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DE FRANCE

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A LA RÉVOLUTION DE 1789

PAR

ANQUETIL

lembre de l'Institat

CONTINUKE

DEPUIS L'OUVERTURE DES ÉTATS GÉNÉRAUX JUSQU'A LA FIN DE L'EMPIRE

D'APRÈS DUL AURE

DEPUIS LA RESTAURATION DE 1814 JUSQU'AU 10 DÉCEMBRE 1848

PAR PAUL Lacroix ( BIBLIOPHILE JACOD )

DEPUIS L'ÉLECTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE JUSQU'À LA FIN DE LA GUERRE D'ITALIE 1860

PAR M. E.-F. D., ARCHIVISTE PALÉOGRAPHE

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48, RUE MONSIEUR-LE PRINCE

Près le Luxembourg

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(31 mars 1814.) Paris a capitulé; mais l'oeuvre de la trahison ne fait que commencer. Le prince de Talleyrand et son complice, l'abbé de Pradt, sont en conciliabule à l'hôtel de la rue Saint-Florentin : c'est là

que l'empereur Alexandre doit venir loger; c'est de la que partiront les derniers coups qui vont saper le trône de Napoléon.

Les corps d'armée des maréchaux ducs de Trévise et de Raguse ont évacué la capitale pendant la nuit en se retirant à Vuillejuif, pour couvrir la route de Fontainebleau, où l'empereur prépare encore des plans de campagne; au point du jour, tous les postes intérieurs ont été remis à la garde nationale : il n'y a plus dans la ville d'autres soldats que des blessés et des déserteurs ; la municipalité semble avoir abdiqué; les maires et les commissaires de police ne sont pas mêine à leur poste; la population, triste et inquiète, reste enfermée dans les maisons; les rues sont désertes et silencieuses. A midi, les premières colonnes des ennemis entrèrent dans Paris par la barrière SaintMartin : plus de quarante mille hommes de toutes armes défilèrent sur les boulevards et s'étendirent jusqu'à l'avenue des Champs-Élysées. A la tête de cet immense cortége, où chaque nation était représentée par quelques régiments et quelques escadrons d'élite, marchaient l'empereur de Russie, le roi de Prusse, le grand-duc Constantin, le prince de Schwartzenberg et les principaux chefs des armées étran

TOME V.

gères. On entendait çà et là des vivat et des acclamations en l'honneur des alliés, et surtout de l'empereur de Russie, qui saluait les dames avec une grâce toute française ; mais la foule, en général, était muette et anxieuse : des larmes brillaient dans bien des yeux. On ne paraissait pas comprendre les cris de Vivent les Bourbons ! et de Vive le roi! que certains individus jetaient au passage des chefs de la coalition européenne. C'est que depuis vingt-trois ans le souvenir des princes émigrés de la famille de Louis XVI avait presque disparu en France, du moins à Paris, où l'on ignorait qu'ils existassent. La génération nouvelle était fille de la république et de l'empire.

Mais les partisans de l'ancienne monarchie osaient alors se compter et se montrer. On agitait des mouchoirs blancs aux croisées; on y arborait même des drapeaux blancs, que le peuple regardait comme emblèmes de paix ; des cocardes blanches apparaissaient à quelques chapeaux ; des neuds de ruban blanc, à quelques boutonnières. Plusieurs jeunes gens, appartenant à la vieille noblesse, rentrés en France à la suite des armées coalisées, osèrent parcourir à cheval les boulevards et les quais, en criant : Vive Louis XVIII! et en distribuant des cocardes blanches ; ils furent rejoints, sur la place Vendôme, par une bande de misérables en haillons, conduits par deux agents du comte d'Artois et payés pour proférer les mêmes cris et pour répandre aussi des proclamations royalistes, des cocardes et des drapeaux blancs. La place Vendôme devint le quartier général des premiers soldats de la Restauration, recrutés par le baron de Maubreuil : pendant cinq jours, les scènes les plus scandaleuses se succédèrent autour de cette Colonne, élevée à la gloire des armées françaises. La jeunesse dorée de l'émigration n'avait pas eu honte d'encourager et de seconder les efforts d'un ramas d'ivrognes stipendiés, essayant vainement de renverser la statue de Napoléon, qui les aurait écrasés dans sa chute : on vit les fils des plus illustres familles de la France monarchique s'atteler comme des forçats à une corde que l'un d'eux avait attachée au cou de cette statue, qui résista pourtant à tous les assauts. Enfin, pour la faire disparaître, on allait miner le monument de bronze qui servait de piédestal, lorsque le fondeur Delaunay, comme pour expier le crime de l'avoir élevée sur la Colonne, reçut l'ordre de l'en faire descendre, sous peine d'exécution militaire. Cet ordre fut signé par le comte de Rochechouart, colonel aide de camp de l'empereur de Russie et commandant de la place.

Cependant Alexandre s'était rendu à l'hôtel du prince de Talleyrand. Dans sa pensée, la coalition des rois avait atteint le but qu'elle se

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