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Le général Vandamme marcha sur Saint-Amand, le général Gerard sur Ligny et le maréchal Grouchy sur Sombre. La 4 division du 2' corps, commandée par le général Girard, marcha en réserve derrière le corps du général Vandamme. La garde se rangea à la hauteur de Fleurus, ainsi que les cuirassiers du général Milhaud.

A trois heures après-midi ces dispositions furent achevées. La division du général Lefol, faisant partie du corps du général Vandamme, s'engagea la première, et s'empara de Saint-Amand, d'où elle chassa l'ennemi à la baïonnette. Elle se maintint pendant tout le combat au cimetière et au clocher de Saint-Amand; mais ce village, qui est très-étendu, fut le théâtre de différens combats pendant la soirée ; tout le corps du général Vandamme y fut engagé, et l'ennemi engagea des forces considérables.

Le général Girard placé en réserve du corps du général Vandamme tourna le village par sa droite et s'y battit avec sa valeur accoutumée, Les forces respectives étaient soutenues de part et d'autres par une soixantaine de bouches à feu.

A la droite le général Gérard s'engagea avec le 4° corps au village de Ligny, qui fut pris et repris plusieurs fois.

Le maréchal Grouchy à l'extrême droite et le général Pajol combattirent au village de Sombre. L'ennemi montra de 80 à 90 mille hommes et un grand nombre de pièces de

canon.

A sept heures nous étions maîtres de tous les villages situés sur le bord du ravin qui couvrait la position de l'ennemi; mais il occupait encore avec toutes ses masses le plateau du moulin de Bussy.

L'Empereur se porta avec sa garde au village de Ligny, le général Gérard fit déboucher le général Pecheux avec ce qui lui restait de réserve, presque toutes les troupes ayant été engagées dans ce village. Huit bataillons de la garde débouchèrent à la bayonnette et derrière eux les quatre escadrons de service, les cuirassiers du général Delort, ceux du général Milhaud, et les grenadiers à cheval de la garde. La vieille garde aborda à la bayonnette les colonnes ennemies qui étaient sur les hauteurs de Bussy, et en un instant couvrit le champ de bataille de morts. L'escadron de service attaqua et rompit un carré, et les cuirassiers poussèrent l'ennemi dans toutes les directions. A sept heures et demi nous avions 40 pièces de canon, beaucoup de voitures, des drapeaux et des prisonniers, et l'ennemi cherchait son salut dans une retraite précipitée. A dix heures la bataille était finie et nous nous trouvions maîtres de tout le champ de bataille.

Le général Lutzow partisan a été fait prisonnier. Les

prisonniers assurent que le feld-maréchal Blücher a été blessé. L'elite de l'armée prussienne a été détruite dans cette bataille. Sa perte ne peut-être moindre de 15,000 hommes. La notre est de 3,000 hommes tués ou blessés.

A la gauche, le maréchal Ney avait marché sur les QuatreBras, avec une division qui avait culbuté une division anglaise qui s'y trouvait placée. Mais attaqué par le prince d'Orange avec vingt-cinq mille hommes, partie anglais, partie hanovriens, à la solde de l'Angleterre, il se replia sur sa position de Frasnes. Là, s'engagèrent des combats multipliées; l'ennemi s'attachait à le forcer, mais il le fit vaine-, ment. Le duc d'Elchingen attendait le premier corps qui n'arriva qu'à la nuit, il se borna à garder sa position. Dans un carré attaqué par le 8* régiment de cuirassiers, le drapeau du 69° régiment d'infanterie anglais, est tombé entre nos mains. Le prince de Brunswick a été tué. Le prince d'Orange a été blessé. On assure que l'ennemi a eu beaucoup de personnages et de généraux de marque tués ou. blessés ; on porte la perte des Anglais, à 4 ou 5000 hommes, la nôtre de ce côté, a été très-considérable, elle s'élève à 4200 hommes tués ou blessés. Ce combat a fini à la nuit. Lord Wellington a ensuite évacué les Quatre-Bras, et s'est porté sur Genappes.

Dans la matinée du 17, l'Empereur s'est rendu aux Quatre-Bras, d'où il a marché pour attaquer l'armée anglaise ; il l'a poussée jusqu'à l'entrée de la forêt de Soignes avec l'aile gauche et la réserve. L'aile droite s'est portée par Sombres à la suite du feld-maréchal Blücher, qui se dirigeait sur Savres, où il paraissait vouloir se placer.

A dix heures du soir, l'armée anglaise occupa Mont-SaintJean par son centre, se trouva en position en avant de la forêt de Soignes ; il aurait fallu pouvoir disposer de trois heures pour l'attaquer, on fut donc obligé de remettre au lendemain.

Le quartier-général de l'Empereur fut établi à la ferme de Caillon, près Planchenoit. La pluie tombait par torrens. Ainsi, dans la journée du 16, la gauche, la droite et la réserve, ont été également engagées à une distance d'à-peu-près deux lieues.

Bataille de Mont-de-Saint-Jean. · A neuf heurs du matin, la pluie ayant un peu diminué, le 1er corps se mit en mouvement, et se plaça, la gauche à la route de Bruxelles, et vis-à-vis la village de Mont-Saint-Jean, qui paraissait le centre de la position de l'ennemi. Le second corps appuya sa droite à la route de Bruxelles, et sa gauche à un petit bois à portée de canon de l'armée anglaise. Les cuirassiers se portèrent en réserve derrière, et la garde en réserve sur les hauteurs. Le 6e corps avec la cavalerie du général d'Aumont, sous les ordres du comte Lobau, fut destinée à se porter en arrière de notre droite, pour s'opposer à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal Grouchy, et ètre dans l'intention de tomber sur notre Aanc droit, intention qui nous avait été connue par nos rapports, et par une lettre d'un général prussien, que portait une ordonnance prise par nos coureurs.

Les troupes étaient pleines d'ardeurOn estimait les forces de l'armée anglaise à 80 mille hommes ; on supposait que le corps prussien, qui pouvait être en mesure vers le soir, pouvait être de 15 mille hommes. Les forces ennemies étaient donc de plus de 90 mille homines. Les nôtres étaient moins nombreuses.

A midi, tous les préparatifs étant terminés, le prince Jérôme, commandant une division du 2e corps, et destiné à en former l'extrême gauche, se porta sur le bois dont l'ennemi occupait une partie. La canonnade s'engagea; l'ennemi soutint par 30 pièces de canon les troupes qu'il avait envoyées pour garder le bois. Nous fîmes aussi de notre côté des dispositions d'artillerie. A une heure, le prince Jérôme fut maître de tout le bois, et toute l'armée anglaise se replia derrière un rideau. Le comte d'Erlon attaqua alors le village de Mont-Saint-Jean, et fit appuyer son attaque par 80 pièces de canon. Il s'engagea là une épouvantable canonnade, qui dut beaucoup faire souffrir l'armée anglaise. Tous les coups portaient sur le plateau. Une brigade de la jer division du comte d'Erlon s'empara du village de MontSaint-Jean; une seconde brigade fut chargée par un corps de cavalerie anglaise, qui lui fit éprouver beaucoup de pertes. Au même moment, une division de cavalerie anglaise chargea la batterie du comte d'Erlon par sa droite, et désorganisa plusieurs pièces; mais les cuirassiers du général Milhaud chargèrent cette division, dont trois régimens furent rompus et écharpes.

Il était trois heures après midi. L'Empereur fit avancer la garde pour la placer dans la plaine sur le terrein qu'avait occupé le premier corps au commencement de l'action: ce corps se trouvant déjà en ayant. La division prussienne, dont on avait prévu le mouvement, commença alors à s'engager avec les tirailleurs du comte Lobau, en prolongeant son feu sur tout notre flanc droit. Il était convenable, avant de rien entreprendre ailleurs, d'attendre l'issue qu'aurait cette attaque. A cet effet, tous les moyens de la réserve étaient près à se porter au secours du comte Lobau et à écraser le corps prussien, lorsqu'il se serait avancé.

Cela fait, l'Empereur avait le projet de mener une attaque par le village de Mont-Saint-Jean, dont on espérait un suc. cès décisif; mais par un mouvement d'impatience si frequent dans nos annales militaires, et qui nous a été souvent si fu. neste, la cavalerie de réserve s'étant apperçue d'un mouvement retrograde que faisaient les Anglais pour se mettre à l'abri de nos batteries, dont ils avaient déjà tant souffert, couronna les hauteurs du mont-Saint-Jean et chargea l'infanterie. Ce mouvement qui, fait à tems et soutenu par

les réserves, devait décider de la journée, fait isolément et avant que

les affaires de la droite ne fussent terminées, devint funeste.

N'y ayant aucun moyen de le contremander, l'ennemi montrant beaucoup de masses d'infanterie et de cavalerie, et les deux divisions de cuirassiers étant engagées, toute notre cavalerie courut au même moment pour soutenir ses camarades. Là, pendant trois heures, se firent de nombreuses charges qui nous valurent l'enfoncement de plusieurs carrés et six drapeaux de l'infanterie anglaise, avantage hors de proportion avec les pertes qu'éprouvait notre cavalerie par la mitraille et les fusillades. Il était impossible de disposer de nos réserves d'infanterie jusqu'à ce qu'on eût repoussé l'attaque de flanc du corps prussien. Cette attaque se prolongeait toujours et perpendiculairement sur notre fanc droit, l'Empereur y envoya le général Duhesmes avec la jeune garde et plusieurs batteries de réserve. L'ennemi fut contenu, fut repoussé et recula; il avait épuisé ses forces et l'on n'en avait plus rien à craindre. C'est ce moment, qui était celui indiqué pour une attaque sur le centre de Pennemi. Comme les cuirassiers souffraient par la mitraille, on envoya quatre bataillons de la moyenne garde pour protéger les cuirassiers, soutenir la position, et si cela était possible, dégager et faire reculer dans la plaine une partie de notre cavalerie. On envoya

deux autres bataillons pour se tenir en potence sur l'extrême gauche de la division, qui avait manquvré sur nos flancs, afin de n'avoir de ce côté aucune inquiétude, le reste fut disposé en réserve, partie pour occuper la potence en arrière de Mont-Saint-Jean, partie sur le plateau en arrière du champ de bataille qui formait notre position de retraite.

Dans cet état de chose la bataille était gagnée, nous occupions toutes les positions que l'ennemi occupait au commencement de l'action, notre cavalerie ayant été trop tôt et mal employée, nous ne pouvions plus espérer de succès décisifs. Mais le maréchal Grouchy ayant appris le mouvement du corps prussien, marchait sur le derrière de ce corps, ce qui nous assurait un succès éclatant pour la journée du lendemain. Après huit heures de feux et de charge d’infanterie et de cavalerie toute l'armée voyait avec satisfaction la bataille gagnée et le champ de bataille en notre pouvoir.

Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la moyenne garde qui avaient été envoyés sur le plateau audelà de Mont-Saint-Jean pour soutenir les cuirassiers, étant gênés par sa mitraille, marchèrent à la bayonnette pour enléver ses batteries. Le jour finissait, une charge faite sur leur flanc par plusieurs escadrons anglais les mirent en désordre, les fuyards repassèrent le ravin, les régimens voisins qui virent quelques troupes appartenant à la garde à la débandade, crurent que c'était de la vieille garde et s'ébranlèrent: les cris tout est perdu, la garde est repoussée, se firent entendre, les soldats prétendent même que sur plusieurs points des malveillans apostés ont crié sauve qui peut. Quoiqu'il en soit, une terreur panique se répandit tout à-lafois sur tout le champ de bataille, on se précipita dans le plus grand désordre sur la ligne de communication, les soldats, les canonniers, les caissons se pressaient pour y arriver : la vieille garde qui était en réserve en fut assaillie, et fut ellemême entraînée.

Dans un instant, l'armée ne fut plus qu'une masse confuse, toutes les armes étaient mélées, et il était impossible de reformer un corps. L'ennemi qui s'apperçut de cette étonnante confusion, fit déboucher des colonnes de cavalerie ; le désordre augmenta, la confusion de la nuit empêcha de rallier les troupes et de leur montrer leur erreur.

Ainsi une bataille terminée, une journée finie, de fausses mesures réparées, de plus grands succès assurés pour le lendemain tout fut perdu par un moment de terreur panique. Les escadrons même de service, rangés à côté de l'Empereur, furent culbutés et désorganisés par ces flots tumultueux, et il n'y eut plus d'autre chose à faire que de suivre le torrent, Les parcs de réserve, les bagages qui n'avaient point repassé la Sambre, et tout ce qui était sur-le-champ de bataille sont restés au pouvoir de l'ennemi. Il n'y a eu même aucun moyen d'attendre les troupes de notre droite ; on sait ce que c'est que la plus brave armée du monde, lorsqu'elle est mêlée et que son organisation n'existe plus.

L'Empereur a passé la Sambre à Charleroi le 19 à cinq heures du matin. Philippeville et Avesnes ont été donnés pour point de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand et les autres généraux y ont déjà rallié une partie de l'armée. Le maréchal Grouchy, avec le corps de la droite, opère son mouvement sur la Basse-Sambre.

Le perte de l'ennemi doit avoir été très-grande, à en juger par les drapeaux que nous lui avons pris, et par les pas retrogradęs qu'il avait fait. La notre ne pourra se calculer

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