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LETTRES

SUR LA CERTITUDE des fignes de la Mort, où l'on raffure les Citoyens de la

crainte d'être enterrés vivans.

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OUS êtes perfuadé, MONSIEUR, qu'un grand nombre de perfonnès ont été mifes dans le tombeau, avant que d'avoir payé le tribut inévitable qu'elles devoient à la nature. Les hiftoires que vous avez lûes fur ce fujet ont fait fur votre esprit l'impreffion la plus vive. Il eft vrai qu'il ne peut y avoir de fort p'us trifte

A

que celui d'être enterré vivant : les horreurs d'une pareille fituation font inexprimables; elles doivent furpaffer celles des plus grands fupplices. Vous penfez continuellement que vous pouvez être un jour la victime d'une auffi cruelle méprise: çes idées vous accablent, & vous mettent dans l'état le plus affligeant. J'effayerai, Monfieur, de diffiper vos frayeurs & de mettre le calme dans votre imagination allarmée. Pour combattre vos préjugés, je dois les attaquer dans leur principe: vous les avez puifés dans la differtation que M. Bruhier, Docteur en Médecine, a publice fur l'incertitude des fignes de la Mort. J'efpere vous faire voir que cet état a des fignes certains: La multiplicité des faits recueillis par cet Auteur, les exemples de réfurrections que lui fournit l'antiquité la plus reculée, & les inductions qu'il a

tirées des coutumes obfervées dans tous les rems par différens peuples au fujet des fépultures, lui paroiffent des preuves inconteftables de l'incertitude des fignes de la Mort. Je me propose de vous démontrer la foiblesse & l'infuffifance de ces preuves. Je dis plus; la plupart de ces faits prouvent directement la propofition contraire; ils établissent la certitude des fignes de la Mort. La confervation des fujets jufques à ce que la pourriture s'en foit emparé eft, felon M. Bruhier, la précaution la plus fûre pour éviter la fépulture des vivans. La fageffe de ce précepte ne s'eft point présentée à mon efprit d'une maniere perfuafive. Les réflexions que j'ai faites d'après l'expérience, m'ont convaincu que la putréfaction que l'on croit être un figne indubitable de la Mort, non feulement expoferoit les furvivans à des inconvéniens très-funeftes, mais mê

me qu'elle étoit un figne auffi douteux que les marques qu'on a regardées jufqu'ici comme les moins certaines.

Cette question eft des plus importantes. Elle intéreffe tous les hommes dans quelque rang qu'ils foient placés. La Mort eft le terme fatal où aboutiffent les honneurs, les richesfes & les dignités : elle finit également les peines & l'infortune des malheureux. Tous font exposés à être enterrés vivans; l'extrême utilité des moyens capables de prévenir des malheurs auffi affreux, doit donc en rendre la recherche eftimable. Mon but eft de répandre de nouvelles lumieres fur un objet que tous les hommes, fans exception, ont intérêt de voir éclairci. Je n'entreprends point une conteftation littéraire; mon deffein n'est pas d'attaquer les Auteurs qui ont traité cette matiere avant moi, Si je fais des réflexions fur les faits qu'ils

ent produits & fur les conféquences qu'ils en ont tirées, je ne le ferai que par la néceffité indispensable que mon fujet m'impofera: fi j'éxamine leurs raisons, ce ne fera que comme des ob. jections que je me ferois faites à moimême, & jamais dans la vûe de cenfurer ni de contredire. M. Bruhier furtout a montré, dans fon Ouvrage fur les fignes de la Mort, le zele le plus vif pour les intérêts de la fociété : fes recherches font curieufes & intéref fantes ; elles ont eû l'approbation refpectable * des Sociétés les plus

* Parmi ces Approbations on ne voit point celle de l'Académie Royale des Sciences de Paris. Voici le nom des différentes Compagnies qui ont approuvé le Livre de M. Bruhier, fuivant l'ordre qu'il leur a donné.

L'Académie des Jeux Floraux de Touloufe. Royale des Sciences, Infcriptions Belles Lettres de Touloufe.

des Belles - Lettres, Sciences & Arts de Bordeaux.

des Belles-Lettres de Marseille. des Beaux Arts de Lyon. Royale d'Angers.

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