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des profits, ou à supporter quelques pertes? Doit-on immoler à la crainte de ces inconi véniens, des principes conservateurs de la propriété, du crédit public? Et și ce motif étoit bon, ne pourroit-on pas l'alléguer sans cesse? Ne faudroit-il pas que la surséance durất toujours ?

» 3o. Connoit-on bien tous les effets d'un arrêt de surséance, accordé à une banque dont les billets sont deyenus d'un usage général? A-t-on calculé si, pour favoriser quelques individus, la surséance ne nuit pas à un beaucoup plus grand nombre ?

» 4°. D'ailleurs, n'est-ce pas secourir la place, que de retirer des billets qu'on a rendus douteux en les multipliant, au point de ne pouvoir les payer à présentation? Et la caisse ne peut-elle pas les remplacer par une valeur réelle, en négociant sa créance de soixante-dix millions? Ne peut-elle pas aller plus loin encore, en retirant, au moyen d'un emprụnt hypothéqué sur le fond de ses actions; une plus grande quantité de ses billets? Ne peut-elle pas aussi éteindre beaụcoup de billets par un appel sur ses actionnaires ?

» 5°. Maintenant qu'il est question de de la payer,

consolider la dette publique, de s'occuper des

moyens payer , est-il nécessaire que les opérations de l'agiotage con ervent leur activité? que l'on continue à faire des marchés sur les évèneinens de chaque jour ? Et si les secours de la caisse, que l'on a raint tant de diminuer, ne servent, en dernière analyse, qu'à entretenir l'activité de l'agiotage; continuer ces secours par des arrers de surséance, n'est-ce pas accroitre des désordres auxquels il importe de mettre fin?

» 6o. Peut-on appeler secours un papier dont le discrédit doit s'augmenter à chaque instant par la difficulté de le réaliser ? Y a-t-il un autre moyen de rendre la caisse constamment secourable, que de maintenir son crédit ?

{ 7o. N'est-ce pas faire perdre à la place de Paris, au royaume entier, un vrai seçours, un secours considérable, que de sus pendre la correspondance des lettres de change entre la capitale, le royaume, et les pays, étrangers ? Et cette correspondance, déja altérée depuis long-teis par les désor dres de l'agiotage, peut-elle se ranimer par des arrêts de surséance? Nela détruiront-ils pas au contraire entièrement?

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> 8. Aux termes de l'arrêt de surséance, que peut-on craindre pour la chose publique en le révoquant? Il déclare que les affaires de la caisse d'escompte sont dans lé meilleur ordre possible , et que la confiance publique dans ses billets est parfaitement juste et bien fondée. Que signifie ce langage, sinon que les propriétés de la caisse sont infiniment supérieures à l'étendue de ses engagemens? Et dès-lors, pour. quoi n'emploierat elle pas ses propriétés à faciliter ses opérations , au lieu de les faire envisager comme des cautions inutiles ?

» Que les actionnaires répondent; qu'ils s'abstiennent de toutes ces assertions qui, dénuées de preuves, n'en imposent qu'à l'ignorance.

» Ou ils pourront nous prouver qu'ils ont pris le parti le plus sage, et alors la confiance renaitra; cu ils se condamneront, et alors ils feront, pour conserver leur établissement, des efforts qui les dispenseront du be oin d'enfreindre les loix et de troubler le repos public.

» Qu'ils ne nous disent pas qu'un ministre irréprochable a jugé l'arrêt de surséance nécessaire ; car cet arrêt est entière ment contraire à ses principes; et au milieu du trouble dont il étoit environné, il a pu craindre que l'on jugeât peu saine- . ment du refus qu'il auroit opposé à la demande de cette surséance; il a pu, distrait par des importunités, ne pas voir toutes les conséquences d'une troisième proroga. : tion.

» Lui a-t-on laissé le tems de réfléchir que la caisse d'escompte n'offre plus rien qui puisse rassurer le public sur une fabrication illimitée de billets , dès qu'elle est dispensée de les

payer à présentation ? Lui a-t-on montré que cette fabrication illimi

favoriser la plus détestable des manoeuvres ? qu'en étendant ou resserrant à leur gré l'escompte des lettres de change, les administrateurs de la caisse peuvent favoriser leurs propres spéculations, faire hausser ou baisser les effets publics, selon qu'ils veulent en acheter ou en vendre? que la concurrence se change en monopole ou en tyrannie dans les mains de ceux qui administrent la caisse, par les secours

peuvent en tirer sous une multitude de formes ?... On nous dit, et le ministre des finances est porté à le croire, que l'a

tée peut

qu'ils

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giotage est sur sa fin : dangereuse erreur que la banque de Paris voudroit accréditer! Non, l'agiotage n'est point détruit; il tient à de profondes racines; à des liabitudes invétérées, à des intérêts adroitement voilés et défendus par des puissances auxiliaires, à un art qui s'est perfectionné plus que tout autre, et qu'on ne détruira qu'en attaquant un à un tous ces nombreux moyens.

» Si les administrateurs de la caisse d'esa compte n'ont que de bonnes intentions, comment ne voient-ils pas qu'infidèle dans un point si grave,

la caisse donne carrière à tous les soupçons, et qu'il en peut résulter, pour elle et pour eux-mêmes, des évès nemens, sans comparaison plus fåcheux que tous les sacrifices qu'elle doit faire dans les conjonctures difficiles. ?

» Lorsqu'une banque, dont les profits résultent de la confiance à laquelle le pu= blic est moralement contraint, aússi-tôt que ses billets sont répandu's en abondance; lors, dis-je , qu'une telle banque trompe cette confiance, ses administrateurs pensent-ils qu'il en est de cet évènement comme de la faillite d'un simple marchand ?

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