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PERSE

TRADUIT EN VERS FRANCOIS.

S

SATIRE

SECONDE.

Le Poéte blâme les vœux impertinens, & montre avec quel efprit on doit aprocher l'autel.

ACRIN, marque aujourd'hui par ta réjouiffance

ME

Le retour fortuné du jour de ta naiffance joins en l'heureux calcul à tes ans écoulez, Que ceux qui les fuivront foient de bonheur comblez, Offre & répans du vin à ton Dieu tutelaire, Jamais tu n'as formé d'un efprit mercenaire De ces coupables vœux indignement conçus Et qu'on n'oze adreffer qu'à des Dieux corrompus, Plus un homme eft puiffant moins il veut qu'on entenCe qu'aux piez des Autels en fecret il demande. [de, De ces cœurs indifcrets tous les temples sont pleins, Et loin d'en voir banis ces profanes humains [mes Peu de mortels voudroient dans le temps où nous fomQuand ils parlent aux Dieux fe faire entendre aux hommes,

Mens bona, fama, fides, hac clarè, & ut audiat hofpes I

Illa fibi introrfum, & fub lingud immurmurat: ô fi

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Impello, expungam: namque eft fcabiofus, & acri

Bile tumet, Nerio jam tertia ducitur uxor.

Mais quand un vertueux demande come toi
Que l'aveu du public foit le prix de sa foi,
D'avoir une ame dréte Y un cœur que rien n'abate
Ce mortel ne craint point que fa priere éclate.

Ecoutez Philocryse. O fi, dit-il tout bas,
Le ciel de mon vieil oncle avançoit le trépas,
S'il me le faifoit voir avec pieuse escorte
A l'ombre d'un drap noir étendu fous fa porte,
Que d'un air compofé, le vifage abatu,
Marchant à pas comptez, & d'un grand deuil vétu,
J'irois à la clarté d'un pompeux luminaire
Accompagner fon corps bien cloué dans fa biére.
Ne puis-je, dit un autre auffi charmé de l'or,
En bêchant mon jardin rencontrer un trefor,
Je n'irois pas en fou comme a fait un la N.
Manger des milions pour rentrer dans la boue,
Mais en fage économe allant à petit train,
A mes nombreux enfans j'afsurerois du pain.

Ciel accorde à mes vœux la mort de ce pupile, Dit un autre, il languit dans un corps plein de bile, C'est un petit galeux qui me prive aujourd'huy D'un bien fubftitué qui me vient aprés lui. Combien d'autres enfin murmurent dans leur ame? Combien difent toutbas,hé quoi! toûjours ma femme!

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7

Hac fanétè ut pofcat, Tiberino in gurgite mergis

Mane caput bis, terque, & noctem flumina purgas.

Heus age, refponde, minimum eft quod fcire laboro:

De Jove quid fentis? eftne ut praponere cures

Hune cuiquam cuinam? vis Staje? an fcilicet hares &

Quis potior judex, puerifve quis aptior orbis ?,

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Dic agedum Stajo: proh Juppiter! ô bone elamet,

Juppiter! at fefe non clamet Juppiter ipfe?

Ignoviffe putas, quia cum tonat, ocyus ilex

Que Furgon eft heureux, que fon deftin eft beau,
Trois qui l'ont enrichi dorment dans le tombeau
Et pas une ne va d'une langue indiscret e
Divulguer de fa mort l'avanture secrete.

Je t'en conjure, ô ciel! reprens celle que j'ai,
Et rens par d'autres vœux mon cœur moins aflige.
Ainfi parle Timante, & de fon ame impure,
Croit qu'un peu d'eau-benite ôtera la fouillure,

Mais dis-moi toi qui fais des vœux fi criminels, Quel eft ton fentiment touchant les immortels? A qui compares-tu le Maître du tonerre, Choifis, mets en balance un juge de la terre, Prens celui que tu crois avoir moins de vertu, Prens le plus fcelerat, un Staius, le veux-tu ? Doutes-tu qui des deux eft le plus équitable, Va faire à ce Staius ta demande coupable, Qu'il entende en fecret tes facrileges vœux, Bon Dieu! s'écrira-t-il, qu'ai-je oui, malheureux ? Que dis tu, fcelerat? Et dans ta fole rage, Tu crois qu'un Dieu plus juste en soufrira l'outrage, Tu crois par fon oubli ton crime pardoné, Lorsque fans te fraper sa vangeance a toné, Et que fa foudre au-lieu de t'écrazer la tête, Fait fur le tronc d'un chefne éclater fa tempête.

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