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pense ; verum quidem est nos non velle Deum ut est nostra merces, nostrum bonum , etc. ne sont ni dans la page 52, ni dans la 54, qu'ils citent, ni en aucun autre endroit : dans la 52, au lieu des termes : Nous ne voulons point Dieu , j'ai mis : En cet état on ne veut plus le salut comme le salut propre : ne vouloir point le salut comme salut propre, selon tout mon livre, est ne le vouloir point par un désir humain et naturel qui ne vient que de l'amour naturel que nous avons pour nous-mêmes, auquel la grâce n'a aucune part. Ce n'est donc pas le désir de Dieu que j'exclus, mais l'amour naturel qui nous fait désirer la béatitude. Rien n'est plus différent de Dieu, que les désirs naturels et sans grâce dans lesquels consiste la propriété. Comment donc les prélats ont-ils voulu que ces termes fussent synonymes, et qu'on pût mettre en' traduisant mon livre le terme de Dieu, Deum , en la place de celui de salut en lant que propre, quand même ils prétendroient que le salut en tant que propre est la même chose

que

Dieu: comme du moins ces mots sont différens dans une traduction, où on veut rapporter mes propres paroles, il falloit mettre, comme moi, salutem quatenus propriam.

Dans la page 54, qui est la seconde qu'ils citent, je me sers encore du terme de salut; et voici comme je parle : « Il est vrai seulement qu'on ne le veut » pas en tant qu'il est notre récompense, notre bien, » et notre intérêt : c'est en ce sens que saint Fran» çois de Sales a dit que s'il y avoit un peu plus du » bon plaisir de Dieu, etc. » Je rapporte ensuite plusieurs passages de ce saint, sans les interrompre par aucun raisonnement, et puis j'ajoute immédiatement après ces passages : « Les autres saints des der» niers siècles qui sont autorisés dans toute l'Eglise , » sont pleins d'expressions semblables ; elles se ré» duisent toutes à dire qu'on n'a plus aucun désir » propre et intéressé ni sur le mérite, ni sur la per» fection, ni sur la beatitude éternelle. » Il est clair que dans la page 54 de mon livre, je donne aux paroles que

la Déclaration cite, en mettant Dieu au lieu de salut , le même sens qu'aux passages de saint François de Sales ; puisqu'après avoir rapporté ces paroles, je dis immédiatement après : C'est en ce sens que saint François de Sales a dit, etc. Il ne s'agit donc plus que du sens que je donne aux passages de saint François de Sales que je rapporte. Cesens, comme on le voit dans la page 57, va seulement à exclure les désirs propres et intéressés sur le salut ou la béatitude éternelle. Voilà à quoi je réduis toutes les expressions que je rapporte de saint François de Sales, et les miennes que les prélats citent; puisque je dis qu'il faut les entendre dans le sens que je donne aux passages de ce saint. Il est donc manifeste que je ne veux, dans cet endroit de la page 54, que l'exclusion du désir propre et intéressé sur la beatitude. Ce désir propre selon moi est le désir naturel et délibéré

que la grâce ne forme point en nous; qui sans être péché est une imperfection, comme je l'ai expliqué si souvent. Exclure ce désir naturel, pour ne désirer plus le salut que par un principe de grâce, est-ce ne vouloir plus le salut? est-ce ne vouloir plus Dieu, comme on m'en accuse ? On voit à quoi se réduit cette contradiction qu'on me reproche,

et qu'on assure être dans mon livre en propres

termes.

XVI.

DÉCLAR. En général le style de ce livre est plein de détours, et il échappe au lecteur, en sorte que dans la plupart des endroits on ne peut qu'avec une extrême peine trouver un sens net et précis. Ce qui marque une doctrine qui ne s'accorde pas avec ellemême, et plutôt des faux-fuyans que de vrais correctifs.

Rép. Les trois prélats disent que mon style est plein de détours et de subtilités. C'est attaquer à la face de toute l'Eglise encore plus ma bonne foi et ma probité que ma doctrine. Mais je soutiens

que

dans leur prévention ils n'en disent pas encore assez. Rien n'est moins subtil et moins artificieux, qu'un livre où l'auteur se contredit grossièrement dans toutes les pages. Dès qu'on suppose que mes négations excluent absolument les motifs qui spécifient toutes les vertus, et que j'ai ôté le désir du salut; mon livre loin d'être composé avec art et plein de faux-fuyans, est insensé, ridicule et extravagant d'un bout à l'autre. Un enfant qui commence à entendre ce qu'il dit ne tomberoit pas dans ces contradictions. Ce ne seroit plus mon livre qu'il faudroit censurer sérieusement. Ce seroit mà personne insensée qu'il faudroit renfermer. Plus ces contradictions sont grossières, moins il faudroit les imputer à un confrère. On devroit supposer qu'elles ont dans son livre le même dénouement simple et naturel, qu'elles ont dans les livres des saints et même dans les ouvrages, qu'on a approuvés.

XVII.

DÉCLAR. On trouve dans ce livre ces paroles : « Le désir de la vie éternelle est bon; mais il ne faut » désirer que la volonté de Dieu. » Elles sont citées comme étant de saint François de Sales, et nous ne les trouvons point dans ses ouvrages.

Rép. Ce passage, que les prélats ne trouvent point, les embarrasse; car il semble exclure sans adoucissement le désir du salut, et réduit tout à ne vouloir que

la seule volonté de Dieu. Mais saint François de Sales, en réduisant tous nos désirs à la volonté de Dieu, ne croit pas, comme ces trois prélats, que cette réduction exclue les motifs propres des vertus. Au contraire, il croit, comme je le crois après lui, que ce désir de la volonté de Dieu comprend les motifs propres de toutes les vertus qu'on exerce, par les raisons que j'ai expliquées. Mes expressions ne vont pas si loin que celles du saint, et les prélats, qui sentent la force de ce passage, font entendre que je l'ai inventé. Un auteur, qui ne cherche que des faux-fuyans, est bien capable de citations fausses. Mais ils n'ont qu'à lire l'édition de Lyon faite par Pierre Bailly, et achevée en 1628, c'est-à-dire, six ans après la mort de l'auteur, dans le lieu même où il est mort, et long-temps avant les éditions de Paris. Elle fut dédiée à M. l'évêque de Belley, ami intime du saint auteur, et très-instruit de sa vraie doctrine. Ils trouveront ce passage dans le dix-huitième Entretien, p. 424. Que si par hasard ils ne trouvoient plus d'exemplaires de cette vieille édition, j'offre de produire celui que j'ai. Je me croirois fort heureux,

si

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si cette vérification pouvoit diminuer leur prévention contre ma sincérité.

XVIII.

DÉCLAR. Il est dit aussi, dans ce livre, qu'il y a deux états de justes; l'un de la résignation où les désirs intéressés (c'est-à-dire du salut éternel) sont soumis à la volonté de Dieu; l'autre de la sainte indifférence, où il n'y a absolument aucun désir intéressé, excepté dans le cas où l'ame manque à sa grâce et n'y correspond pas pleinement; à quoi se rapportent les choses déjà remarquées , qu'on ne désire pas le salut en tant qu'il est notre récompense et notre bien. Nous rejetons dans nos Articles (1), selon l'autorité de l'Ecriture, ces manières d'éluder les désirs du salut éternel conçus par le motif de l'espérance, comme une doctrine non-seulement fausse, mais encore erronée.

Rép. Dès qu'on suppose, comme M. de Meaux, que l'état de résignation ne renferme point d'autres désirs que les désirs surnaturels du salut commandés par la charité même, et qu'on retranche ces désirs si purs dans l'état d'indifférence ; ce dernier état devient manifestement un état de désespoir, puisqu'on en exclut tous les actes de l'espérance chrétienne. Mais pourquoi les trois prélats affectent-ils toujours de confondre dans mon livre ce qu'ils ont si bien distingué dans les livres du P. Surin, et dans la vie du Frère Laurent ? Pourquoi décider par une parenthèse, que les désirs du salut sont nécessairement mercenaires ? Nont-ils pas dit eux-mêmes, dans la page 21, que le

(1) Art. d'Issy, ix et xi.

FÉNÉLON. IV.

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