait sur la terre vous pro- son pauvre domicile de la rue Vanbecour, tégera du haut du ciel, vous ne serez point lorsqu'elle avait ramassé suffisamment pour abandonnées ! En effet, il semble que les bé. offrir un modeste repas à ses amis détenus, nédictions de Dieu se sont répandues da- Bientôt elle ne put loule seule suffire à la vaplage encore sur ceprécieux établissement peine, elle s'adjoignit quelques pieuses filles depuis la mort de Mlie Perrin : les ressour- aussi pauyres qu'elle, qui partagèrent son ces s'augmentent avec le zèle ; des quêtes zèle, et ne travaillaient que pour le soulaabondantes faites dans la ville, des lote- gement des prisonniers; personne ne refuries charitables, des emprunts sans intérêt, sait aux pauvres quêteuses; clles rentraient fournisseut les morens d'acheler la maison dans leur modeste asile toujours chargées Cajuelin, afin de pouvoir plus librement dis- de provisions qu'elles avaient ramassées aux poser le local d'une manière convenable au portes des maisons, ou dans les marchés do service úes cunes infirmes. Les s@urs de la ville qu'elles ne manquaieni pas de visiSaint-l'incent de Paul sont appelées pour la ler, surtout les dimanches. direction de l'établissement, inais la rigou- L'abbé Linsolas, vicaire général du diocèso reuse invariabilité de leur règle ne pouvant pendant ces temps malheureux, profita plu. se laire avec les statuts fondamentaux, de sieurs fois de la faveur dont jouissait la paul'établissement, elles ne font que passer ct vre Charlotte auprès des gebliers, pour la cedent bientôt la place aux seurs de Sainl- charger de la plus auguste et de la plus noJoseph, qui se trouvent chargées des jeunes ble mission qu'une sainte et pieuse fille pat incurables, dont le nombre s'augmentera à ambitionner. C'est à elle qu'il confia plus mesure que les dettes contractées seront d'une fois des hosties consacrées, fermées éteintes. L'établissement en contenait soixan- dans une petite boîte de carton, pour les donte-dix en 1840.

ner aux ecclésiastiques prisonniers afin qu'ils Les Charlottes. Au milieu de la tem- pussent se reconforter din viatique sacré avant féle affreuse d'il y a soixonte ans, une d'aller au supplice. L'humble vierge chargée pauvre fille, nommée Charlotte Dupin, d'a- de ce précieux trésor s'acquittait avec la foi bord ouvrière, ensuite domestique d'un ec- la plus vive de cette glorieuse mission et, clésiastique de la paroisse d'Away, fut in- tout en portant la nourriture du corps à ses carcérée dans la prison de Roanne coinme chers prisonniers, Jeur livrait aussi, avec un coupable d'avoir rendu les modestes servi- indicible plaisir, la nourriture des âmes; c'éces de son état à celui qui avait le malheur tait elle aussi qui était chargée d'indiquer d'être prêtre et qui était son maître. Pendarit aux malheureux qui devaient aller au warsa courte détention, elle apprit tout ce que lyre les stations diverses où ils étaient sûrs de rencontrer parmi la foule qui se pressait ment où son cuvre s'établissait sur des sur leurs pas, des prêtres déguisés et fidèles, fondements solides, et on portait ses saintes chargés de leur donner la dernière absolu- reliques dans la demeure des morts au motion, el il s'en trouvait jusqu'au pied des ment où le bruit des cloches, où les salves échafauds.

d'artillerie, où les cris de joie de la populaLa charitable Charlotte avait pris une telle tion lyonnaise saluaient avec enthous asme habitude de secourir les prisonniers que, l'entrée triomphante de Pie Vil dans ses lorsque la paix fut rendue à l'Eglise, lors- murs. que les temples furent de nouveau ouverts L'ouvre de Charlotte Dupin ne devait à la piété des fidèles, elle continua, aidée de pas périr. Quelques pauvres filles aussi ses pienses compagnes, à distribuer les mê- pieuses que modestes, partageant la vie mes secours dans les prisons principales de commune, s'occupaient constammenl, dans la ville. La charité des Lyonnais s'empressa l'établissement de la rue Sala, du soin de correspondre à, la sienne, plusieurs ri- des prisonniers. On voyait chaque jour ches habitants voulurent subyenir, chacun à des heures réglées de pauvres filles moà son tour, aux frais de cette cuvre si mé- destement vêtues, portant deux à deur ritoire, mais c'était toujours Charlotte et ses une large marmite suspendue à un bâton et compagnes qui étaient les distributrices. Ces dirigeant leurs pas du côté des prisons de pieuses largesses qui dans le principe ne la ville. Devant elles les verroux crieal, les s'étaient faites qu'une fois la semaine, de- portes s'ouvrent; à leur aspect les figures vinrent bientct plus fréquentes; les quêtes des prisonniers s'épanouissent, un moment dominicales faites dans la ville par de pau · de joie pénètre dans ces cours oppressés par vres ouvrières devenant plus abondantes, la douleur. Quoique séparés de la société, les distributions furent aussi plus multipliées; ils ne sont donc pas étrangers dans ce monde le petit appartement occupé par Charlotte cette pensée les soutient, les encourage, le dans la rue Vaubecour n'était plus suffisant pain noir de la prison disparait; s'ils sont pour contenir et les denrées recueillies et malades, ils sont entourés de consolations les ustensiles récessaires à leur préparation. et de soins; s'ils doivent être conduits de Il fallut penser à chercher et à trouver un brigade en brigade, entreprendre un long logement aussi modeste, mais plus vaste, pour voyage, les bonnes Charlottes pourvoient avec subvenir aux besoins d'une cuvre qui s'aug- une tendre sollicitude aux besoins de la Inentait chaque jour. De pieuses personnes, route;des vélements plus chauds, une chausà la tête desquelles on vit pendant longtemps sure plus forte ou plus commode, quelques la charitable madame Delphin dont le nom pièces de monnaie leur sont distribués avec rappelle à Lyon toutes les vertas, vinrent en bonté : ce sont des mères qui s'apitoient aide à la bonne Charlotte, et se cotisèrent sur le sort de leurs enfants, et qui cherchent pour payer la dépense d'une location qui de- dleur rendre les chaînes plus légères, et à venait de jour en jour plus importante. Ce adoucir leur triste position. fut dans la rue Sala, au rez-de-chaussée in- Alors les armées francaises envahissent térieur de la maison Maupetit, que l'euvre toutes les capitales de l'Europe; nos armes dite des Charlottes, du nom de sa fondatrice, victorieuses amènent dans l'intérieur de la se régularisa el répandit ensuite ses bienfaits France de nombreux prisonniers de guerre dans toutes les prisons de la ville. Celle dite qui ressentent toutes les privations de la de Roanne, celle de Saint-Joseph, celle dite wisère et de l'exil. Lyon en vit des milliers des Recluses consacrée uniquement aux mi- traverser ses murs, y séjourner quelquefois, Jitaires, reçurent d'abord tour à tour les mais tous en sortaient bénissant les mains secours de Charlotte, et bientôt simulta- bienfaisantes qui s'empressaient de leur nément et lous les jours curent part aux sa- faire oublier les malbeurs de la captivité. ges distributions d'une nourriture saine et Pendant plusieurs semaines, en 1811, abondante. La pieuse fille ne se contentait quatre mille soupes furent distribuées tous pas de nourrir ainsi les corps de ces mal- les jours. Plus les pauvres Charlottes donheureuses victimes de la justice humaine; naient, plus elles recevaient. Ne pouvant c'était un beau spectacle de voir celle mul- sulfire à leur tâche à cause de leur petit titude d'etres égarés ou coupables qui, pour nombre (formé en communauté dans leur la plupart ne connaissaient Dieu que pour le maison de la rue Sala), elles appelèrent à blasphémer, la religion que pour la mépriser, leur secours d'autres pauvres filles qui n'é. s'agenouiller à la voix de celle pauvre et taient employées ordinairement qu'à la quête simple fille et répondre avec altention aux : du dimanche. Des dames de la plus haute saintes prières qu'elle adressait avec ferveur distinction voulurent aussi leur prêter le pour leur apprendre doucement et sans ef-, secours de leurs bras: on vit alors ces mains fort à connaître, à aimer. et à servir celui délicates, accoutumées à l'aiguille et à la qu'ils avaient négligé ou même tout à fait broderie, préparer les herbages, découper le oublié pendant la plus grande partie de pain, alliser le feu, remplir l'office de cuieur vie.

sinières des prisonniers. Urie maladie conCependant Charlotte ne put résister long- lagieuse éclaie au milieu de cette multitude temps aux fatigues d'une vie si bien rem- de captifs entassés les uns sur les autres plie par les murres de son active charité ; durant une saison ardenle , dans des édi. usée par le travai, pliant sous le poids, fices trop étroits pour les contenir. Elle sév. elle iermina sa podesle carrière au mo- surtout dans la maison de la Commanderie,

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