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qui les a portés à suspendre tout arrangement définitif. La désorganisation intérieure de la France, la dissolution de son armée, son état de dépérissement qu'aggravaient chaque jour les mesures destructives du ministère royal, présentaient le territoire français comme une proie qui devait, dans un tems plus ou moins prochain, fournir à toutes les prétentions de riches moyens d'accommodement. Le retour de Votre Majesté vient tromper ce calcul. Le projet est déjoué pour jamais, s'il n'est consommé à l'instant même. C'est la le vrai motif qui porte à en précipiter l'exécution. Il serait dérisoire de vouloir persuader que les alliés n'ont d'autre intention que de combattre un principe, un système, un homme, lorsque cet homme, ce principe, ce système sont circonscrits dans un espace limité, au-delà duquel ils ne songent point à s'étendre; on ne fait point marcher d'innombrables armées contre un péril idéal, contre une chance à venir, mais pour porter des coups actuels, pour créer des chances prochaines dans lesquelles une ambition illimitée puisse trouver à se satisfaire.

L'une des publications les plus extraordinaires que les circonstances ont fait naître est la proclamation du roi de Prusse (Pièce No. 10.) Cette pièce a blessé les cœurs français par le côté le plus sensible. On croirait entendre encore les outrageantes menaces du duc de Brunswick. Vingt années de triomphes n'avaient pas produit en France le degré d'ivresse auquel une année de succès a porté l'orgueil de quelques gouvernemens. Pourquoi rappeler que les drapeaux prussiens, mêlés aux étendards de l'Europe entière, ont flotté à Paris, quand V. M. ne veut plus se. souvenir qu'une injuste aggression l'a forcé de planter les drapeaux français à Berlin? La question est bien établie entre les étrangers et nous: c'est pour marcher au cœur de l'Empire français que le roi de Prusse appelle ses peuples aux armes, tandis que V. M. borne tous ses vœux et attache toute sa gloire à la défense de nos frontières.

Un manifeste de la cour de Madrid, en date du 2 du mois de mai (Pièce No. 11), présente aussi un trait remarquable. L'état présent des choses n'offrant point à cette cour de juste sujet de plainte, elle va chercher des griefs contre nous jusques dans les premières années de notre révolution. La véritable politique des deux pays ne pouvant que chercher à unir de nouveau leurs intérêts, la France ne doit voir qu'avec peine cette puissance se ranger du côté de nos ennemis.

L'animosité de plusieurs puissances, la rivalité des mesures violentes qu'elles s'empressent d'adopter ne sont pas cependant sans exception.

VOL. II. App.

M

Au premier rang de ses amis la France peut compter une nation appellée à un grand rôle dans la politique générale, sur-tout dans la politique maritime, les Américains, qui, après une honorable guerre, sont sortis de la lutte par une honorable paix. Le peu de rapports qu'ils ont eu avec le gouvernement royal pendant sa courte existence a suffi pour les convaincre qu'ils n'avaient rien à en attendre; dans leurs discussions avec l'Angleterre, ils l'ont vu favoriser, à leur détriment, les prétentions britanniques. L'intérêt des Américains est simple, c'est qu'il y ait en France un gouvernement fort. Par ce fait seul, leur position actuelle envers la France se trouve décidée d'elle-même.

Un prince qui avait eu précédemment des torts envers la France, mais que l'intérêt de sa sûreté devait ramener à de meilleurs sentimens, le roi de Naples aurait pu offrir en Italie un point d'appui utile à la cause des nations. Ce prince dont la perte avait été résolue au Congrès, a cru pouvoir la prévenir en allant au-devant du danger. Votre Majesté, à peine arrivée à Paris, lorsque le roi de Naples engageait avec l'Autriche un combat qu'il n'était pas en état de soutenir, n'a pu apprendre qu'avec chagrin la nouvelle d'un éclat imprudent dont l'issue ne devait guères être douteuse; et elle a dû regreter sur-tout de voir sacrificer ainsi la liberté des peuples d'Italie qui, dans les jours de son adversité, lui ont témoigné un intérêt dont elle aime à se souvenir.

Une déclaration que les alliés ont publiée le 20 mars (Pièce No. 12,) et par laquelle ils modifient l'existence antérieure de la Suisse, porte qu'ils reconnaissent sa neutralité. Cependant, presque dans le même moment, ils cherchent à la faire entrer dans le systême des opérations aggressives (Pièce No. 13.) Pour résister à de telles propositions, la Suisse n'a besoin que de consulter ses propres intérêts. Ce n'est qu'à son détriment qu'elle peut s'écarter d'un systême dont le maintien est nécessaire à son indépendance et à sa prospérité. Les dispositions de la majorité des habitans ne sont pas douteuses; celles même de la diète ne devaient pas l'être (Pièce No. 14.) Votre Majesté, dont les sentimens pour la confédération helvétique n'ont jamais varié, n'a pas balancé à lui en faire donner de nouvelles assurances (Pièce No. 15.); mais la confédération se composant de petites républiques dont les intérêts et les vues ne peuvent pas être d'accord, comme il est à craindre que la convention conclu le 20 mai (Pièce No. 16.) entre la diète et les ministres des puissances ne soit adoptée par les cantons et qu'une influence ennemie ne parvienne, même contre le gré de la diète, à rendre inutiles tous les moyens de défense, Votre

Majesté jugera sans doute qu'elle ne doit pas négliger les mesures de précaution que peut exiger sur cette frontière la sûreté du territoire de l'Empire.

Si le plus grand nombre des gouvernemens européens entre dans la masse qui se réunit contre nous, il y a, malgré l'apparente uniformité de leur état extérieur, des dissemblances infinies dans leurs dispositions effectives. Cette différence dans leurs dispositions résulte de la différence des intérêts respectifs, de la différence des passions individuelles des princes, de la différence des vues des cabinets, enfin de la différence des avantages qu'ils peuvent trouver dans un nouveau choc, comme des risques qu'ils peuvent y courir. Elle résulte encore de la situation dans laquelle des Etats de premier et second ordre se trouvent réciproquement placés par suite de la dernière guerre et des opérations du congrès.

Quatre puissances ont incontestablement un même but, quoique toutes quatre n'aient pas un même intérêt. Les cours de Londres, de Pétersbourg, de Vienne et de Berlin conspirent toutes, par des motifs différens, l'affaiblissement et le démembrement de la France.

L'Angleterre veut détruire à-la-fois le principe de notre force continentale et celui de notre force maritime. Même dans la dernière époque où notre marine existait à peine, la force continentale de la France a porté des coups sensibles à la prospérité du commerce anglais.

La Russie, qui joue aujourd'hui sur le continent le rôle que la France a joué pendant quinze ans, craint de perdre la domination territoriale, ou même de la partager; elle ne veut point qu'il existe à l'occident de l'Europe un gouvernement assez fort pour balancer ou limiter son ascendant sur les Etats intermédiaires.

La monarchie militaire fondée par Frederic II., destinée par l'esprit de ses institutions à être un Etat conquérant et uniquement occupé à étendre ses limites afin d'englober ensuite tous les territoires situés dans ses immenses embranchemens, la Prusse ne voit d'avenir pour elle que dans la ruine de la nation énergique dont l'existence seule oppose une invincible barrière à ses usurpations.

L'Autriche, et c'est-là une de ces erreurs que la raison cherche en vain à s'expliquer, l'Autriche, dont la Russie presse les flancs sur une ligne immense, et que la Prusse seule ose déjà braver, cédant à l'empire de circonstances sous lesquelles un Etat de second ordre est seul excusable de fléchir, l'Autriche marche aussi contre la France, comme pour augmenter le triomphe du cabinet de Pétersbourg et s'attacher elle-même à son char. La fatale passion de se reporter vers le Rhin, l'espoir d'obtenir sur la rive gauche

de ce fleuve des pays qui ont jadis fait partie de l'empire d'Allemagne; lui fait oublier tous les dangers qu'elle se prépare et ne lui laisse pas voir que c'est du Nord vers le Midi que marche, dans tous les tems, le génie de l'invasion; que c'est du Nord et de l'Est que l'oppression pèse déjà sur elle, et qu'elle ne fait que forger ses propres chaînes en prêtant la main à la perte des Etats d'occident, qui seuls peuvent la protéger contre l'asservissement plus ou moins prochain dont elle est menacée.

Ces quatres grandes puissances entraînent naturellement avec elles tous les Etats qui touchent leur territoire ou qui se trouvent sur leur passage; mais cet entraînement matériel n'aura de durée qu'aussi long-tems que subsistera la force étrangère qui le produit. Les chances variées que fait naître la diversité des intérêts prendront une direction contraire ou favorable, selon le résultat des premiers événemens militaires.

Sire, la question de la guerre ne peut plus être mise en doute. Le ministère britannique, après avoir reçu les réponses de ses allies, a déclaré qu'il regarde le traité du 25 mars comme ayant constitué l'état d'hostilité entre la France et l'Angleterre. Il a déclaré que le dernier message du prince-regent devait être considéré comme un message de guerre, en sorte que, si un mouvement général d'agression n'a pas eu lieu encore, c'est qu'il a convenu aux puissances d'en différer le moment pour laisser arriver toutes leurs forces. Cependant si, jusqu'à ce jour, elles n'ont fait que préluder à la guerre, déjà ces préludes ont été sanglans. Le 30 avril, en pleine paix, la frégate la Melpomène a été attaquée et prise près l'ile d'Ischia, par le vaisseau anglais le Rivoli: la Dryade a été attaquée le 10 mai. Des bâtimens anglais jettent sur nos côtes des hommes, des armes et des munitions de guerre (Pièce No. 17). J'ai l'honneur de soumettre ci-joint à V. M. une indication de diverses autres voies de fait, et de mesures hostiles (Pièce No. 18.) qui se multiplient depuis quelques mois, et que ne peut tolérer plus long-tems une nation qui a le sentiment de sa dignité et de ses droits.

Croire à la possibilité du maintien de la paix serait aujourd'hui un dangereux aveuglement. Si cette espérance, à laquelle il faut entièrement renoncer, si l'assemblée du Champ-de-Mai, et l'ouverture des chambres ont dû retenir Votre Majesté dans la capitale, ces motifs de délai n'existent plus: la guerre nous entoure de toutes parts. Ce n'est plus que sur le champ de bataille que la France peut reconquérir la paix. Lorsque l'étranger n'a suspendu ses coups que pour nous frapper plus sûrement, l'intérêt national

ordonne de les prévenir au lieu de les attendre. Les Anglais, les Prussiens, les Autrichiens sont en ligne. Les Russes sont en pleine marche: la tête de leur première colonne a passé Nuremberg le 19 mai, et se trouve sur les bords du Rhin. L'empereur de Russie et le roi de Prusse ont quitté Vienne le 26 mai, et l'empereur d'Autriche le 27: ces souveraines sont maintenant à la tête de leurs armées, et V. M. est encore à Paris. . . . . Sire, toute hésitation peut désormais compromettre les interêts de la patrie.

La lutte qui va s'engager ne sera pas une lutte d'un jour; peut-être voudra-t-elle de longs efforts, une longue patience. Il est important que la nation en soit convaincue, et V. M. jugera sans doute à propos de mettre sous les yeux des chambres toutes les pièces relatives à notre situation. Eclairées sur la nature des périls dont la France est menacée, leur patriotisme et leur énergique sagesse repondront à l'appel qui les leur aura fait connaître; elles sentiront qu'il faut au gouvernement de grandes ressources en tout genre; elles n'hésiteront pas à les lui donner. La France veut être indépendante, la France restera indépendante, et l'union sincère du peuple avec le monarque formera autour de la patrie un mur d'airain, contre lequel viendront se briser tous les efforts des ennemis de son bonheur et de sa liberté, de l'industrie nationale et de l'honneur français.

Signé, CAULAINCOURT, duc de VICENCE.

No. XX.

Report of the Duke of Otranto to the Emperor on the state of the Empire.

SIRE,

Paris, le 18 juin, 1815.

Chargé par V. M. de lui faire connaître la situation de l'Empire, sous les rapports de l'ordre et de la sûreté publique: c'est d'après cette connaissance que les chambres pourront apprecier les mésures que le Gouvernement a prises,et délibérer sur celles que la crise actuelle rend nécessaires,

Tandis que V. M. marche à la tête des armées françaises pour repousser des forces étrangères, elle a le droit d'attendre de l'énergie et de la fidélité des représentans de la nation les moyens légaux d'arrêter ou de punir les entreprises des ennemis intérieurs.

Toutefois, Sire, les ennemis, aujourd'hui comme précédemment, sont peu nombreux: ils ne s'agitent que dans quel

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