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heur d'être placés dans les endroits où l'eau de la verveine était tombée, se sentaient bien plus gais que les

autres.

Les prêtres gaulois vantaient sur toutes choses, au rapport de Pline, un cuf qu'ils disaient être formé de la bave des serpens (1), lorsqu'ils s'assemblaient en été. Quand l'oeuf était formé, les serpens

l'élevaient en l'air, et le soutenaient par la force de leurs sifflemens; les druides étaient attentifs à ce qui se passait, et épiaient le moment qu'il allait tomber; l'un d'eux s'avançait, et le recevait dans son habit, avant qu'il touchât à terre : précaution nécessaire, moins pour empêcher l'oeuf de se casser, que pour lui conserver toutes les vertus qu'il renfermait. Le druide qui l'avait reçu prenait la fuite, monté sur un cheval fort léger, pour échapper à la poursuite des serpens, qui ne manquaient jamais de courir après lui, jusqu'à ce qu'ils trouvassent une rivière qui leur fermât le sage. La bonne fortune était renfermée dans cet cuf. Les druides le donnaient au peuple un certain jour de la lune; et ceux qui étaient assez heureux pour en porter un sur eux, se croyaient sûrs d'avoir gain de cause dans tous leurs différens, et d'obtenir un libre accès auprès des grands (2).

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(1) Pline (1. 29, c. 3 ) nomme cet ouf ooum anguinum, et la description qu'il en fait montre qu'on donnait ce nom à un échinite, espèce de fossile, qui n'est autre chose que le corps d'un poisson pétrifié.

(2) Angues innumeri æstate convoluti , salivis faucium corpo

Les druides distribuaient le gui par forme d'étrennes, au commencement de l'année : c'est de là qu'est venue la coutume des Percherons, de nommer les présens qu'on se fait encore à pareil jour, les éguilas, et le peuple chartrain éguilables, pour dire le gui de l'an neuf (1). Les chefs des druides portaient une robe blanche, ceinte d'une bande de cuir doré, une espèce de rochet et un bonnet blanc tout simple. Le pontife-roi était distingué par le sceptre et une houpe sur le bonnet, d'où pendaient deux bandes d'étoffe comme aux mitres des évêques.

Les bardes portaient un habit brun, un manteau de même étoffe , attaché avec un petit morceau de

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rumque spumis artifici complexu glomerantur, anguinum appellatur. Druidoe sybillis id dicunt in sublime jactari, sagoque oportere intercipi, ne tellurem attingat. Profugere raptorem equo : serpentes enim insequi, donec arceantur amnis alicujus interventu; experimentum ejus esse, si contrà aquas fluitet vel auro vinctum. Atque, ut est magorum solertia occultandis fraudibus sagax, certa luna capiendum censent, tanquam congruere operationem eam serpentium humani sit arbitrü. Vidi equidem id ooum mali orbiculati modici magnitudine, crusta cartilaginis, velut acetabulis brachiorum polypi crebris, insigne druidis. Ad victorias litium ac regnum aditus mirè laudatur. (Plin., Hist. nat., 1. 29, c. 1.)

(1) Tous les enfans, dans le Vendômois, courent les rues le premier jour de l'an, et disent à ceux qu'ils rencontrent :

Donnez-moi ma gui-lan-neu. » Dans le Maine, le peuple court aussi les rues la nuit qui précède le premier jour de l'an, chante des chansons aux pories des particuliers, et les termine par demander quelque chose pour la gui-l'an-neu. bois, et un capuchon pareil aux capes de Béarn, et à peu près comme celui des récollets.

L'assemblée générale qui se tenait exactement tous. les ans près de Chartres, lors du grand sacrifice, délibérait sur toutes les affaires d'importance, et qui concernaient la république (1). Les principaux objets des lois des druides (2) étaient : 1° l'honneur qu'on

(1) li certo anni tempore in finibus Carnutum, quæ regio totius Gallice media habetur, considunt in loco consecrato. Hùc omnes undique qui controversias habent conveniunt, eorumque judiciis et decretis parent. ( Cæsar, de Bell. gall., 1. 6.)

(2) Je pense qu'on sera bien aise de trouver ici un édit que le P. Noel Taillepied a fabriqué sur les idées qu'il s'était formées du gouvernement des druides. On le voit dans l'ouvrage de ce religieux, intitulé : Histoire de l'état et république des druides, t. rer, p. 97-103.

ORDONNANCE DES DRUIDES JURISCONSULTES.

S. P. Q. G.

Comme ainsi soit que par grâce divine soyons délégués au gouvernement de tout le peuple, et que la charge totale nous en aye été délaissée quant à l'extérieur, afin que de notre part il ne survienne aucune confusion, par faute d'avertissement public, Nous par mûre délibération, avec l'avis des eubages, vacies, sarronides, nobles et autres du tiers-état, avons ordonné et ordonnons les articles ci-dessous déclarés, pour être inviolablement observés, à l'exemple de nos devanciers, et autres de notre manière de vivre,

doit au souverain Être ; 2° la distinction des fonctions des prêtres; 3° l'obligation d'assister à leurs instruc

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tions et aux sacrifices solennels; 4° la défense de discuter les matières de religion et de politique, excepté

III.

Si quelqu'un par son obstination aurait été excommunié et chassé des sacrifices, qu'il ne soit tant téméraire de s'y présenter ni même d'assister devant nous, pour demander son droit de quelque cas, que premièrement ne se soit reconcilié et satisfait à partie : car tel voulons être fui de tout le peuple, tant par eau que par feu, jusques à tant qu'il se reconnaisse.

IV.

Nous ordonnons pareillement que chacun assiste au sermon, qui sera fait par l'un des vacies, afin d'entendre la doctrine de la religion. Et si durant ce sermon il y a quelqu'un qui caquette et babille, nous voulons que par le bideau ou correcteur, qui portera l'épée toute nue en signe de menaces, lui soit coupé un grand lambeau de son manteau. Et si pour seconde et troisième fois il ne se veut taire, étant averti , qu'on lui en coupe une si grande quantité que son habillement en soit difforme, et ne s'en puisse servir. Le semblable voulons être fait en nos assemblées, par les sergens, quand ils voirront quelques-uns qui ne feront silence.

V.

Nous défendons à toutes personnes, de quelque qualité qu'elles soient, de disputer de la religion, et encore moins des affaires de la république, sinon au lieu public et déterminé par ceux à qui il appartient.

VI.

Si quelque citoyen oit dire aux voisins, par bruit commun

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