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dant à ressusciter le concordat de François Ier, et de Léon X, dont, selon lui, le concordat de 1817 n'est que la contre-épreuve. Il vote le rejet du projet.

M. le ministre des affaires étrangères repousse les principales objecjections des adversaires du projet de loi. L'orateur répond à M. B. Constant, qui a dit, dans la dernière séance, que la vente des biens du clergé étoit un acte légitime. Le ministre ne sauroit approuver cette doctrine; la confiscation des biens du clergé fut un acte de tyrannie, et cette première injustice en a amené bien d'autres. Elle est consommée, elle est irréparable; mais ce n'est pas une raison pour la légitimer dans son origine, et ceux qui veulent justifier ainsi toutes les mesures extrêmes de la révolution, montrent, ce semble, beaucoup de préoccupation ou bien peu d'équité. Au reste, il s'agit aujour d'hui de satisfaire les premiers besoins temporels et spiritue's. L'orateur rappelle les mesures prises en 1817, et venge les missionnaires des attaques si injustement dirigées contre eux. Puis il entre dans une discussion détaillée du projet de loi, et conclut à son adoption.

M. Royer-Collard critique le concordat de 1817; quant au projet de loi, un de ses caractères est, selon lui, l'oubli de tous les principes Législatifs. M. Royer-Collard se plaint ensuite de ce qu'on a établi l'amélioration du clergé sur une base aussi précaire que les extinctions des pensions ecclésiastiques. Au lieu de besoins incertains et variables, dit-il, traitez le clergé d'une manière plus digne de lui; n'imprimez pas le caractère insultant de l'aumône à ce qui n'est que votre dette, et pas même une dette volontaire. Il ne faut pas humilier ceux qu'on a dépouillés. L'honorable membre exprime le veu que le ministère présente, la place de son projet de loi, deux autres projets; l'un sur-le-champ, qui détermineroit une nouvelle fixation de tous les traitemens ecclésiastiques, et des pensions des anciens religieux et religieuses; l'autre, qui proposeroit l'érection, non pas de tel nombre d'évêchés, mais de tels evéchés qui seroient nécessaires.

M. Delamalle, commissaire du Roi, défend le projet du gouvernement, que combat ensuite M. Méchin. M. de Sesmaisons parle en faveur du projet de loi amendé par la commission. Son discours a paru rempli de sages principes et d'heureux mouvemens.

Le 16, l'ordre du jour est la reprise de la discussion du projet de loi relatif au clergé. M. Bogne de Faye vote contre le projet de loi et contre les amendemens de la commission. M. de Castelbajac combat le système de M. le ministre de l'intérieur, qui a cherché, dit-il, pour la seconde fois, à établir un mode de discussion attentatoire aux droits des chambres, destructif de leur indépendance et contraire au respect dû au nom du Roi. L'orateur appuie avec force les amendemens de la commission. Ces amendemens ne sont rejetés par le ministère, que parce que celui-ci trouve qu'ils accordent trop au clergé. Que veut cependant la commission? l'exécution même de la Charte, qui dit qu'au Roi seul appartient le droit de conclure des traités.

M. Beugnot reconnoît que le nombre des siéges épiscopaux est insuffisant, et qu'il faut l'augmenter, mais seulement par des mesures législatives. Il combat donc le projet de la commission, et propose un article additionnel, portant que l'accroissement des fonds destinés aux

nouveaux archevêques et évêques, à la réparation des cathédrales, séminaires et autres dépenses diocésaines, sera, à mesure de l'augmentation, porté au chapitre des dépenses du clergé.

M. de la Bourdonnaye croit que, si la révolution ne combat plus la religion corps à corps, elle sait aujourd'hui l'attaquer par des voies détournées et d'une manière encore plus dangereuse. Le projet de loi ini semble fondé sur les principes de la constitution civile du clergé. Le ministère combat d'autant plus l'avis de la commission, qu'il craint de porter atteinte an systême révolutionnaire et de détruire son pluis bel ouvrage. On veut laisser sans exécution le concordat de 1817, et le faire disparoitre. C'est ici, s'écrie l'orateur, la fatte de la volonté ministérielle contre la volonté royale et nationale, j'ose le dire. On nous accusera encore de demander la contre-révolution, dit en finissant M. de la Bourdonnaye; mais il faut s'entendre sur ce mot contrerévolution. S'il exprime tout ce qui tend au maintien de l'ordre et dè la justice, dans ce sens on a raison, nous sommes tous contre-révolutionnaires. M. de la Bourdonnaye conclut pour les amendemens. M. Manuel attaque le projet de toi du gouvernement et les amendemens de la commission; ií annonce qu'il ne fera pas de profession de foi comme le préopinant, et il en fait une peu après. Ses longues digressions excitent plus d'une fois des mouvemens d'impatience dans l'assemblée.

Le 17, M. de Magneval fait un rapport sur un projet de loi qui tend à autoriser la ville de Lyon à emprunter la somme de 600,000 fr., né cessaire pour l'agrandissement de bâtimens destinés à recevoir l'entrepot des denrées coloniales. La chambre entend ensuite un autré rapport fait par M. de Béthizy, sur le projet de loi tendant à créer trois mille actions de 1000 francs chacune, pour les travaux du port de Dunkerque. L'impression de ces rapports est ordonnée, et leur discussion renvoyée après celle sur la loi des finances.

On reprend la discussion du projet de loi sur le clergé, M. Regnouf de Vains appuie le projet de loi amendé par la commission, et parle en faveur des besoins du clergé, des missionnaires et des établissemens utiles à la religion. M. Clausel de Coussergues prouve que les anciennes formes de notre gouvernement n'exigeoient pas l'assentiment du parlement pour les créations de siéges. Buonaparte créa un évéché à Montauban en 1808; les législateurs, les sénateurs et les conseillers d'Etat le trouvèrent fort bon; personne ne réclama.

M. Sébastiani combat le projet, et prétend qu'un concordat n'est pas un traité. M. Pasquier repousse cette distinction, et répond à quelques autres assertions. M. Dudon parle pour le projet, et fait des observations sur le discours de M. Manuel de la veille.

La cloture de la discussion est prononcée. M. de Bonald, rappor teur, prendra la parole au commencement de la séance suivante.

Le prix de l'ouvrage intitulé: Epitome Theologiæ moralis in ccxxxn! Tabulis, à P. F. A. à Goritià, 1 vol. in-4°. est de 8 fr. et 10 fr. franc de port, et non 6 fr. comme il avoit été annoncé par erreur dans notre No. 704.

(N68)

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La Vérité de l'Histoire de saint Paul prouvée par la comparaison de ses Epitres avec les Actes des Apotres; par G. Paley (1).

SEINE

(Mercredi 23 mai 1821.)

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ROYAL

Guillaume Paley, ministre anglican, qui jouit d'une grande réputation dans sa communion, étoit né près Peterborough, en 1743, et fut d'abord élève, puis maître à l'Université de Cambridge. Les leçons qu'il y donna sur la philosophie morale et sur le Testament grec lui firent une grande réputation, et furent comme le canevas des ouvrages qu'il publia depuis. En 1776, il quitta l'Université, se maria, et cut successivement plusieurs bénéfices; on croit même qu'il eût été fait évêque sans quelques liaisons qui donnèrent une idée peu favorable de son orthodoxie. Il étoit ami du docteur Law, évêque de Carlisle, et du docteur Jebb, tous deux latitudinaires. Paley mourut, le 25 mai 1805, avec la réputation d'un critique habile, mais qui poussoit assez loin les priviléges de la raison relativement aux mystères et aux dogmes du christianisme; il étoit ce qu'on appelle en Angleterre un enquirer, c'est-à-dire, un de ceux qui remettent en discussion les vérités et les préceptes du christianisme, et qui se croient permis de chercher à épurer ou simplifier la religion; cependant il fut un des plus réservés de ce parti.

(1) 1 vol. in-8°.; prix, 5 fr. et 6 fr. franc de port. A Paris, chez Fantin; et chez Adr. Le Clere, au bureau de ce journal.

Tome XXVIII. L'Ami de la Relig. et du Ro1. D

Ses ouvrages sont des Elémens de Philosophie mo rale et politique, 1785; ils ont eu jusqu'à seize éditions: Hore Paulinæ, ou Vérité de l'Histoire de saint Paul, 1790; c'est le livre que nous avons à annoncer: Aperçu des preuves du Christianisme, 1794; l'auteur partage son sujet en trois parties, preuves directes, preuves auxiliaires et considérations sur quelques objections populaires; il profite beaucoup, dans cet ouvrage, des travaux de Lardner, et l'avoue franchement: Théologie naturelle, ou Preuves de l'existence et des attributs de Dieu d'après les phénomènes de la nature, 1802. Ces écrits ont eu beaucoup de succès en Angleterre. Le style de Paley est simple et clair; il ne recherche point les ornemens, et procède avec sagesse, circonspection et méthode. On a publié, après sa mort, 2 volumes de ses Sermons.

Nous ne nous attacherons ici qu'à donner une idée de la Vérité de l'Histoire de saint Paul, que l'on vient de traduire en françois, et qui le méritoit. Ce livre, qui a eu dix éditions au-delà de la Manche, est rédigé sur un plan neuf. L'auteur, en comparant les Epîtres de saint Paul entr'elles et avec les Actes des Apôtres, déduit la vérité et l'authenticité des uns et des autres de ces monumens. On est libre de supposer, dit-il, que ces écrits ont été trouvés récemment dans la bibliothèque de l'Escurial, et qu'ils sont venus à nous sans aucune preuve extrinsèque ou collatérale de leur authenticité; mais, même dans ces circonstances, on peut prouver que la comparaison de ces écrits fournit un motif suffisant de croire que les personnages et les faits sont réels, les lettres authentiques, et les principaux détails historiques, véritables. Les particula

rités des Epitres de saint Paul, le retour perpétuel des noms de personnes et de lieux, les fréquentes allusions aux incidens de sa vie privée, les circons tances de son état et de son histoire, la connexion et la conformité de ces circonstances avec celles racontées dans les Actes des Apôtres, le rapport qui existe entre celles dont il est fait mention dans les différentes Epîtres: telles sont les considérations qu'embrasse Paley, et par lesquelles il établit une coïncidence non préméditée. Si ce qu'on trouvera dans ce livre, dit-il en terminant l'exposition de son plan, ajoute un fil au tissu des probabilités qui attestent la vérité de l'histoire du christianisme, le lecteur sera payé de son attention par l'extrême impor tance du sujet, et mon intention aura été pleinement remplie.

L'auteur, dans une suite de chapitres, parcourt les différentes Epîtres, et examine la correspondance de leurs parties. Ce travail suppose beaucoup de recherches, de méthode et de sagacité, et surtout une parfaite connoissance des circonstances de la vie de saint Paul. Paley fait remarquer des points de comparaison entre les Epîtres, ou bien il dissipe des contradictions qu'on auroit cru voir au premier coupd'œil. Dans cet examen il descend à tous les détails avec l'attention la plus scrupuleuse, et trouve dans les moindres particularités des rapprochemens ou des inductions propres à l'éclairer. Sa critique est judicieuse et soignée, et la réserve avec laquelle il donne ses conclusions annonce autant de modestie que de connoissances et de tact.

L'auteur n'a pas fait entrer dans son examen l'Epître aux Hébreux, soit qu'à l'exemple de plusieurs

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