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Guayaquil et Mexico , les affaires des Européens y seront nécessairement bornées, parce que les productions de ces dernières contrées , la cochenille , la vanille, le quinquina, le cacao, les laines et les cuirs, forment une grande partie des cargaisons de retour.

Le commerce de ce pays n'a été jusqu'à ce jour exploité que par les Anglais et les Français. Ces derniers toutefois ne figurent que pour un quart dans la masse des affaires des deux nations. Les Anglais ne doivent leur prépondérance qu'à la supériorité de leurs capitaux et aux soins qu'ils ont eus d’établir des maisons de commerce à Lima, capitale de ces vastes contrées.

Les bénéfices qu'ont produits jusqu'à ce jour les expéditions françaises , peuvent être évalués au taux moyen de vingt-huit pour cent; on en cite qui ont rapporté jusqu'à cent pour cent. Mais ces bénéfice exorbitans n'ont pas toujours été le prix de la bonne foi; ce qui nous désaffectionne les habitans, et apporte un grand obstacle à l'extension de nos rapports commerciaux.

En effet , si l'on doit en croire quelques rapports, on se plaint de ce que des pacotilleurs français n'hésitent pas à tromper les naturels du pays sur la qualité de leurs marchandises , et cette fraude prend au Pérou un caractère d'autant plus odieux, que presque tous les marchés se faisant par contrebande, les acheteurs sont obligés de s'en rapporter à la loyauté des vendeurs , et prennent livraison des colis sans examen..

Informations sur le choix des cargaisons.

Les articles qui sont le plus demandés au Pérou sont ,

1° Les toiles de lin de toutes les qualités ; les qualités moyennes de six aunes à la pièce se vendent ordinairement de 135 à 140 piastres; les cotonnades blanches, les bas de coton, les calicots pour chemises, les cotonnades rayées et à carreaux bleus.

20. Les draps, sur-tout les draps bleus , verts, noirs et bruns; les premières qualités sont de 9 à 10 piastres, les secondes de 7 à 8 piastres; les velours et les rubans de toutes espèces, ainsi que les bonnes soies et les bons satins en toutes les couleurs; les flanelles, les casimirs, les schalls et les mouchoirs.

3°. Toute espèce de verrerie et de poterie. 4o. Le fromage de Gruyère, les jambons fumés. 50, Les cires blanches et jaunes; elles se vendent ordinairement 120 fr. le quintal.

6o. Les objets de luxe, tels que les dentelles, voiles , schalls et bijouterie; mais ils ne doivent être envoyés qu'en petite quantité.

Il ne faut importer au Pérou que de bonnes qualités. L'expérience prouve que les premières qualités sont celles qui donnent le plus de bénéfice.

Marchandises de retour.

Les articles de retour sont les cotons , les écorces, les laines de mouton et de vigogne, les peaux de daim, de chèvre et autres; la cochenille , la vanille et le cacao de Guayaquil; mais tous ces produits sont rares, et les cargaisons se forment difficilement. D'où il suit que les retours se font ordinairement en espèces.

Les changemens politiques qui se sont succédé au Pérou pendant les dernières années, n'offrent aucuns documens certains , quant à l'application des tarifs et réglemens commerciaux. Les ports de Callao et de Huacho sont ouverts à tous les bâtimens des puissances neutres ou amies du Pérou, sous l'obligation imposée aux capitaines de se soumettre au paiement des droits, et d'observer les formalités prescrites.

Toute contrebande entraîne la confiscation du navire et des marchandises.

CHILI.

8.

Le Chili, grand pays fertile et facile à cultiver, situé le long de la mer du Sud, ayant près de trois cents lieues de longueur sur quinze à vingt de largeur; le Chili, découvert en 1525, est resté colonie espagnole jusqu'en 1818. Depuis, il forme un état indépendant divisé en treize provinces. Il comprend, en outre, l'Archipel de Chiloë, sur la côte sud. Santiago en est la capitale.

Si on en jugeait par ce seul fait que la consommation du pays, réunie à celle du Pérou, ne s'élève pas au-dessus de vingt ou vingt-quatre chargemens de produits européens, il paraitrait que le commerce extérieur n'eût pris jusqu'à ce jour qu'une extension médiocre dans le Chili. Les cargaisons de retour se forment avec lenteur et difficulté, et souvent les navires reviennent sur lest. Cependant, cet état de choses est trop incompatible avec la fertilité du sol de cette contrée, ainsi qu'avec les avantages de sa position géographique, pour qu'on puisse lui assigner une longue durée. Aussi, les Anglais n'ont-ils pas négligé d'y former plusieurs établissemens. . On nous donne pour certain qu'on compte au Chili douze maisons de commerce appartenant à cette nation. Dès lors on doit peu s'étonner de la supériorité que les Anglais ont acquise pour la vente de leurs produits. On estime qu'ils sont à eux seuls, de même qu'au Pérou, les trois quarts des affaires commerciales du pays; le reste est exploité par les Français, dont les maisons de commerce, fort peu nombreuses , honorent toutefois leur patrie par leur amour du travail et leur probité..

Le Chili ne semble pas moins offrir d'élémens de succès à la France, pour son com merce, que les autres parties de l'Amérique du Sud, avec le secours du tems et de la persévérance; et en se contentant de bénéfices modérés, elle n'y aura plus à craindre aucune rivalité. Mais on déconsidérerait le commerce français parmi cette nation, si l'on usait envers ses habitans de fraude et de supercherie.

On doit faire remarquer que le commerce extérieur du Chili est principalement arrêté dans son essor par l'établissement d'une compagnie qui s'est chargée de fournir annuellement au Gouvernement une somme de 365,000 piastres, formant l'intérêt d'un emprunt contracté en Angleterre, moyennant la concession qui lui a été faite de la vente

exclusive des vins, liqueurs, tabac , thé et café. Alors, il n'y a plus de concurrence de la part des étrangers pour l'achat des denrées dont nous venons de parler. D'ailleurs, les priviléges de la compagnie réagissent sur les marchandises qui ne sont pas comprises dans son monopole, en raison du droit qui lui a été concédé de ne permettre qu'une station de quinze jours aux navires qui refusent de lui vendre leurs cargaisons.

Mais on fait espérer que ces abus touchent à leur terme, parce que, dit-on, la compagnie ne jouissant d'aucun crédit, ses capitaux étant faibles, ses charges envers le Gouvernement deviennent supérieures à ses bénéfices.

Informations sur le choix des cargaisons. Les soieries , à l'exception des bas , les toiles de France, les draps, et préférablement ceux dont le tissu est léger, les armes de parade, la chapellerie, les câbles et cordages bien goudronnés, le beurre en double futaille , sont des articles ordinairement d'un débit sûr et facile. Nous ne parlons pas des vins et liqueurs, puisqu'ils ont été mis en monopole. Il faut envoyer peu de marchandises à la fois , et dès lors employer des navires d'un faible tonnage.

Le commerce de l'horlogerie et des meubles est à peu près nul, parce que l'horlogerie est fabriquée sur les lieux mêmes par des ouvriers habiles que la maison Rosttel, de Bristol, a établis dans toutes les villes de l'Amérique, et parce que les meubles étant frappés d'un droit de 40 pour 100, ils ne peuvent soutenir la concurrence de ceux que fabriquent les ébénistes français venus au Chili.

Toutes les marchandises sans exception sont admises au Chili , et sont exempts de droits, le mercure, les livres, plans et cartes géographiques, les sabres, épées, pistolets, fusils, canons, poudre, balles et autres munitions de guerre, les presses à imprimerie, les instrumens de physique, de mathématiques et de musique, les ustensiles et machines pour les manufactures. Les autres marchandises paient les droits portés aux tarifs de la douane.

Les crédits pour l'acquittement des droits d'entrée sont de six mois pour les nationaux et de quatre mois seulement pour les étrangers. Le paiement pour les premiers s'effectue par tiers, payables les troisième, cinquième et sixième mois; pour les seconds, par moitié, payable, l'une le troisième, l'autre le quatrième mois. Les négocians sont tenus, à cet effet, de souscrire des billets payables à vue.

Les navires arrivant avec un chargement à destination du Chili, doivent des droits de port fixés à un réal par tonneau pour les étrangers , et à un demi-réal pour les nationaux.

Exportations.

Les exportations du Chili n'offrent, ainsi qu'on l'a vu , que peu d'avantages. On pourrait bien y charger des cuirs et du cuivre; mais les cuirs sont d'une qualité médiocre, en même tems que le prix en est trop élevé. D'un autre côté, le cuivre y est cher et

frappé de forts droits à la sortie; de sorte que rendu en Europe, il ne peut soutenir la concurrence avec les cuivres de Suède et d'Angleterre , auxquels d'ailleurs il est inférieur en qualité.

Toutes les marchandises, sans exception, peuvent sortir du Chili. Sont exempts des droits de sortie les cordages et agrès, le chanvre, le lin non filé, les vins, la bière, les liqueurs et le charbon de terre. Les capitaines peuvent même, après avoir débarqué leurs marchandises, les rembarquer pour l'exportation. Alors les droits d'entrée leur sont remboursés, déduction faite de ceux de réexportation.

Les bâtimens étrangers peuvent faire le cabotage, moyennant un droit de 6 pour 100 pour toutes les marchandises qu'ils ont à bord.

MEXIQUE

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LE Mexique, pays d'une vaste étendue, situé en grande partie dans la zône torride, et baigné, d'un côté, par la mer du Nord , et de l'autre par la mer Pacifique ou la mer du Sud; le Mexique, comme tous les pays des tropiques, est plus abondant en fruits qu'en grains. Cependant son sol, très-varié, serait propre à toute éspèce de grains, si l'industrie des habitans correspondait à leurs avantages naturels.

Huit ports principaux sont aujourd'hui fréquentés par les navigateurs étrangers sur les côtes du Mexique, la Vera-Cruz, Alvarado, Tampico, Campeche, Tabasco, San-Blas et Acapulco. 40900 • Parmi ces ports, la Vera-Cruz est le seul qui puisse recevoir de grands bâtimens, mais le mouillage en est mauvais; de sorte que depuis la fin de septembre 1823, les bâtimens n'abordent plus à la Vera-Cruz, et vont mouiller à l'ile des Sacrifices , lorsque leur tirant d'eau ne leur permet pas d'entrer à Alvarado.

Alvarado prend chaque jour une nouvelle importance, en raison de la sécurité complète qu'il offre aux navires qui ont dépassé la barre ; mais ce passage n'est pas sans difficulté, et il ne faut pas s'y présenter sans pilote.

Tampico , qui est en possession d'approvisionner une grande partie de l'intérieur, est sur-tout fréquenté par les Américains de la Louisiane. C'est aussi l'un des points les plus importans pour le commerce de France , en raison du débouché qu'il peut offrir aux eaux-de-vie, et sur-tout aux toileries , ainsi qu'aux cotonnades. D'ailleurs, le mouillage en dehors est beaucoup moins dangereux qu'à la Vera-Cruz et à Alvarado. :

Quant à Soto-la-Marina , il n'est fréquenté que par de très-petits bâtimens , la plupart contrebandiers, partis de la Nouvelle-Orléans et de la Navarre.

Campèche et Tabasco sont les ports qui approvisionnent non seulement tout le Yacatan, mais encore une grande partie de Guatimala , qui, en 1822, faisait partie intégrante du Mexique, et par lesquels s'effectue en même tems l’écoulement des productions de la même contrée.

Acapulco, sur la mer du Sud, a une rade très-commode, et qui peut contenir jusqu'à cent vaisseaux.

Il est à observer que toutes les époques de l'année ne sont pas également favorables pour la vente des produits étrangers sur la côte du Mexique. Si l'on veut se défaire promptement et avec avantage des marchandises européennes, il faut y aborder de la fin d'octobre au commencement d'avril, saison pendant laquelle les habitans de l'intérieur ne craignent plus le vomito, auquel ils sont plus exposés que les étrangers, se déterminant à descendre sur le littoral pour y former leurs approvisionnemens. Il est vrai que c'est aussi la saison des ouragans du nord-ouest ; mais cet obstacle peut se braver avec moins de danger qu'on ne le pense communément.

Le commerce du Mexique fut d'abord exploité exclusivement par les Américains du Nord, dont cependant les relations ne profitaient pas à eux seuls, puisqu'il entrait habituellement dans leurs cargaisons de la quincaillerie anglaise , des toileries d'Allemagne, des vins et des eaux-de-vie de France. Après eux, les agens de la Compagnie Rhénane se présentèrent avec des assortimens dont on goûta le choix, et qui furent d'abord recherchés.

Cette Compagnie essaie seule encore aujourd'hui de soutenir la concurrence britannique; mais l'influence de l'Angleterre prévaut au Mexique comme dans les autres parties de l'Amérique espagnole.

Quant au commerce français , des observateurs instruits assignent trois causes princi. pales qui se sont jusqu'ici opposées à ses progrès : 1°. l'absence de tout comptoir français sur les lieux, dont les soins continuels auraient été d'étudier les goûts des habitans, et d'écarter la concurrence des Européens; 2°. le faible développement qu'a pris chez nous l'esprit d'association de capitaux consacrés aux spéculations d'outre-mer; 3o. la défaveur que les premiers envois ont jetée sur nos produits, quelques expéditeurs n'ayant pas craint de courir après des bénéfices exagérés, en trompant sur les qualités des cargaisons.

Sous ces divers points de vue, le commerce anglais a suivi une direction diamétralement opposée , et le succès n'a pas trompé son attente. Cependant les Anglais ne sont pas aimés au Mexique; ils n'y sont qu'utiles. D'un autre côté, la Compagnie Rhénane ne doit l'heureuse issue de ses tentatives qu'à l'imitation introduite par l'Allemagne de plusieurs branches de notre industrie.

Mais la France, au contraire, pour laquelle les dispositions des Mexicains sont si favorables, n'a besoin que de sa propre volonté pour reprendre tous ses avantages. La convention commerciale que vient de passer notre Gouvernement avec celui du Mexique, est un présage heureux et certain que nos relations occuperont bientôt le premier rang dans cette contrée. (Voyez ci-après cette convention ).

On peut se faire, jusqu'à un certain point , une idée de l'importance du commerce extérieur au Mexique, par le relevé formé pour le port de la Vera - Cruz, par le consulado ou tribunal de commerce de cette ville, dans les années 1820, 1821 et 1822.

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