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Diverses modifications, proposées par MM. Robin-Scévole, Bogne de Faye et de Cordoue, subissent le même sort. On adopte un amendement de M. de Mestadier, portant que, chaque année, la distribution de cette augmentation de crédit sera faite entre les trois chapitres indiqués au présent article, par une ordonnance du Roi, insérée au Bulletin des Lois. M. de Bonald déclare consentir à ce que l'on ajoute le mot de desservans à celui de curés; le paragraphe aínsi modifié est adopté.

On passe au troisième et dernier paragraphe, conçu en ces termes: « Et à l'accroissement des fonds destinés aux réparations des cathédrales, des bâtimens des évêchés, séminaires et autres édifices du clergé diocésain ». M. de la Bourdonnaye demande que ce paragraphe soit supprimé. M. le rapporteur y consent au nom de la commission. Vive réclamation du côté gauche. M. Foy s'écrie que le ministère est réduit au néant; il demande le maintien de l'article. M. le ministre des affaires étrangères déclare que la commission peut se désister de ses amendemens, mais elle ne peut consentir à la suppression d'un article du gouvernement. M. Pasquier appuie le maintien du paragraphe. M. de la Bourdonnaye retire sa proposition. On ferme la clôture, malgré les efforts de M. B. Constant pour se faire entendre. Le troisième paragraphe est adopté; l'extrême gauche n'a pas pris part à l'épreuve.

M. Manuel prononce un long discours, qui a souvent été interrompu par les murmures du côté droit. Il demande que l'on ajoute à la loi un article pour maintenir formellement les articles organiques de 1802. Son amendement est rejeté. On vote sur l'ensemble du projet. Il a été adopté par une majorité de 114 suffrages, sur 324 votans.

L'Annuaire ecclésiastique de la Savoie, pour 1821, n'est pas moins intéressant que celui de l'année précédente. Il contient entr'autres une liste des évêques des Etats du roi de Sardaigne; il y a dans les Etats de ce prince sept archevêchés, Turin, Gênes, Verceil, Chambéri, Cagliari, Oristano et Sassari, et trente-deux évêchés; il existe encore de plus huit abbayes en commende. Les changemens survenus, en 1820, dans le diocèse de Chambéri, sont marqués en détail. Ce diocèse a perdu pendant cette année vingt-huit prêtres, et il en a été ordonné trente-neuf nouveaux. Le grand séminaire de Chambéri, et les huit petits séminaires établis dans le diocèse, à Chambéri, à Saint-Louis-du-Mont, à Anneci, à la Roche, à Mélan, à Saint-Jean-de-Maurienne, à Moutiers et à SaintPierre-d'Albigny, continuent à être en activité, et à fournir des sujets pour l'état ecclésiastique. Il n'y a que douze cures

vacantes. A Aoste, évêché suffragant de Chambéri, M. de la Palme est occupé à former un petit séminaire ; ce diocèse a perdu sept prêtres dans le courant de l'année dernière, et il y en a eu cinq ordonnés.

A la suite de ces listes, l'Annuaire contient plusieurs notices, dont quelques-unes sont extraites de l'Ami de la Religion. Il y en a une sur M. Emery, qui est extraite de celle que nous avions donnée dans la Biographie; une sur l'abbé Grillet, auteur de quelques ouvrages; une sur M. Blain, curé de Pont-Beauvoisin, mort le 18 avril 1820, et dont nous avons déploré la perte. Un autre ecclésiastique distingué du même diocèse, M. Gaspard-Marie Piccolet, né en 1762, est mort le 2 juillet 1820; il avoit professé avec zèle dans les séminaires du diocèse, a fondé une mission à Saint-Julien, sa patrie, et a laissé des fonds pour encourager des vocations à l'état ecclésiastique.

L'Annuaire donne aussi les noms de quelques ecclésiastiques de Savoie, victimes de la persécution. Dominique Dussuel, qui ne paroît pas avoir reçu le sacerdoce, n'avoit pas eu le temps de terminer ses études théologiques quand la révolution arriva. Né en Savoie, en 1769, il alla, en 1790, au séminaire de Verceil, et fut forcé ensuite de s'enrôler dans l'armée piémontoise. Pris, les armes à la main, par les François, au Mont-Cénis, il fut conduit à Saint-Jean-de-Maurienne, et considéré comme émigré. Il auroit pu éviter la mort en déguisant la vérité; mais il avoua nettement pourquoi il avoit quitté la Savoie. Il fut condamné à être fusillé, et souffrit la mort avec courage; ce qui eut lieu à Saint-Jean-de-Maurienne, en avril 1793. M. Jean-Michel Rey, né en 1746, professeur de théologie au séminaire de Saint-Jean-de-Maurienne, puis missionnaire dans les temps fâcheux de la révolution, fut arrêté comme prêtre, envoyé à Rochefort, et embarqué, le rer août 1798, sur la Bayonnoise, pour être conduit à Cayenne, où il arriva le 28 septembre. Il mourut dans la Guiane, le 20 novembre, et fut le neuvième prêtre de Savoie, victime de l'insalubrité du climat et du dénuement où les persécuteurs laissoient les prêtres. La notice sur MM. Vernaz et Morand n'est pas moins édifiante. François Vernaz, né à Chevenoz, en 1759, vicaire de Fessy, exerçoit le ministère avec zèle pendant la terreur, et bravoit les dangers pour sou

tenir et consoler les fidèles, lorsqu'il fut découvert, conduit à Thonon, et fusillé, le 18 ou le 19 février 1794. M. Morand, né au Biot, en 1762, fut vicaire dans ce lieu même, passa dans le Valais aù commencement de la révolution, revint ensuite au Biot pour s'y rendre utile dans l'exercice de se's fonctions, et les exerça en effet pendant quatorze mois; mais il fut arrêté et fusillé, à Thonon, en mai 1794 Nous avons cru devoir recueillir les noms de ces genéreuses victimes.

On trouve encore dans l'Annuaire quelques détails sur des établissemens religieux en Savoie; les Dames du Sacré-Cœur sont établies depuis deux ans à Chambéri; les Sœurs de la Charité font beaucoup de bien à Thonon pour le service des hôpitaux et l'instruction des pauvres; la confrérie de la Sainte-Croix et de la Miséricorde, à Aoste, veille au soulagement et à l'instruction des prisonniers. Mais l'établissement le plus précieux, ce sont les retraites ecclésiastiques, pratiquées depuis si long-temps dans ce diocèse. Ces pieux exercices reniontent au temps de saint François de Sales, et n'ont guère été interrompus que pendant le temps de la plus grande terreur. Quand on ne pouvoit s'assembler en grand nombre, les prêtres se réunissoient cinq ou six, ou même plus, dans une campagne écartée, et s'y ranimoient ensemble dans l'esprit de leur vocation. Depuis le Concordat, les retraites reprirent leur ancienne forme, et eurent lieu tous les ans, malgré les contradictions et les menaces. Aujourd'hui près de trois cents ecclésiastiques se livrent chaque année à ces exercices dans les séminaires de Chambéri et de la Roche; et l'usage des retraites est devenu depuis quelques années général en France; usage aussi lionorable pour la religion qu'avantageux pour ses ministres. C'est là une de ces pratiques que le clergé protestant n'a même pas essayé d'i

initer.

Ce recueil est rédigé dans un excellent esprit; on y trouve l'indication de plusieurs bons livres, et on y montre un grand attachement à la religion et à l'Eglise, et une juste estime pour les hommes recommandables qu'elles ont perdus dans ces dernières années. L'éditeur veut bien aussi faire quelque cas de nos travaux ; nous serions moins avare d'éloges cavers lui, s'il en avoit été plus sobre à notre égard,

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L'église Notre-Dame de Paris tient un rang distingué parmi les anciens monumens que créa la piété de nos pères. On en fait remonter l'origine à Maurice de Sully, évêque de Paris, mort en 1196. Ld prélat, homme habile et zélé, fit abattre l'ancienne église, bâtie par Childebert I., vers le milieu du 6. siècle, et jeta, vers 1162, les fondemens de la nouvelle, qu'il ne put achever. Il paroît cependant qu'en 1185, le choeur étoit assez avancé pour qu'on pût y célébrer l'office divin. Ses successeurs ternnnèrent les travaux de cette partie. La net fut bâtie vers le commencement du 13. siècle, ainsi que la façade principale; les bas-côtés ne furent construits qu'à la fin du même siècle, et les deux portails latéraux furent élevés, celui du midi, dans le même temps à peu près, et celui du nord, dans le commencement du siècle suivant. Les chapelles furent bâties plus tard, et cette église fut ainsi l'ouvrage de deux cents ans de travaux. Elle n'est point sur pilo is, comme on le croit communément; mais les assises posent sur la terre même.

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Cet édifice a 415 pieds de longueur en dehors, 150 pieds dans sa plus grande largeur, et 104 pieds

(1) vol. in-8°. avec figures; prix, 6 fr. et 7 fr. 50 cent. franc de port. A Paris, chez Adr. Le Clere, au bureau de ce journal.

Tome XXVIII. L'Ami de la Relig. et du Ror. E

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de hauteur sous les voûtes; la hauteur des tours est de 204 pieds. Nos rois, les évêques de Paris, plusieurs ecclésiastiques, et différens corps et parti culiers, ont successivement contribué à la décoration de cette église. Les autels, le pavé, les chapelles, les tableaux, les statues qu'on y voyoit autrefois, le trésor, les reliquaires, les vases sacrés, les ornemens, tout indiquoit avec quel zèle on s'étoit porté à embellir ce monument. La révolution a fait disparoître une grande partie de ces richesses intérieures, et à même frappé de son marteau des portions de l'édifice. Le clocher qui s'élevoit au-dessus de la croisée fut abattu en 1793; les statues du dehors et du dedans furent brisées, le trésor envahi, les ornemens dispersés, et le fruit de la piété de tant de siècles fut dissipé et profané par le brigandage et l'irréligion. Cette église, témoin de tant de cérémonies augustes, et qui depuis long-temps retentissoit chaque jour des louanges du Seigneur, fut souillée par un culte absurde et impur, et par des chants impies; et elle présenta, pendant plusieurs années, le triste spectacle de la désolation et de la nudité, ou bien de pompes païennes, et de cérémonies niaises ou insultantes pour la Divinité.

Depuis vingt ans on a travaillé à restaurer cet édi fice, et à effacer les traces des dévastations révolutionnaires. La ville consacre tous les ans 50,000 fr. à cet objet. Déjà plusieurs choses ont été faites; mais il en reste encore beaucoup à faire, et la sacristie entr'autres est dans un état de dénuement bien peu digne de la majesté qui convient au culte divin, et de la pompe qu'on s'attendroit à trouver dans la première église de la capitale.

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