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SECONDE PARTIE.

DES DIVERS ÉCRITS POLITIQUES.

SEECION PREMIÈRE.

DES LETTRES.

CONFORMÉMENT au plan annoncé dans l'intro duction, nous traiterons ici des quatre espèces principales de ces écrits; savoir, des lettres, des mémoires, des actes publics et des discours , en excluant toutefois ce qui, sous ces rubriques, aurait rapport aux fonctions des personnes diplomatiques, et que nous renvoyons à la troisième partie de notre essai.

CHAPITRE PREMIER.

Des Lettres entre les Souverains.

Il est rare que les souverains correspondent directement entre eux sur les affaires politiques. Ils le font, ou dans des cas particuliers, ou pour appuyer les représentations de leurs ministres. Dans ces sortes de lettres les affaires sont traitées en termes fort généraux, et on finit ordinairement

ce

pourra dire

en s'en remettant à

que

le ministre plus amplement sur ce sujet.

Ces écrits sont trop importans pour admettre aucune idée ou même aucune expression superflue. On ne doit y faire entrer que ce qui appartient au sujet , et ce qui sert à le présenter avec plus de clarté et de force. La concision, la gravité, une simplicité noble, sont les qualités de style les plus convenables à la dignité des souverains.

Ces lettres, comme toutes les autres, contiennent cinq parties toutes soumises à certa i nes formes du cérémonial :

L'inscription, dans laquelle on apostrophe au vocatif, et quelquefois avec un salut, ceux auxquels on écrit.

2° Le texte, ou le corps de la lettre.

3° La conclusion, qui exprime ordinairement des voeux ou l'expression de quelques sentimens.

4° La souscription, ou formule, qui précède et accompagne la signature, et qui renferme encore quelques expressions de courtoisie.

5° La suscription, ou adresse.

On distingue trois espèces de lettres suivant l'emploi du cérémonial dans ces diverses parties, dont nous venons de parler.

r° Les lettres de conseil ou de chancellerie, où le cérémonial s'observe dans toute sa rigueur, soit

à l'égard de celui qui écrit, et où ce dernier parle de lui à la première personne du pluriel.

Les lettres de cabinet ou de la main, dans lesquelles on parle de soi à la

à première personne du singulier, et où l'on observe un cérémonial moins rigoureux, mais cependant convenable à la dignité des personnages.

Les lettres en billet, qui, délivrées des chaînes du cérémonial, ne sont pas même assujéties aux formalités des lettres ordinaires.

Les lettres écrites de la propre main des souverains ne forment point une espèce particulière.

L'usage n'a point fixé les cas où l'on doit écrire des lettres de chancellerie ou de cabinet, On voit ces deux formes également employées pour traiter d'affaires importantes et pour des complimens.

En général il est admis que les têtes couronnées et d'autres princes d'un rang très - élevé s'adressent réciproquement des lettres de chancellerie et de cabinet. Les états d'un

trèsinférieur au roi, tels que les simples ducs, les républiques, etc., ne peuvent leur adresser que des lettres de chancellerie. D'un autre côté, on regarde comme une preuve d'égard, qu'un souverain du premier rang adresse à un prince d'un rang inférieur ou à une république des lettres de cabinet. Entre souverains égaux l'usage de ces dernières est envisagé comme un procédé d'amitié. Mais ce qui les fait ordinairement préférer aux lettres de chancellerie, c'est qu'elles sont plus favorables au secret.

rang

La différence entre les lettres de chancellerie et les lettres de cabinet se manifeste dans toutes les parties de l'écrit, comme nous allons le voir.

ARTICLE PREMIER.

Des Lettres de chancellerie.

I. De l'inscription.

Dans ces lettres, l'inscription réunit tous les titres de celui qui écrit et de celui auquel on écrit, les premiers au nominatif, les seconds au datif et au vocatif. En français on supprime ordinairement le salut; cependant on en trouve quelques exemples.

Les souverains qui écrivent à des puissances fort inférieures, commencent par tous leurs propres titres, mais sans y mettre les titres de celui auquel ils écrivent. Les princes d’un rang assez élevé pour

écrire aux rois des lettres de chancellerie, placent leurs propres titres sous le corps de la lettre.

II. Du corps des lettres.

Le caractère le plus distinctif est qu'on parle de soi par la première personne du pluriel. Les égaux se donnent leurs titres mutuels; les inférieurs les donnent de nécessité aux supérieurs; les supérieurs les donnent ou les refusent à leur gré aux inférieurs. La plupart des rois les refusent aux républiques.

III. De la conclusion.

Les formules de la conclusion sont presque toujours les mêmes. On y répète les titres au vocatif. On continue dans la même ligne d'écrire la date, du moins on la met toujours au-dessus de la signature.

IV. De la souscription ou signature.

le

On place la souscription sous la date et sans aucune connexion avec le corps de la lettre. Entre souverains égaux le possessif n'est expri.né que par pronom Votre. Quelquefois cependant on dit : de Votre Majesté, le, etc. La courtoisie ne contient que les termes qui expriment la relation des

personnes, comme ami, frère, cousin, etc. On peut y ajouter les mots très-affectionné, etc.

Dans les lettres du roi de France aux cantons suisses , il n'y avait autrefois ni possessif, ni courtoisie, et le roi écrivait simplement son nom au bas de la lettre.

Les lettres de chancellerie sont ordinairement contresignées par le secretaire d'état.

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