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tendent à disparaitre pour faire place à une ère de calme et de prospérité. Il exprime, à cette occasion, le désir que les Etats dont se compose cet immense continent forment entre eux une Confédération qui les mette à l'abri des dangers auxquels leur isolement les expose. Il appelle l'attention des hommes éclairés sur des idées analogues développées avec talent par un publiciste américain très distingué, M. J.-M. Torres Caicedo, chargé d'affaires du Vénézuéla.

On le voit, l'ouvrage de M. Charles Calvo ne contient pas seulement des documents diplomatiques d'un grand intérêt; on y trouve aussi des réflexions qui révèlent chez l'auteur les vues supérieures d'un homme d'Etat. Dieu veuille que le brillant avenir qu'il se plait à présager aux Etats de l'Amérique latine se réalise au gré de ses espérances, et que leurs populations, jusqu'ici continuellement agitées, parviennent à asseoir sur une base solide l'édifice de leur prospérité et de leur puissance !

JULES DE LAMARQUE.

RECUEIL COMPLET DES TRAITÉS

DE TOUS LES ÉTATS DE L'AMÉRIQUE LATINE,
Par M. Calvo, chargé d'affaires de la République du Paraguay.

Durand, 1862 (1).

Depuis l'époque des grandes découvertes entreprises par d'illustres voyageurs sur les traces de Christophe Colomb, les progrès de la civilisation dans les deux Amériques se sont accrus avec une rapidité qui n'a pas eu d'exemple dans les annales de l'histoire.

A peine le navigateur génois avait-il touché le sol du NouveauMonde, que des milliers d'aventuriers de tous les pays se sont élancés vers ces régions inconnues dont l'or et la conquête promettaient tant de richesses. En peu d'années, après de nouvelles explorations, ces contrées, si fertiles et si peu habitées par les indigènes en raison

(1) Journal La France, dirigé par M. le vicomte de la Guéronnière. Paris, 14 novembre 1862.

de l'étendue des vastes territoires, furent aussitôt partagées entre les puissances européennes, qui apportèrent avec leur commerce et leur industrie tous les éléments d'une civilisation destinée bientôt à faire des colonies modernes les rivales de l'ancien continent.

Toutes les nations maritimes de la vieille Europe, disons-nous, envahirent l'Amérique à la suite de nouvelles découvertes. Les grands navigateurs, Cortés, Pizarro, Almagro, Pinzon, Cabral, Magellan et Americo Vespucci, dont le nom fut injustement donné à la conquête de Colomb, ouvrirent le Nouveau-Monde à la satiété de ceux qui ne voyaient dans ces régions éloignées que le moyen d'assouvir la soif de l'or et des richesses. L'Espagne, la France, l'Angleterre, le Portugal, le Danemarck, les Pays-Bas, formèrent des établissements de commerce et d'agriculture, lorsque la mine des trésors fut épuisée au milieu de l'extermination des Indiens et de l'égorgement des envahisseurs entre eux.

Mais de toutes les puissances qui, les premières, ont contribué par leur prépondérance aux développements de l'Amérique, l'Espagne et l'Angleterre ont seules laissé des traces ineffaçables de leur colonisation; à tel point que le Nouveau-Monde est divisé maintenant, aussi bien par les meurs que par la géographie, en deux parties bien distinctes : la première, essentiellement composée de la race angloaméricaine, et la seconde, de la race hispano-latine.

Dans l'Amérique septentrionale, un grand peuple s'est formé. En moins d'un siècle, il a acquis, par son intelligence, par sa force, par ses progrès, par sa puissance et ses libres institutions, le rang des premières nations du monde.

Non-seulement les chemins de fers parcourent ses provinces, les bateaux à vapeur sillonnent ses mers et ses fleuves, les fils télégraphiques traversent l'immensité de son territoire, mais encore les moindres découvertes de la science trouvent chez lui le meilleur accueil et la plus prompte application. On ne saurait compter les nombreuses machines et les vastes fabriques qui servent à l'industrie; on ne saurait évaluer le chiffre énorme de ses transactions commerciales. Malheureusement, une guerre intestine et sanglante est venue arrêter les rapides développements de ce peuple déjà si avancé, qui l'avenir semblait promettre tant de prospérités.

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Dans l'Amérique méridionale, l'empire du Brésil occupe la première place par l'importance de son gouvernement et par la vaste étendue de ses possessions. Les autres Etats qui entourent ce pays vivent dans l'indépendance la plus complète. Ils ont secoué le joug que leur imposait la métropole, et se sont tous constitués en petites républiques gouvernées par des constitutions et représentées par des présidents.

D'après les plus récentes statistiques établies sur des documents authentiques et officiels, le commerce, dans les divers Etats de l'Amérique méridionale, a acquis des proportions considérables ; et les relations extérieures que la France principalement a contractées avec cette partie du Nouveau-Monde , si fertile et si riche, s'augmentent tous les jours d'une manière sensible.

Il est vrai qu'en Europe, si les savants naturalistes ont approfondi la constitution physique et les phénomènes de ce côté du globe terrestre, les voyageurs ont oublié d'étudier l'état de la civilisation et les progrès continuels des peuples qui composent l'Amérique du Sud. On n'a pas fait un examen sérieux de l'état intellectuel, politique, économique et social de ces petites Républiques, dont la prospérité croissante mériterait bien d'attirer des regards de justice, si ce n'est d'admiration.

On parle beaucoup des guerres civiles, des révolutions, des victoires, des revers de tous les Etats, et l'on croit caractériser ainsi les peuples du nouveau continent. On oublie seulement de dire qu'ils ont pris les armes pour secouer le joug et conquérir l'indépendance au prix de leur sang.

C'est précisément parce que l'Amérique méridionale est peu connue, mal jugée, que M. Calvo a entrepris le travail de patience et de recherches qui fait de son livre une ouvre sérieuse et utile.

Ce livre est accompagné d'arguments irrésistibles, de travaux authentiques, de documents et de statistiques véritables. La première preuve sur laquelle il s'appuie est un éloquent discours de M. Thiers, prononcé à l'Assemblée nationale le 5 janvier 1850, sur l'importance du commerce de l'Amérique du Sud, son extension et son avenir. Les prévisions de l'honorable historien ont été rapidement dépassées. Il semblait regarder le chiffre de 200 millions comme exagéré pour

représenter le commerce de la France avec les Etats de l'Amérique latine, et l'année 1860 atteignait 618 millions !

La prospérité des nations est essentiellement prouvée par la grande importance de leurs relations comerciales, qui, avec les progrès incessants de la civilisation, amènent dans un pays le bien-être et les richesses qu'on peut considérer comme le développement intellectuel, politique et social des peuples.

C'est certainement là le but que se propose M. Calvo en poursuivant ses recherches laborieuses. Il nous démontre, à l'aide des intéressants tableaux qu'il a recueillis d'après les documents officiels, la véritable situation du commerce général des Etats indépendants de l'Amérique latine, le rang élevé qu'il occupe dans le monde, ses accroissements considérables et sa supériorité sur la majeure partie des nations de l'Europe.

Mais ce qui constitue particulièrement cet ouvrage, c'est l'étude du droit public américain, qui lui sert de preuve pour établir toute l'importance des Etats qui composent actuellement l'Amérique latine. Il a mis en pratique l'excellent précepte de Mably, qui s'exprime ainsi dans son livre sur l'Histoire du droit public en Europe • « Les traités sont les archives des nations, où se déposent les titres de tous les peuples, les obligations mutuelles qui les unissent, les lois qu'elles se sont imposées elles-mêmes, les droits qu'elles ont acquis ou perdus. Peu de connaissances sont aussi utiles pour les hommes d'Etat et même pour les simples particuliers qui savent penser; et cependant, combien peu s'en sont occupés ! »

M. Calvo s'est imposé la tâche ingrate et longue de rassembler tous les traités, conventions, armistices, mémoires, capitulations qui ont été conclus par les anciennes métropoles, au sujet des conquêtes, des limites, des territoires, du commerce, de la navigation, de la traite des noirs, depuis l'année 1493 jusqu'à la guerre de l'indépendance américaine. Il a joint à son travail toutes les pièces officielles,

à les actes diplomatiques relatifs à notre époque, les congrès de plénipotentiaires, les projets de confédération et les principales questions du plus haut intérêt pour l'avenir de l'Amérique du Sud.

Chaque document important contenu dans cette étude, à la fois consciencieuse et complète, est accompagné de notes explicatives, de

détails historiques, de justes appréciations, qui rendent intéressante la lecture souvent aride d'actes officiels et de pièces diplomatiques.

Le recueil de ces traités, dont les textes ont été publiés en langues portugaise, espagnole, française et anglaise, formera vingt volumes. Les quatre premiers tomes de cette importante collection ont déjà paru tout récemment; les autres seront édités successivement, de manière à terminer l'ouvrage dans le courant de l'année prochaine.

On ne saurait trop remercier M. Calvo d'avoir entrepris un travail si utile, malgré le peu de temps que lui laissent les fonctions qu'il occupe dans le monde diplomatique. Il n'a pas reculé devant toutes les difficultés des recherches les plus approfondies, car non-seulement il lui a fallu consulter les ouvrages parus jusqu'à ce jour sur la question américaine, tels que les livres de Chiflet, ceux de Martens, de Cussy, les collections de Castro, Abreu et Cantillo, mais encore il a dû compléter ses documents dans les bibliothèques et dans les archives.

Telle est l'ouvre de M. Calvo sur le droit public américain, destinée à intéresser par son actualité ceux qui s'occupent de cette importante question. Consciencieusement traité, profondément étudié dans ses moindres détails, ce livre méritait tout l'accueil dont il a été l'objet, et la lettre de l'honorable ministre des affaires étrangères qui se trouve en tête du premier volųme, vient ajouter un nouveau prix à un ouvrage dont Sa Majesté a daigné accepter la dédicace.

a

STÉPHANE DE ROUVILLE.

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