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ne pouvail-il pas en faire autant? L'aide-de-camp a résisté à l'influence si puissante de son chef; il s'est retiré ; et M. le maréchal n'a pas pu , dans la nuit du 13 au 14, avec des étrangers, suivre cette même impulsion du cour!

Qu'on ne vienve pas , pour expliquer sa conduite , parler des dangers dont le maréchal pouvait être entouré, s'il n'eût pas

suivi l'impulsion qu'on suppose : est-ce un militaire français qui mesurera ainsi les dangers d'un oil timide ? La mort était menaçante. Il n'y avait pomt de conseils à demander. Il pouvait périr sur le champ de bataille , et non se faire le chef de la discorde ; il n'aurait

pas été exposé à tant d'ignominie.

» Quoi qu'il en soit, le crime se consomme; el pourtant combien d'exemples de la plus louable fidélité lui avaient été donnés ! Le colonel Dubalen lui avait montré la route du devoir. Il était encore temps d'y revenir. Le premier pas était fait; le maréchal ne reculera point dans la route de la perfidie. Le même jour, il transmet à sod chef d'étatmajor l'itinéraire à tracer aux troupes. ( Ici on a lu l'itinéraire.)

» Voilà l'ordre de réaliser la perfidie. Il prescrit de recevoir dans les rangs tous les officiers à la demi-solde ; d'arborer les couleurs de la révolte, de faire disparaître les couleurs royales.

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» Est-il besoin de se traîner maintenant sur des détails ultérieurs?. Parlerai-je de l'ordre d'arrestation ? Je ne veux point en faire des crimes détaillés ; ils ne sont tous que les conséquences de la conduite des 13 et 14.

» Et qu'importe la préméditation? Je laisse de côté tous les autres petits moyens de chicane qu'on essayerait vainement de reproduire.

» C'est avec une bien grande franchise de caur que

le maréchal s'est livré à Bonaparte. » Il reçoit de lui une mission pour se rendre dans les places du Nord : partout il trouve de ses partisans rassemblés, il ne parle des princes légitimes qu'avec les expressions du mépris le plus outrageant.

» En admettant qu'il ne les ait ainsi traités que le 13 ou le 14; sa conduite dans la trahison a été bien franche, pas une seule fois on ne l'a vu s'en démentir.

» Ici je m'arrêle et j'attendrai les objections bien futiles qui pourront m'être failes.

» Ce n'est point par un artifice si commun dans les causes ordinaires ; il est indigne des commissaires du Roi; c'est parce que l'accusation paraît démontrée

par les faits seuls, et que tout autre discours serait superflu.

» On essayera de vous présenter des considéra

tions tirées des circonstances , des conjonctures des temps,

des obstacles invincibles dont le maréchal a été entouré.

» Quand ces objections auront été faites , je me réserve d'y répondre.

Vingt-cinq années de troubles politiques nous ont rendus indulgens, et n'ont que trop affaibli les principes de la morale : est-ce cette morale dégradée qu'on voudrait appliquer à M. le maréchal Ney? Il n'est point un de ces hommes qui puissent chercher quelque excuse dans leur ignorance. Le maréchal Ney, au premier rang de nos guerriers, l'un des citoyens les plus illustres qui firent longtemps la gloire de la France, ne devait chercher sa conduite que dans ses devoirs. Le danger n'était pas imminent. Pour la première fois de sa vie, le maréchal Ney connaissait-il la peur ? il pouvait prendre un moyen plus doux, il pouvait conserver encoré sa gloire en refusant celle plus brillante qui lui était offerte. Il pouvait rentrer dans la retraite, et conserver à son Roi la foi qu'il lui avait jurée.

» Je m'arrête. Messieurs les pairs, vos consciences apprécieront les charges contenues dans l'acte d'accusation. »

Après le discours de M. le commissaire du Roi, M. le président a demandé aux défenseurs s'ils vou. laient entamer la défense de l'accusé.

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Le maréchal. Je savais, par plusieurs rapports, que M. de la Genetière avait quitté Dôle, qu'il avait entraîné quelques officiers ; que, pour éviter la fureur des soldats, il avait pris la fuite. Je ne dis

pas écrit la lettre; mais je ne la

pas qu'il n'a

connais pas.

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M. Bellart. Je n'ai demandé ces éclaircissemens que pour établir la moralité de la déposition de M. de la Genetière.

Me. Dupin a fait observer que le paragraphe de la lettre qui venait d'être lu ne parlait pas de la lettre du maréchal.

M. Bellart a insisté.

Plusieurs pairs. Ce fait est indifférent au procès.

; M. le comte de Gouvion , pair de France. Tout cela ne prouve rien.

Me. Berryer'se lève, et prononce le plaidoyer suivant :

« Quelque brillante facilité qu'ait mise hier l'éloquent organe du ministère public à préciser les points de vue sous lesquels il

pense que

l'accusation doit être simplement discutée, il m'est malheureusement impossible de me circonscrire dans le cercle qu'il a paru me tracer. Une accusation du crime de haute trabison et d'attentat à la sûreté de l'état, peut s'articuler en effet en bien

peu

de

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