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joute que
M. de Bourmont me dit :

« Le maa réchal est très-bien disposé : il vient de me « dire : Allons, Bourmont, nous marcherons,

quoique bien inférieurs en nombre. ;

Le maréchal : Les troupes marchaient par deux bataillons, d'après les ordres du ministre. Elles étaient absolument perdues. Monsieur ne m'a donc pas donné d'ordre.

Vingt-sixième témoin, M. de Ségur, marechal des camps et armées du Roi, l'un des commandans de la Légion-d'honneur, chevalier. de Saint-Louis. Il a dit :

« Je déclare avoir connu le maréchal, et que le 7 mars, jour de son arrivée à Paris, il m'a dit qu'il allait s'opposer de toutes ses forces à l'invasion de Bonaparte; que, comme chef de l'état - major de la cavalerie; je prendrais. les ordres du ministre de la guerre , pour les transmettre à MM. les généraux. Tout ce qui est sorti de la bouche de M. le maréchal respirait l'honneur et la fidélité, et est en tout digne d'un militaire qui a fait la gloire de l'armée française pendant vingt campagnes.

Vingt-septième témoin, M. le marquis de Saurans; il a dit :

« Le 5., j'ai reçu ordre de partir le 8 de Paris pour Lyon. J'ai traversé la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, pour examiper l'esprit des préfets et des généraux , et en rendre compte.

« Le 9 au soir , je suis arrivé à Besançon. Je vis de suite M. de Bourmont, les généraux et le préfet. Ils me parurent disposés à faire leur devoir. Je rencontrai, le 10, à huit heures du soir, le maréchal dans sa voiture près de Dole.

« En arrivant à Lons-le-Saulnier, je voulais continuer ma route pour Lyon. Un officier quie

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je rencontrai m'engagea à me diriger sur Moulins. Je résolus alors de retourner à Besancon. Je rencontrai M. de Saint-Amonr. Nous fimes ensemble trois postes. J'ai vu sur ma route deux régiinens, le bie et le 6e, qui ne parurent m'offrir qu’une médiocre garantie. Peu après je vis les deux colonels, qui me dirent que les dispositions de leurs soldats étaient bonnes. Je rencontrai M. le maréchal à Quingey. Nous arrivâmes ensemble à Lons-le-Saulnier. Je déjeûnai dans la matinée avec le maréchal, qui me parut très-bien disposé. Il fit venir en ma présence deux gendarmes déguisés, qu'il envoya à la découverte. Je dînai avec M. le maréchal. Le soir on apporta les proclamations. Nous y remarquâmes ces expressions : « La victoire « marche au pas de charge. L'aigle volera de clo

cher en clocher jusque sur les tours de Notre« Dame. »

« Le maréchal nous dit : « C'est là ce qu'il « faut. Le Roi ne parle pa? comme cela. Il « le devrait , cela plairait aux troupes.

« Les corps d'officiers vinrent et furent harangués par le maréchał.

« Le lendemain, je priai le maréchal de me renvoyer près de MONSIEUR, que j'avais quitté depuis bien long-tems, et qui devait être inquiet de moi. Le maréchal ne me dizona aucun ordre par écrit, mais il me dicta “une lettre. MonSIEUR était à Sens. J'allais l'y rejoindre. Je rencontrai dans ma route un régiment de dragons et un régiment de ligne. J'arrêtai leur marche parce qu'ils allaient tomber dans les lignes de Bonaparte. Je fis aussi changer de route aux équipages de M. le maréchal Ney, pour qu'ils ne tombassent pas au pouvoir de l'ennemi. J'arrivai à Paris, et je remis au ministre de la guerre la lettre de M. le maréchal.

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M. Berryer : Quelles expressions le témoin entendit-il proférer aux soldats ?

R. Ils criaient vive l'empereur! mais la masse marchait en ordre et avec silence. J'ajoute que, quand je vis M. le maréchal, je lui parlai de sa position ; que je la trouvais plus difficile que dans les autres campagnes. Il me répondit :

D'ordinaire, quand j'avais toutes mes dispo« sitions faites , je dormais; aujourd'hui je n'ai « pas un moment de

repos. « Sur les inquiétudes que je lui témoignais, il me répondit : « Les troupes se battront ; je

tirerai, s'il le faut, le premier coup de fu« sil ou de carabine, et, si un soldat bron

che, je lui passerai mon épée au travers du

corps, et la poignée lui servira d'emplâtre. « Ce n'est pas avec des fusils qu'on fait mar« cher le soldat ; il faut du canon, et mon

aide-de-camp sait l'appliquer.

M. le président : Monsieur le maréchal , vous reconnaissez cet ordre ?

Le maréchal : Oui, monseigneur.

M. le président : il est du 13 au soir. Comment, Monsieur le maréchal, après avoir pris ces longues et sages dispositions, avez-vous pu être conduit le 14 à un résultat si différent ?

Le maréchal : Votre observation est juste ; mais les événemens ont été si rapides, une tempête si furieuse s'est formée sur ma tête que, chacun m'abandonnant, chacun cherchant à se sauver à mes dépens, et en me sacrifiant, j'ai été entraîné à l'action que vous connaissez. D'ailleurs, mon avocat entrera dans des développemens à cet égard.

M. Berryer a demandé que M. le président fit donner aux défenseurs copie de ceite pièce.

M, Bellart ne s'est pas opposé à ce que la

a

sur lui.

minute fat au service des défenseurs lors de la plaidoirie.

M. Berryer a insisté pour avoir une expédition de la pièce : elle lui a été accordée.

M. Frondeville , pair de France : Je demande à l'accusé ce qu'il entend par la tempête qui

fondu

Le maréchal : C'est la fureur révolutionnaire qui éclata dans les troupes le 13 au soir. Il était impossible d'en disposer, de les faire marcher où on aurait voulu les conduire.

M. de Saint-Romans ( un des pairs) a demandé au maréchal pourquoi il n'avait pas fait arrêter ces émissaires venus le 13; car ce sont eux qui ont ainsi changé l'esprit du soldat.

Le maréchal : J'ai déjà répondu à cette question. Je n'avais personne pour faire arrêter; il m'était impossible de le faire.

Vingt-huitième témoin, M. Renaut-de-SaintAmour. Il a dit : Depuis vingt-deux ans que je sers, j'ai vu deux fois M. le maréchal. Les journaux ont publié des déclarations qui ne sont pas les miennes.

« Le 7, je remis mes dépêches à Dijon : on m'apprit le débarquement de Bonaparte. Je crus que mes ordres avaient pour objet de rassenbler les troupes. Je me dirigeai sur Bourg, de là à Lyon et à Vienne. Je voulais me rendre à Grenoble. Un officier déguisé me dit de changer de route. Je revins à Lyon. Monsieur me dit qu'il partait. »

« A Poligny, je rencontrai le marquis de Saurans , et je l'ai accompagné jusqu'à Quingey. Beaucoup de soldats que nous rencontrions sur notre route criaient vive l'empereur! et nous faisions entre nous cette réflexion, qu'on ne pouvait plus compter sur eux.

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« J'allai le ii au soir à Quingey, chez M. le maréchal Ney, qui me dit qu'il ne pouvait pas concevoir qu'on n'eût pas défendu le passage du Rhône, et coupé les ponts à Lyon. Il me donna l'ordre, pour M. le directeur d'artillerie de Besançon, d'envoyer des cartouches à Lonsle-Saulnier.

M. Berryer: Quel était l'esprit des campagnes ?

R. Dans le département de l'Ain, à Bourg, les paysans criaient vive l'empereur! Dans les vil lages et dans les cabarets , la même agitation existait aux alentours de Lons-le-Saulnier.

Vingt-neuvième témoin, M. Boulouse , négociant;

il a déposé : « J'ai quitté Lyon samedi 11, à neuf heures du soir. Craignant d'être arrêté, j'ai pris la route de Bourg et de Genève. A Lons-le-Saulnier, on me demanda mon passeport; un officier vint ensuite me trouver pour savoir de moi ce qui se passait; il me dit : « Je suis bon Français. Le

prince est dans les plus vives inquiétudes.

« Il vit que j'étais dans les mêmes dispositions : il me demanda si je voulais qu'il me conduisît au maréchal; j'acceptai cet honneur avec reconnaissance. M. le maréchal me fit beaucoup de questions. D'où venez-vous ? De Lyon. Que s'y passe-t-il ? L'empereur y est entré sans troupes, et seulement avec son état-major. Quelle conduite a-t-il tenue ? - Il s'est montré à la fenêtre pour haranguer la populace, qui se pressait pour le voir. Il a passé ensuite ses troupes en revue sur la place Bellecour ; il pouvait avoir sept à huit mille hommes. » Je donnai au maréchal les numéros de tous les régimens et les détails que j'avais recueillis sur leur composition. J'ajoutai au maréchal qu'il avait fait des proclamations. Je lui

C

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