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leurs rapports commerciaux, que les avantages matériels, qui offrent naturellement de leur part un traitement uniforme à tous les étrangers.

Les Anglais , au moyen de conventions préexistantes , ont pu devancer leurs rivaux dans plusieurs branches de l'approvisionnement du Brésil, et il est de fait que leur influence prévaut jusqu'à ce jour sur ce marché.

Après eux, la marine marchande des Américains du nord a dû quelque succès à l'interruption des rapports avec le Portugal. C'est, en effet, le pavillon des Etats-Unis qui est en possession de transporter au Brésil les productions de son ancienne métropole.

Quant au commerce français, il est favorisé au Brésil, comme partout ailleurs, dans l'Amérique du sud, par la bienveillance des habitans et des personnes exerçant l'autorité. Mais deux causes principales s'opposent à l'essor qu'il pourrait prendre à la faveur de la bonne réputation de nos produits et de la préférence que les gens du pays leur accordent.

La première cause, c’est, il faut le dire, la déloyauté de certains pacotilleurs qui, par la mauvaise qualité de leurs marchandises, ont produit chez un grand nombre d'acheteurs des sentimens de défiance et de dégoût. La seconde cause, c'est le défaut d'établissement de quelques maisons de commerce françaises dans les principaux points du Brésil. Saint-Louis de Maragnon, par exemple, appelle un entrepôt de marchandises françaises dans l'intérieur du pays. Cet établissement aurait d'heureux résultats pour le développement de nos relations, et serait très-profitable à ses auteurs. On cite un négociant français qui , étant venu se fixer à Saint-Louis avec un capital de 150,000 fr., parait avoir réalisé dans le terme de peu de mois un bénéfice de 70,000 fr.

Informations sur le choix des cargaisons.

Les modes, la bijouterie , les meubles précieux, les chapeaux, les souliers, les soieries sur-tout , sont les articles que la France peut envoyer avec avantage dans les diverses provinces du Brésil. Nous n'avons pas encore de rivaux pour les modes; mais si l'on continue à n'envoyer que des rebuts de magasins, cette prépondérance sera bientôt perdue.

Les savons de Marseille obtiendraient la préférence dans ce pays sur les savons anglais, si l'on pouvait en abaisser le prix.'

La morue serait un article d'une grande importance, sous le rapport de la navigation à laquelle elle donne lieu. Importée au Brésil depuis octobre jusqu'en mai, elle se vend au prix moyen de 50 fr. les cent quatorze livres, poids de marc.

Les objets de France qui conviennent particulièrement dans la capitainerie du Para, a l'embouchure orientale de la rivière des Amazones, sont les draps, les soieries, les rouenneries , dont les besoins se font souvent sentir par la rare apparition de navires français dans cette province, où l'on prendrait en échange du cacao, du café, de la vanille, du sucre, du coton. Ces articles offrent des bénéfices certains.

Si le Brésil reçoit une quantité remarquable de toiles fabriquées chez les Anglais, la France pourrait, pour cet article, lutter avantageusement avec l'Angleterre, en adoplant le mode de fabrication imaginé par elle. C'est par la légèreté des tissus de leurs indiennes que les Anglais peuvent établir leurs marchandises à un prix très-modique. Cependant, ils reconnaissent la supériorité de nos toiles de bonne qualité, car ils en fabriquent au timbre de nos manufactures. On cite une maison anglaise de Saint-Louis de Maragnon qui a frété un bâtiment au Havre, n'hésitant pas à faire venir une cargaison d'objets de nos manufactures dans un moment où leurs magasins étaient encombrés de marchandises anglaises.

Un nouveau genre de papiers nommé almasse a parfaitement réussi dans la consommation.

On observera enfin qu'en général tous les objets de fabrique française , par l'élégance des dessins et le fini des tissus, l'emportent sur ceux des autres nations; mais que travaillés avec trop de soin , ils ne peuvent être livrés au même prix que les objets anglais.

Si ceux-ci sont de moins de durée, cette durée est suffisante dans un pays où le changement plait, et où les femmes mettent du prix à conserver une immense quantité de toilette.

Nous ne parlerons point non plus du tarif des douanes, dont les pratiques sont tellement variables, abusives et arbitraires , qu'il en résulte des inconvéniens graves pour le commerce français, au point qu'ils ont nécessité des représentations de la part des ministres du roi. Le gouvernement local a donné des ordres positifs pour que les intérêts des négocians français fussent ménagés autant que peuvent le permettre les réglemens brésiliens, et de prochaines améliorations dans ces réglemens ont été annoncées dès le 16 novembre 1824, par un décret publié à Rio-Janeiro.

LA COLOMBIE.

La Colombie, nouvelle république de l'Amérique méridionale, qui se compose de l'ancienne vice-royauté de Vénézuella , du royaume de la Nouvelle-Grenade, y compris l'isthme de Panama, et des provinces de Cumana , de Gyanna et de Maracaybo, s'étend d'un côté, depuis la mer des Caraïbes jusqu'aux frontières du Pérou, au fleuve des Amazones et aux rivières Noire et Blanche, et de l'autre, depuis l'Atlantique jusqu'à l'Océan pacifique. Ces diverses provinces se sont réunies en décembre 1819, sous un même gouvernement, qui prit le nom de république de Colombie. Sa capitale est SantaFé de Bogota , qui jusqu'ici a été aussi le siége du gouvernement. Les documens officiels publiés par le gouvernement du pays, en portent la population à deux millions six cent quarante-quatre mille six cents âmes.

Le gouvernement de cette république s'est occupé d'abord d'opérer les améliorations qu'on peut se promettre de la fertilité de la contrée et de sa position géographique, en

provoquant les naturalisations par les concessions gratuites de terrains. On rapporte à ce sujet qu’un M. Robinson, des Etats-Unis, a conçu le projet d'un grand établissement de culture dans l'intérieur, et dans une position telle qu'il puisse recevoir un entrepôt de marchandises pour l'approvisionnement de Santa-Fé de Bogota.

D'un autre côté, la Colombie ne se montre nullement disposée à cultiver les arts industriels. Elle sera donc long-tems tributaire du travail de l'Europe, et , sous ce rapport, elle offre à l'ancien monde un riche avenir. Néanmoins, les échanges avec l'étranger n'ont eu jusqu'à ce jour que peu d'activité; ce qu'il faut attribuer, d'une part, aux événemens de la guerre, et de l'autre, au vice de l'ancien système commercial, qui défendait aux étrangers d'effectuer eux-mêmes leurs ventes et leurs achats, et les forçait de recourir, pour les moindres opérations, à l'entremise de consignataires nés dans le pays ou naturalisés. Ces consignataires , indépendamment de la commission qu'il fallait leur payer , se permettaient des abus de confiance, des prévarications, des vexations journalières , envers les navigateurs et les marchands étrangers, qui ne contribuaient pas faiblement à les éloigner des ports de la Colombie.

Les Anglais, il est vrai, avaient trouvé le moyen de s'affranchir de tant d'entraves, et d'échapper au réglement des consignataires, en formant, tant à la Trinité qu'à la Jamaïque, des entrepôts où les Colombiens étaient attirés par l'avantage d'opérer leurs achats avec plus de sécurité, sous les lois anglaises, que dans leur pays.

D'un autre côté, la situation de Caracas avait permis aux Hollandais d'imiter ces entrepôts des colonies anglaises, et d'en retirer les mêmes fruits.

Heureusement, il n'existe aujourd'hui plus de traces de ce syslême. Un décret du 28 juillet 1824 a restreint le monopole des consignataires , et tout étranger a le droit de faire lui-même ses propres affaires, en payant les taxes directes ou indirectes auxquelles sont soumis les naturels.

Quels que puissent être les avantages que l'Angleterre et la Hollande trouvent dans la priorité de leurs relations avec la Colombie, la France lutte avec succès et peut y aspirer à la suprématie commerciale, en usant des ressources que lui offre la prédilection des habitans. Cette prédilection a pour base la conformité de religion , ainsi qu'un goût prononcé pour nos mæurs. Il en est résulté jusqu'à ce jour que nos cargaisons ont été préférées à celles des Anglais pour beaucoup d'articles, sauf toutefois les toiles de coton blanches et la draperie commune.

Du reste , le port le plus fréquenté de la Colombie est aujourd'hui', malgré le peu de sécurité qu'il offre aux navigateurs, celui de la Guaira. C'est probablement à sa proximité de Caracas qu'il est redevable de cet avantage. Carthagène est loin d'offrir le même spectacle de prospérité, quoique sa rade soit l'une des plus belles de l'Amérique.

Par la loi des 3 et 4 avril 1826, des ports d'entrepôts sont établis dans la Colombie, sur l'Atlantique, à Puerto-Cabello, à Carthagène, et sur la Mer Pacifique, à Guayaquil.

Toutes les marchandises et effets importés pour l'entrepôt sont assujettis au paiement d'un droit annuel de 4 pour 100, calculé sur le prix de facture, à partir du jour où ils sont entrés dans les magasins, jusqu'à celui où ils en auront été retirés pour la consommation ou pour l'exportation.

Les effets et marchandises transitant par l'isthme de l'Atlantique à la Mer Pacifique, et de la Mer Pacifique à l'Atlantique, paieront seulement 2 pour 100 de droit de transit, calculé sur le prix de facture.

Ces entrepôts ont déjà les plus heureux résultats.

Informations sur le choix des cargaisons.

Les articles d'importation, à l'exception des armes et munitions de guerre, sont presque les mêmes que du tems des Espagnols.

Les habitans préfèrent toujours les vins de Catalogne aux vins de Bordeaux; de même les eaux-de-vie d'Espagne, le savon et les papiers de l'ancienne Métropole, sont préférés aux articles semblables provenant de France.

Notre mercerie est très - recherchée; mais les Anglais ont la préférence pour la quincaillerie et les cotonnades..

Nos perkales et nos mousselines imprimées paraissent d'une telle perfection de goût et d'une telle supériorité pour la fixité des couleurs, que nous n'aurions point de concurrens, si nous étions moins chers. On peut en dire autant de nos draps et autres lainages.

Nos bretagnes sont de tous les tissus de fil ceux dont la consommation est la p.us générale. Bien choisies, et sur-tout bien pliées et bien calandrées, elles sont assurées d'un grand débit.

Les batistes, les dentelles, les blondes, les gazes, et autres objets de toilette, les bas de soie brodés ou à jour, sont d'une vente facile; enfin, nos soieries sont préférées à toutes les autres; mais il faudrait n'en porter que dans la qualité de 5 à 6 fr. l'aune , prix de manufacture.

Indépendamment de ces articles de choix, tous autres articles de marchandises sont susceptibles d'être importés dans la Colombie.

Les marchandises importées par navires anglais paient les mêmes droits que si l'importation avait eu lieu par navires colombiens, d'après un traité conclu le 18 avril 1825 avec Angleterre.

Par la nouvelle loi des 8 et 13 mars 1826, tous les droits d'entrée antérieurement connus sous diverses dénominations, sont réunis en un seul, appelé droit d'importation. Pour faciliter la perception de ce droit, les marchandises sont divisées en six classes. Mais , par un décret du 7 décembre suivant, ces marchandises ont été assujetties en putre à une taxe additionnelle, dite alcabala , de cinq pour cent du prix de vente.

Exportations.

D'après la loi des g et 13 mars 1826, ne paient aucun droit d'exportation, les produits manufacturés dans la république, le café, le quinquina , le coton , le riz, le maïs , et les autres denrées de première nécessité, ainsi que les métaux monnayés.

Est prohibée l'exportation du platine et de l'or, et de l'argent en lingots ou en poudre, à l'exception de l'or en poudre ou en barres, et de l'argent en barre ou en lingots , provenant des mines du département de l'isthme, ou qui auraient été importés de l'étranger dans le même département, lesquels pourront être exportés sous le paiement des droits établis.

Du reste , le pouvoir exécutif peut, pendant la durée de la présente guerre, prohiber temporairement la sortie , par les ports de la république qu'il jugera convenable de désigner, des mules, des chevaux, ou de tous autres articles de première nécessité pour la vie.

* PÉROU.

Le Pérou , borné, au nord , par le Popayan, à l'est, par le pays des Amazones, au sud, par le Chili, à l'ouest , par la mer du Sud, et ayant six cents lieues de long du nord au sud , sur cinquante lieues de large; le Pérou , divisé aujourd'hui en deux gouvernemens séparés, sous les noms de la république du Pérou et de la république de Bolivia ou du Haut-Pérou (1), mais que nous considérons ici en grand, a été jusqu'à ce jour trop agité par les discordes civiles, pour qu'on puisse se rendre un compte exact du degré de prospérité commerciale auquel il peut un jour atteindre. On peut toutefois affirmer que, tant que ne seront pas rétablies avec sûreté ses relations avec Quito,

1

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D wolph Lusso A T Ms 1835 (1) Le Haut-Pérou, qui compose la nouvelle république de ce nom, contient plus d'un million d'habitans. Cette population possède des qualités qui paraissent devoir l'appeler à des destinées aussi prospères que celles des autres états de l'Amérique méridionale. Les hommes y sont laborieux, sobres et patiens.

Malheureusement Bolivia ne possède qu’un port de mer, si même on peut appeler ainsi Bobija , petit hâvre situé sur la mer Pacifique, dans la province d'Atilama. Un désert sablonneux sépare Bobija de la ville d'Atilama, qui est elle-même éloignée de cent trente lieues de celle du Potosi. Le libérateur paraîtrait avoir l'espérance d'obtenir de la république du Pérou le port d'Arica , situé dans la province d'Arequipa. Le projet du libérateur paraît être de transférer le siége du gouvernement à Cochabamba , qui jouit d'une température très-douce. Les richesses de Bolivia ne consistent pas seulement dans ses mines, mais aussi dans ses produce Lions agricoles. ( Notice extraite du Courrier du 30 juin 1827).

TOM. II.

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