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DE FRANCE

DEPUIS

LA CONVOCATION DES ÉTATS-GÉNÉRAUX ( 9 MAI 1789) JUSQU'A LA CAUTE

DU DIRECTOIRE (9 NOVEMBRE 1799);

PAR A.-J. DELBOS,

Prêtre du diocèse d'Agen, directeur de l'Ecole de Monsempron (Lot-et-Garonne).

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INTRODUCTION AU SECOND VOLUME.

Sion, repaire affreux de reptiles impurs ,
Voit de son temple saint les pierres dispersées,
Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées !

RACINA ( Esther).

Longtemps avant l'époque dont nous écrivons les phases, l'Eglise de France prêtait le flanc à l'ennemi par deux larges côlés : ses richesses et ses illustrations.

Les unes irritaient avec trépignement la cupidité des novateurs modernes, et les autres humiliaient profondément leur orgueil.

Aussi, s'empressèrent-ils, dès le premier souffle de l'orage révolutionnaire , de tracer en caractères monstres , sur leur étendard, signal de la révolte et qui remplaça bientôt la croix à la cime de nos clochers, ces mots que l'enfer vomit alors, dans sa furie, contre la religion chrétienne : de l'or..... nivellement des conditions sociales...

Avec cette théorie doctrinale, on le comprend aisément, l'expropriation des biens du clergé n'a rien d'étonnant, et l'abolition de ses prérogatives est toute naturelle. Mais, en admettant cette jurisprudence spoliatrice, dont nos aînés socialistes furent et les inventeurs et les héros au premier titre, où puiser , nous ne disons pas le motif, mais le prétexte seulement, de ce schisme démagogique qui vint audacieusement occuper la noble place de l'antique Eglise gallicane, et qui en lacéra si impitoyablement jusqu'aux

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derniers. Jambeaux ? Non, on ne saurait trouver aucune raison de cette bravades ecclésiastique, ni dans le désir de s'enrichir , puisque le prêtre, après le dépouillement de l'autel, put véritablement dire, comme le prince des apôtres : Argentum et aurum non est mihi (Actes, III); ni dans l'espoir de posséder des honneurs, des dignités, puisque l'enrôlement dans ce simulacre de milice cléricale était une marque d'infamie et une surabondance d'opprobre; ni dans la vue de faire le bien, puisque la constitution civile était la sentine de tous les maux.

Ainsi, point de raison, point de motif, pas même de prétexte, pour légitimer cette félonie dite ecclésiastique, par laquelle on rompit le fil conducteur de la saine doctrine, on intercepta l’aqueduc des vérités fondamentales de notre foi et on brisa le joug de la discipline catholique.

Le schisme gallican qui, après avoir semé le scandale, immolé la pudeur, puni la fidélité, payé l'apostasie, dévasté nos autels et laissé déserts nos temples, rougit les marches du sanctuaire du sang innocent des ministres fidèles, ou les poussa en exil, ce schisme, disons-nous, résuma les trente autres qui, jusqu'alors, avaient si cruellement affligé l'Eglise de Jésus-Christ : il les surpassa tous, et par l'audace de ses empiétements hétérodoxes, et par le cynisme des crimes de ses suppôts. Ce schisme, enfin, fut tel que les annales du monde n'en offrent aucun de semblable.

Ouvrons en effet le livre des temps, et voyons ceux que l'histoire nous montre souillés d'insurrections ecclésiastiques ou flétris de scission avec le chef visible de la chrétienté, et nous ne trouverons rien de pareil à ce que nous écrivons, à ce que plusieurs sans doute, en France, ont vu de leurs propres yeux et touché de leurs propres mains.

Hélas! nous le savons, et si nous arrachons l'appareil

à cette antique blessure cléricale, ce n'est que pour la mesurer avec la profondeur de la nôtre dont la malignité ne permet point de terme de comparaison.

Au milieu du XIVe siècle, et après celui que nous appellerons volontiers le siècle pontifical en France, par le séjour non interrompu qu'y firent sept papes durant soixanteneuf ans (1), la chaire de Pierre fut schismatiquement envahie sous le successeur immédiat de celui qui l'avait ramenée dans la ville éternelle (2).

Le schisme d’Occident fut le plus long, le plus grand et celui qui causa le plus de ravages. On ne voyait qu'excom

(1) Les ennemis de la France disent soixante-dix ans, pour établir une comparaison avec la captivité de Babylone; voici la vérité : Ce fut sous Clément V, Bertrand de Got , archevêque de Bordeaux, élu pape le 5 juin 1305, que commencèrent ces soixante-neuf ans, par le transfert du saint-siége à Avignon. Ils finirent sous Grégoire XI, Pierre Roger, cardinal, élu pape le 19 décembre 1370. Le premier pape français, Clénient V, s'établit à Avignon, en 1309 ; le dernier pape français, Grégoire XI, retourna à Rome, en 1377. Les sept papes qui siégèrent à Avignon furent : Clément V, Jean XXII, Benoît XI , Benoît XII, Clé.. ment VI, Innocent VI , Urbain V et Grégoire XI.

(2) Ce fut sous le pontificat d'Urbain VI, Barthélemi de Prignano, archevêque de Bari , en Italie, que commença le schisme d'Occident, par l'élection anti-canonique de Robert de Genève, le 20 décembre 1378, lequel prit le nom de Clément VII. Ce schisme finit par l'abdication de Jean XXIII , au concile de Constance, où eut lieu l'élection canonique de Othon Colonne, le 11 novembre 1417 : il prit le nom de Martin V. Ce fut le vingt-neuvième schisme et le plus long. Pendant les trente-huit ans qu'il dura , l'on vit trois anti-papes se disputer le Saint-Siége : Clément VII, Benoît XIII (Pierre de Lune) et Clément VIII (Gilles Mugnos, chanoine de Barcelone). Une remarque bien propre à tranquilliser la droiture de ceur, c'est que, sous les trois prétendants à la papauté, il y eut des saints attachés à chaque obedience : sainte Catherine de Sienne était pour Urbain VI, à Rome ; le bienheureux cardinal Pierre de Luxembourg obéissait à Clément VII, à Avignon ; et saint François de Solaro, à Benoît XIII, à Péniscola, en Espagne : Deus intuetur cor ( 1 Reg. , XVI, 7), est-il vrai de dire ici , plus que partout ailleurs.

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