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plois, bannit et dépouilla tous les citoyens qui voulaient défendre la liberté. Un d'eux, nommé Démas, puissant par ses richesses, et qui s'était distingué à la guerre, traversa long-temps ses projets. Démas avait pris en amitié un jeune homme nommé Agathocle , fils d’un potier, remarquable par sa force prodigieuse et par une rare beauté.

Démas, élu chef par les Agrigentins, donna mille hommes à commander à Agathocle. A la tête de cette troupe, il déploya une intelligence, montra une audace et fit des exploits qui lui acquirent beaucoup de renommée. Démas mourut; sa veuve, éprise d'Agathocle, l'épousa , et lui apporta une immense fortune.

La richesse d'Agathocle , son crédit sur le peuple, sa vaillance et son ambition le rendirent suspect à Sosistrate, et le tyran voulut le faire assassiner. Il se déroba à ses coups, et, suivi de quelques partisans, chercha fortune en Italie. Son caractère trop violent le fit chasser de deux villes de cette contrée. Sosistrate l'y poursuivait toujours. Agathocle , ayant rassemblé quelques aventuriers et des bannis, attaqua et battit les troupes de son persécuteur.

Sosistrate, plus ambitieux qu'habile, se trompa Son exil. sur ses forces; il tenta de détruire dans Syracuse toute forme de gouvernement démocratique. Le peuple se révolta et le bannit. Chassé de la ville avec sept cents des principaux partisans de l'oli

Prétention d'Agatocle

garchie, il demanda des secours aux Carthaginois, et voulut, avec leur appui, rétablir la tyrannie. Les Syracusains lui opposèrent Agathocle, qu'ils chargèrent du commandement de leurs troupes.

Le nouveau général, par sa valeur, justifia leur eu pouvoir choix, défit complètement les ennemis et reçut

sept blessures en combattant. De retour dans la ville, son impétuosité trahit sa politique ; il laissa percer le désir d'arriver au pouvoir suprême; le peuple s'irrita ; les amis de la liberté formérent le projet de le faire périr. Averti de ce complot et voulant s'assurer de sa réalité, il revêtit un esclave de ses vêtemens et lui ordonna de se rendre le soir dans l'endroit où les conjurés devaient exécuter leur dessein. Cet homme fut massacré. Agathocle, déguisé, se déroba par la fuite aux poignards de ses ennemis. Tandis que les Syracusains croyaient s'être délivrés de cet ambitieux, et se réjouissaient de sa mort, il reparut tout à coup aux portes de la ville à la tête d'une armée d'étrangers qu'il avait levée en Sicile. La surprise augmenta la crainte; on négocia au lieu de combattre, et le peuple permit à Agathocle de rentrer dans Syracuse. On exigea de lui le serment de renvoyer ses troupes et de ne rien entreprendre contre la démocratie. Il se prêta à tout ce qu'on voulut, et congédia ses soldats, mais en leur indiquant un lieu de réunion et les moyens de se rejoindre au premier signal,

Peu de temps après, sous prétexte d'une expé- Sa crnauté. dition projetée par les Syracusains contre la ville d'Erbite, il rassembla son armée, la fortifia d'un grand nombre d'hommes tirés de la lie du peuple et leur dit : « Avant de combattre les ennemis » étrangers, délivrez-vous d'ennemis plus dange)) reux. Syracuse renferme un sénat composé de » six cents tyrans plus oppresseurs que les Car»thaginois; jamais nous ne goûterons de repos » tant qu'eux et leurs partisans resteront en vie.

) Avant de verser votre sang pour la patrie, as») surez votre existence et sa liberté ; détruisez » toutes les sangsues du peuple et saisissez-vous » de leurs biens. » A ces mots il donne le signal du carnage ; les soldats furieux égorgent tous les citoyens dont la fortune ou le rang excitaient leur haine ; ils n'épargnèrent ni l'âge ni le sexe; le massacre et le pillage durèrent deux jours; plus de quatre mille personnes périrent. Enfin Agathocle fit cesser cette boucherie. Rassemblant ensuite les citoyens consternés qui avaient survécu au massacre, il leur dit : « Vos maux étaient » grands; ils exigeaient un remède violent. Je » vous ai affranchis de vos tyrans ; j'ai consolidé » la démocratie par leur mort; à présent je me ) voue à la retraite et au repos. »

Tous les complices de ses crimes avaient besoin de son appui pour que leurs violences restassent impunies. Ils le conjurèrent de garder la puissance

Bon got

Vernement.

Sa

souveraine, et parurent le forcer à monter sur le trône, objet constant de son ambition.

Son premier acte fut d'abolir les dettes et de partager également les terres entre tous les citoyens. Le peuple, recevant de sa main les dépouilles des grands, s'unit à lui par l'intérêt, le plus fort des liens.

Agathocle, croyant alors son pouvoir bien affermi, se montra plus humain. Il fit des lois assez sages; pour occuper l'armée, il se mit en campagne et s'empara de toutes les villes de Sicile qui

n'appartenaient pas à Carthage. Malgré ce ménaLes Cartha- gement, les Carthaginois envoyèrent contre lui

guerre avec

Amilcar avec une armée. Les mécontens s'y joi-
gnirent; Agathocle perdit une grande bataille, et
se vit forcé de se renfermer dans Syracuse. Assiégé
par les Carthaginois, il se crut perdu sans ressource.
Dans cet instant critique, son génie lui suggère le
projet le plus audacieux. Il arme les esclaves
prend avec lui la plus grande partie de ses troupes,
et ne laisse dans la ville qu'une garnison suffisante
pour défendre les remparts. Sous prétexte de faire
une expédition sur les côtes de Sicile , il monte
sur sa flotte, met à la voile et débarque en Afrique
près de Carthage. Pour comble de témérité, crai-
gnant d'affaiblir ses forces, s'il en laissait une
partie sur ses vaisseaux, il dit à ses soldats
« J'ai juré à Proserpine et à Cérés de leur offrir
» notre flotte en sacrifice si elles favorisaient notre

» entreprise : accomplissez mes sermens pour que » les dieux nous donnent la victoire. » A ces mots il saisit unetorche; ses soldats entraînés le suivent, et tous les vaisseaux sont consumés par la flamme. L'armée, forcée par cette résolution extrême de vaincre ou de périr, marcha contre les ennemis qui étaient sortis de leurs murs sous les ordres de Bomilcar et d'Hannon.

Agathocle, avant de commencer le combat , Sa vietoire. se servit d'un étrange artifice pour ranimer le courage de ses troupes. Il lâcha tout à coup un grand nombre de hiboux qu'il avait fait ramasser. Ces oiseaux, ne pouvant voler bien loin en plein jour, allèrent se percher sur les boucliers des soldats qui regardèrent cet événement comme un signe évident de la protection de Minerve. Leur ardeur s'en accrut; ils remportèrent une victoire complète. Hannon périt dans le combat; Bomilcar se retira sans perte, mais non sans être soupçonné de trahison. De retour à Carthage, il tenta une révolution dans le dessein de semparer du pouvoir suprême. Son projet échoua; le peuple s’arma .contre lui et le fit mourir.

Agathocle, profitant de ses succès, ravagea les campagnes, s'empara de plusieurs forts, et prit une des plus puissantes cités de l'Afrique, qu'on appelait la grande ville. Cependant les Carthaginois, effrayés de ses progrès, avaient envoyé en Sicile à Amilcar l'ordre de quitter cette île pour

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