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demeura le temps prescrit au milieu des bêtes farouches'. Ses cheveux devinrent grands comme le plumage de l'aigle, et ses ongles comme les griffes des oiseaux de proie.

Daniel fit une prédiction encore plus funeste au roi Balthasar, petit-fils de Nabuchodonosor 2.

Ce prince, étant à un festin magnifique dans son palais, voulut profaner les vases sacrés de Jérusalem en les employant à ses débauches ; mais, au moment où il versait du vin pour ses femmes et ses officiers, il parut tout à coup une main qui écrivit sur la muraille sa condamnation en trois mots, dont personne ne pouvait déchiffrer le sens. Toute la cour était dans le trouble et dans le saisissement. La reine se souvenant alors des anciennes prédictions de Daniel, le fit venir et lui offrit des présents; le prophète les rejeta , et dit au roi, avec une sainte liberté, que, n'ayant pas profité de la leçon terrible donnée à son aïeul, Dieu voulait punir son orgueil et son impiété, et avait écrit lui-même ces trois mots, mané, thecel, pharès ; le premier marquait que le Seigneur avait compté les jours de son règne, et qu'ils étaient accomplis; le second signifiait qu'il avait été pesé dans la balance céleste et trouvé trop léger; enfin le mot pharès annoaçait la destruction de son royaume par les Mèdes et les Perses , qui le partageraient.

Le roi, loin de punir son courage, le récompensa. Cyrus, à la tête de son armée, parut bientôt devant les murs de BabyJone, et surprit la ville. Balthazar périt, et la prédiction du prophète s'accomplit entièrement.

Sous le règne de Darius Médus, la piété de Daniel fut encore mise à une forte épreuve. On avait ordonné, sous peine de mort , à tout le peuple d'adorer les images du roi. Le prophète refusa cet hommage impie, et Darius , oubliant l'estime qu'il lui portait autrefois, céda au désir de ses ennemis, et le fit descendre dans la fosse aux lions, pour y etre dévoré par ces

· An du monde 3434. — Avant Jésus-Christ 570. 3 An du monde 3466. — Avant Jésus-Christ 538.

animaux". Se repentant de sa cruauté, ce prince espérait un miracle. Il arriva : car, le lendemain, on trouva Daniel plein de vie. Darius, surpris de cette merveille, délivra le prophète, et fit jeter à sa place ses accusateurs, qui furent aussitôt dévorés.

L'Écriture rapporte qu'on jeta une seconde fois ce saint homme dans la même fosse ; que les lions respectèrent toujours sa vie, et que le prophète Habacuc, qui était en Judée, fut transporté à Babylone par un ange qui le tenait par les cheveux, et le descendit dans la fosse, où il apporta à Daniel des aliments dont il était privé depuis plusieurs jours.

Tant de merveilles lui attirèrent enfin une confiance et une vénération universelles, et, pour compléter son triomphe, il démasqua la fourberie des prêtres de Bel, et découvrit au roi comment ces imposteurs enlevaient secrètement, la nuit, du temple, les victimes qu'on croyait consommées par l'idole.

Dès l'âge de douze ans, Daniel annonça la sagesse qui devait un jour éclater en lui.

CHAPITRE XXI.

Histoire de la chaste Suzanne sauvée par Daniel.

Histoire de Jonas.

Les douze petits prophètes.

SUZANNE, JONAS. Il existait à Babylone une femme d'une beauté merveilleuse, nommée Suzanne; ses vertus égalaient ses charmes. Deux vieillards, amis de son époux Joachim, concurent pour elle une passion criminelle, et se découvrirent l'un à l'autre leur pensée secrète. Ils formèrent le détestable projet de surprendre Suzanne lorsqu'elle se baignait seule dans son jardin. Cachés tous deux dans ce lieu, ils profitèrent de l'éloignement de ses servantes, coururent près d'elle, et lui déclarèrent leur

An du monde 3466. - Avant Jésus-Christ 538.

coupable amour, en la menaçant, si elle résistait, de déposer publiquement qu'ils avaient trouvé chez elle un jeune homme enfermé. Suzanne, ne pouvant par ses prières les ramener à la justice et à la vertu, leur dit : « Je sais dans quel péril je « me précipite en vous refusant; mais j'aime mieux tomber « innocente entre vos mains que de commettre un péché de« vant Dieu qui me voit. » Les vieillards, furieux, jetèrent de grands cris, ouvrirent les portes, et dirent à tous ceux qui arrivaient qu'ils avaient trouvé Suzanne en adultère, et que, malgré leurs efforts, le coupable s'était sauvé. Suzanne fut conduite le lendemain au tribunal; sa famille fondait en larmes. Sa réputation plaidait inutilement pour elle : le témoignage de deux vieillards respectés était accablant. Les juges la crurent coupable, et la condamnèrent à être lapidée. On la menait au supplice, lorsque Dieu inspira le jeune Daniel, âge seulement de douze ans, qui s'écria au milieu du peuple : « Je « ne suis point coupable du sang innocent qu'on va verser. » Cette audace emut les assistants; l'affaire fut examinée de nouveau ; la vieillesse corrompue des accusateurs n'osa soutenir ses calomnies devant l'enfant prophète; leur trouble découvrit leur crime; et ils subirent la peine qu'ils avaient voulu faire souffrir à la vertu.

La vie de Daniel est remplie de visions et de miracles; il convertit les idolâtres, consola les Hébreux, et prédit la fin de la captivité, ainsi que la naissance du Rédempteur.

L'Écriture cite encore deux autres envoyés de Dieu, qu'elle nomme les petits prophètes : Osée et Joël sous le règne de Jéroboam; Amos et Abdias, du temps d'Osias; Jonas, à l'époque où Israël était gouverné par Joas ; Michée, pendant le règne de Joathan; Nahum, pendant celui d'Achaz; Habacuc et Sophonie, contemporains de Jérémie et de Daniel ; Aggée et Zacharie, lorsqu'on rebåtissait le temple. Malachie leur succéda, et fut le dernier des prophètes jusqu'à saint Jean-Baptiste.

On retrouve dans leurs ouvrages les mêmes reproches contre les péchés des hommes, les mêmes menaces des ven

geances de Dieu, et la même certitude de l'arrivée du Sauveur qu'ils annonçaient.

Nous dirons seulement quelques mots de Jonas, dont la Bible rapporte plus particulièrement les aventures. Ce prophète reçut de Dieu l'ordre d'aller prêcher à Ninive. Il voulut désobéir, et s'embarqua pour Tarse. Dieu , irrité, excita une violente tempête; le vaisseau allait périr; Jonas déclara aux marins consternés qu'il était seul la cause de leur malheur; on le jeta à la mer ; la tempête s'apaisa aussitôt. Jonas, englouti par une haleine, resta trois jours dans son corps, et y composa un cantique pour exprimer son repentir', qui fléchit la colère céleste. Il prédit ensuite la destruction de Ninive. Il fut le premier prophète qui prêcha la parole de Dieu à des païens.

Il avait annoncé aux Ninivites que leur capitale périrait dans quarante jours. Le peuple, effrayé, jeûna, pria, se convertit ; et Dieu , touché de sa soumission, révoqua son arrêt. Jonas en conçut un vif ressentiment, craignant de passer pour un faux prophète. Un jour, étant assis près de la ville, à l'ardeur du soleil, Dieu fit croître à l'instant un grand lierre qui le couvrit de son ombrage ; mais, le lendemain, le Seigneur fit piquer par un ver la racine de cet arbre, qui sécha; et Jonas, brûlé par le soleil, souhaita de mourir. Dieu lui dit alors : « Vous vous affligez de ce que ce lierre est mort, quoique « vous n'ayez point contribué à sa naissance; el moi, comv ment n'aurai-je pas été touché de la destruction de Ninive « et des prières de cent vingt mille de mes créatures qui ha« bitent cette ville, et ne savent pas encore discerner le bien a du mal. »

1 An du monde 3197. — Avant Jésus-Christ 807.

Gouvernement théocratique des Juifs. - Jalousie entre Samarie et Jérusalem.

Fratricide et mort du pontife Jean. -Gouvernement de Sanaboleth. — Respect d'Alexandre pour Jérusalem. État de la Judée après la mort d'Alexandre.

Gouvernement d'Onias. Trahison de Simon. Violation du temple de Jérusalem par Héliodore.

Sa punition.

Usurpation de Jason. - Sa déposition. Pontificat de son frère Ménélaüs. Mort du pontife Onias. Mort du pontife Lysimaque Guerre entre Jason et Ménélaüs. - Défaite et mort de Jason. Prise de Jérusalem par Antiochus. Pillage du temple. - Idolâtrie des Juifs.

RÉPUBLIQUE JUIVE, GOUVERNEMENT DES PONTIFES.

Les Juifs, revenus de leur captivité, reprirent le gouvernement théocratique, sous lequel ils avaient vécu du temps de Moïse, et avant que Samuël, cédant à leurs prières, leur eût donné un roi. Ils n'étaient point indépendants, puisqu'ils reconnaissaient l'autorité des rois de Perse, successeurs des rois d'Assyrie qui les avaient conquis. Ils payaient des tributs, fournissaient des troupes à leurs vainqueurs, et ne pouvaient faire d'alliance sans leur consentement; mais on les laissait libres dans leur administration intérieure sous la conduite de leurs anciens, qui formaient une espèce de sénat. Ils suivaient sans empêchement leur culte dans le temple qu'on leur avait permis de rebåtir ; leurs grands-prêtres étaient les chefs de cette république, et l'on voit par plusieurs lettres parvenues jusqu'à nous que c'était à ces pontifes que les rois étrangers s'adressaient dans leurs relations avec la Judée.

Presque tous les Israélites des douze tribus, fidèles à leurs religion, se trouvaient réunis à Juda et à Benjamin dans le pays de Jérusalem.

Samarie avait été peuplée par des Mèdes, des Perses, des Assyriens, et par les Hébreux tombés dans l'idolâtrie. Il résultait de cet état de choses une grande jalousie, une haine constante entre Samarie et Jérusalem ; et Josèphe reprochait aux Samaritains de prétendre toujours qu'ils étaient Israélites

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